Le ministre de l'Intérieur, Krishna Prasad Sitlaula (G), conduit le leader maoïste Prachanda (D) vers le Parlement à Katmandou, le 15 janvier 2007.
Le ministre de l'Intérieur, Krishna Prasad Sitlaula (G), conduit le leader maoïste Prachanda (D) vers le Parlement à Katmandou, le 15 janvier 2007.
Devendra Man Singh/AFP
C’est un tournant historique. Le 15 janvier 2007, le Parlement népalais a adopté à l’unanimité une Constitution intérimaire qui offre aux maoïstes 83 sièges sur les 330 du nouveau Parlement de transition, a indiqué Subash Nemwang, président de la Chambre basse. Le royaume himalayen met ainsi un terme à dix ans de guerre civile. Les rebelles «maobadis» (partisans de Mao, en népalais) vont participer au gouvernement.
بحسب Françoise Dentinger -

« C’est une victoire de la démocratie sur le système autocratique et féodal », s’est félicité Amik Sherchan, vice-Premier ministre du royaume. Dans la journée, l’actuel Parlement a été dissous et remplacé par la chambre intérimaire où, pour la première fois dans l’histoire du royaume, ont pris place des représentants des rebelles. Il y a encore quelque temps, l’hypothèse de voir les maos rejoindre le processus démocratique semblait inimaginable. Mais, depuis le « printemps démocratique » d’avril 2006, les deux camps alliés dans des manifestations massives à Katmandou avaient contraint le roi Gyanendra à renoncer aux pleins pouvoirs, parmi lesquels le contrôle de l’armée, qu’il s’était arrogé en février 2005 en décrétant l’état d’urgence. Désormais, il vit isolé dans son palais de Narayanhiti.

Le 21 novembre 2006, le gouvernement népalais a franchi un pas de plus vers la paix. En signant un accord historique de partage de pouvoir avec le chef de la rébellion maoïste, Pushpa Kamal Dahal, Prachanda de son nom de guerre, le Premier ministre GP. Koirala, à la tête de la coalition gouvernementale de sept partis, mettait fin à un conflit qui a fait plus de 12 500 morts et au moins un millier de disparus, depuis février 1996. En vertu de ce texte, les maoïstes devaient entrer au gouvernement, le 1er décembre. « Mais pas avant que les armes soient sous le contrôle de l’ONU », avait toutefois exigé Ram Sharan Mahat, le ministre des Finances, qui ne cachait pas sa méfiance à l’égard de ses futurs partenaires au sein de la coalition gouvernementale. L’échéance a donc dû être repoussée jusqu’à ce que les Nations Unies soient en mesure de déployer un nombre suffisant d’observateurs pour superviser la remise des armes, tant du côté rebelles que des forces régulières.

Prachanda président ?

Le Népal est un État tampon enclavé entre les deux géants d’Asie, la Chine, au nord, et l’Inde, au sud. Dans cet unique royaume hindou au monde, l’insurrection maoïste, forte de 35 000 membres et dont le but avoué était l’abolition de la monarchie, a ébranlé, pendant une décennie, la vie des 25 millions d’habitants, répartis en 26 groupes ethniques et 30 castes différentes. Dans ce pays classé parmi les dix plus pauvres au monde, les postes à responsabilité sont occupés par les hautes castes, les brahmanes, le reste de la population vit dans la pauvreté et l’analphabétisme, soit 70% de la population. Les maoïstes, qui ont exploité ces inégalités, pratiquant les exactions et recourant au racket des paysans, recrutaient la plupart de leurs combattants parmi les ethnies bouddhistes de l’ouest du pays, oubliées du pouvoir central. À en croire un diplomate, « maintenant, les maoïstes doivent changer de langage et apprendre à se comporter en politiciens. Ils ne peuvent pas taxer éternellement d’impérialisme tous ceux qui osent remettre en question leur sincérité ».

« Nous avons déplacé notre lutte du champ militaire au champ politique », affirme Krishna Bahadur Mahara, porte-parole et principal négociateur de la guérilla. Quant au chef maoïste Prachanda, il se verrait bien en président d’une future République. Les anciens guérilleros doivent aussi rejoindre un gouvernement d’union nationale, dès que sera réglée la répartition des portefeuilles ministériels. Prochaine étape décisive : l’élection d’une Assemblée constituante, prévue pour juin 2007. Elle sera chargée de rédiger une Constitution définitive pour décider du sort du roi et de la monarchie. Si les maoïstes sont pour la destitution du souverain népalais, certains partis politiques se montrent plus prudents. Ils veulent laisser à Gyanendra un rôle honorifique par respect pour une dynastie vieille de 238 ans que révèrent encore les hindouistes du Népal.

النشر بتاريخ 06/07/2017 - التعديل بتاريخ 11/07/2017

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