Ant Financial, le bras financier du géant du e-commerce chinois Alibaba, est sous le coup d'une enquête pour pratiques monopolistiques lancée par les autorités chinoises le 27 décembre 2020.
Ant Financial, le bras financier du géant du e-commerce chinois Alibaba, est sous le coup d'une enquête pour pratiques monopolistiques lancée par les autorités chinoises le 27 décembre 2020.
REUTERS - ALY SONG
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Chine : comment expliquer le bras de fer entre Alibaba et le gouvernement ?

Après un discours offensif devant les autorités de régulation le 24 octobre 2020, l’entrée en bourse d’Ant Financial a été suspendue. Le bras financier d’Alibaba est sous le coup d’une enquête pour pratiques monopolistiques présumées. Et dimanche 27 décembre 2020, la banque centrale chinoise a exigé qu’il se recentre sur son activité d'origine, les services de paiement en ligne. Alex Payette, directeur du cabinet de conseil Cercius Group, spécialiste des relations entre les entreprises et le pouvoir en Chine répond aux questions de RFI.
بحسب Aabla Jounaïdi -

RFI : Ces dernières années, Ant Group, géant de la Fintech, est devenu incontournable pour les paiements quotidiens de millions de Chinois, avec sa solution Alipay. Pourquoi le tour de vis actuel ?  

Alex Payette : Ant Group est devenu avec le temps une banque, et même un conglomérat bancaire, sans l’être réellement. Cela crée un risque pour l’ensemble du système financier. Le pouvoir chinois veut avoir le contrôle sur l’énorme quantité de dettes, et pas seulement la dette publique, mais aussi la dette associée aux entreprises privées. L’enjeu de l’affaire, ce n’est pas seulement les conglomérats, mais le sort de millions de personnes. Les gens vont se financer par le biais d’Ant Group. Or, laisser une entreprise qui est « presque » privée posséder la dette privée chinoise, c’est inconcevable. Le Parti ne peut pas laisser faire. Ce n’est là qu’un seul des aspects de la plus grande problématique que représente Ant pour le gouvernement aujourd’hui. La question fondamentale, c’est, qui contrôle la dette ? 

 À lire aussi : Chine: ouverture d'une enquête sur l'empire Alibaba

On se souvient qu’en 2019, une vague de scandales impliquant des plateformes de prêts de particuliers à particuliers avaient entraîné de nombreuses fermetures. Les autorités chinoises poursuivent le « ménage » ?

Le gouvernement chinois a dit que les marchands [qui vendent sur les sites tels qu'Alibaba] devaient accepter le paiement en yuan digital, mais qu’ils avaient le droit de refuser le paiement par Alipay ou Wechat pay [l’application de paiement en ligne du concurrent Tencent]. C’est déjà une façon de les écarter. Pourquoi ? Parce que contrôler les paiements, c’est aussi contrôler l’information : qui achète quoi, quand, pourquoi et d’où provient l’argent ? Le propre de l’État léniniste, c’est de savoir, de contrôler l’information au maximum. Donc, moins il y aura de participation du secteur privé dans le contrôle de l’information financière, mieux ce sera pour le Parti.

Jack Ma plaide au contraire pour laisser les acteurs économiques privés jouer leur rôle. Le Parti, lui, essaie d’utiliser son pouvoir hégémonique pour« libéraliser » mais évidemment, et ça ne fonctionne pas.

Dans un article récent sur le site spécialisé Asialyst, vous replacez les derniers rebondissements dans le contexte plus large de la bataille que Xi Jinping livre aux factions politiques adverses.

Depuis 2013, on observe les efforts de Xi pour démanteler de nombreux secteurs en lançant des investigations : pétrole, charbon, et télécoms. C’était une question de temps avant que le pouvoir ne s’en prenne à des compagnies comme celle de Jack Ma, qui reste associé à l’ancien régime, celui de Jang Zhemin [1993 à 2003].

Un groupe d’enquête spécial a été dépêché pour passer au crible les documents d’Ant Financial. Et comme pour la Commission disciplinaire, quand on cherche, on trouve. Ici, réguler est une façon de mener la lutte factionnelle, comme hier on passait devant la Commission disciplinaire. Sauf qu’avec la régulation, c’est plus propre.

À l’heure où l’on négocie les conditions d’investissements croisés entre la Chine et l’Union européenne, ça n’est pas rassurant, non ?

Si j’étais un investisseur privé qui désormais a le droit d’ouvrir une compagnie en Chine, je me poserais des questions. S’ils sont prêts à faire ça pour Ant Financial, quel recours y aurait-il pour une entreprise privée étrangère ? Il faut voir évidemment les règles qui seront finalement fixées par le Parti avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation anti-monopolistique.

Mais en Chine, les règles peuvent changer assez vite en cas de besoin. Il faudra quoi qu’il en soit bien choisir les secteurs dans lesquels investir, et évaluer les éventuels partenaires et leurs relations avec le Parti. À partir de maintenant et jusqu’en 2022 [date fatidique du 20e congrès du PCC censé renforcer les pouvoirs du Président], on va voir une transition vraiment plus marquée vers le secteur public-semi public. Les partenariats vont devenir un enjeu plus important que jamais.

النشر بتاريخ 06/01/2021 - التعديل بتاريخ 06/01/2021

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