Protection de l'environnement
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مقالة

Développement durable: un débat qui dure, qui dure…

Ainsi en ont décidé les États francophones : le sommet de Ouagadougou va débattre du développement durable. Une notion qui fait l’unanimité sur la forme, mais suscite de vifs débats quant à sa concrétisation.
بحسب Sophie Bessis -

Les francophones ont-ils une vision spécifique de cette nouvelle façon d’approcher le développement, que tout le monde juge indispensable mais sur laquelle à peu près personne ne s’entend ? Si, en effet, la définition du développement durable – répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins – fait l’objet d’un consensus, il en va autrement du contenu qu’on lui donne. Chacun, certes, s’accorde à affirmer que – contrairement à ce qu’on avait cru dans les années soixante et soixante-dix – le développement n’est pas synonyme de croissance, et qu’il doit être à la fois social et économique tout en préservant le capital écologique de la planète, la croissance n’étant considérée désormais que comme un moyen d’assurer le bien-être général.

Mais les divergences n’ont cessé de se creuser à partir de ces postulats simples : entre pays du Nord et du Sud sur les responsabilités respectives dans la dégradation des écosystèmes planétaires et dans les ratés du développement, et sur la meilleure façon de remédier à ces derniers ; entre intérêts économiques effrayés à l’idée de n’être plus seuls à dire la norme et mouvements sociaux soucieux de défendre les droits des plus pauvres ; entre défenseurs de l’environnement et responsables politiques peu pressés de malmener leurs opérateurs économiques et leurs opinions…

Le sommet de Johannesburg, seconde grand-messe internationale consacrée au développement durable dix ans après celle de Rio, a donné la mesure de ces divergences en ne faisant avancer aucun des dossiers soumis au débat et en se concluant par un plan d’action des plus vagues, sorte de plus petit dénominateur commun entre des intérêts contradictoires. Et, depuis septembre 2002, les discours ont continué à tenir lieu d’actions.

Les engagements se réduisent à quelques promesses floues

Dans le domaine de la protection de l’environnement, qui constitue le socle du développement durable puisqu’il s’agit de préserver un patrimoine sans lequel il ne peut y avoir de croissance, aucune avancée n’a été enregistrée, même si le fameux protocole de Kyoto, censé diminuer les émissions de gaz à effet de serre, a été solennellement ratifié dans la métropole sud-africaine. Mais le refus têtu de l’administration républicaine américaine de consentir quelque effort que ce soit en matière d’économies d’énergie et le peu d’empressement des principaux États développés à respecter leurs propres engagements, ont empêché tout progrès dans ce domaine, au grand dam des pays les plus menacés par le réchauffement climatique, comme les archipels du Pacifique. Quant à l’accès des populations les plus pauvres du globe à une électricité et à de l’eau propres et bon marché, promis – mais sans échéancier précis – à Johannesburg, il risque d’être renvoyé aux calendes grecques, vue la timidité des actions entreprises depuis et la modestie des financements consacrés à ces dossiers.

C’est que le sommet de Johannesburg n’a pas voulu rouvrir la question du financement du développement durable, censée avoir été abordée quelques mois auparavant à la conférence de Monterrey, qui n’avait donné lieu qu’à quelques promesses floues. Faute d’engagements financiers précis, les pays en développement espéraient au moins qu’on facilite l’accroissement de leurs revenus. C’est pourquoi la question de l’accès de leurs productions aux marchés des nations riches fut au centre des débats du sommet. Mais, faisant bloc contre de telles prétentions, Europe et Amérique du Nord refusèrent qu’on y aborde des thèmes censés relever de la seule Organisation mondiale du commerce. Un an après celui de Johannesburg, le sommet de l’OMC de Cancùn a, il est vrai, été le théâtre d’une fronde inédite des pays en développement contre les règles d’un commerce mondial qui ne cesse de les pénaliser. Les États du Nord ont enfin promis de lâcher du lest, mais aucune réforme concrète n’est venue – pour l’instant – modifier les règles du jeu.

La Francophonie pourrait servir d’aiguillon

Les responsables du Sud n’ont pas manqué de s’abriter derrière ces contraintes financières et commerciales pour éviter de s’engager dans de véritables politiques de développement durable. La plupart d’entre eux, en fait, ne semblent pas plus pressés que leurs homologues du Nord de promouvoir un développement écologique et social ayant pour moteur une croissance économique moins inégalitaire et moins prédatrice. Ainsi, le Nepad, cette feuille de route du développement de l’Afrique pour les prochaines décennies, sacrifie certes à la rhétorique de la durabilité du développement, sans pour autant s’éloigner des logiques qui ont présidé aux évolutions des économies africaines depuis quarante ans.

Le sommet de Ouagadougou mettra-t-il fin à ces inerties ? Regroupant quelques-uns des États les plus pauvres du globe, la Francophonie, en se définissant comme « un espace solidaire » pour promouvoir un tel développement, pourrait servir d’aiguillon dans ce domaine. Mais, pour le moment, la maison francophone brûle et ses dirigeants regardent trop souvent ailleurs, pour paraphraser la mise en garde à Johannesburg d’un des principaux chefs d’État francophones, le Français Jacques Chirac…

Le développement durable en quelques dates

Le sommet de Rio fait adopter, en juin 1992, plusieurs conventions internationales destinées à freiner la dégradation des écosystèmes planétaires :

La Convention sur le climat, que le protocole de Kyoto est supposé mettre en œuvre, a pour but de réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz responsables du réchauffement climatique.
La Convention sur la biodiversité, qui a connu un début de mise en œuvre à Montréal en 2000, doit sauvegarder la biodiversité planétaire et permettre aux pays de la zone intertropicale de préserver leur inestimable patrimoine.
Enfin, la Convention sur la désertification, qui a théoriquement pris effet en 1994, concerne un grand nombre de pays africains.
Le volet social du développement durable tardant à être mis en œuvre, les Nations Unies convoquent en 2000 un sommet pour marquer l’entrée de l’humanité dans le 3e millénaire de l’ère chrétienne. Réunis à New York, les responsables du monde entier adoptent les objectifs du Millénaire  supposés améliorer le sort des plus vulnérables d’ici 2015, en matière d’éducation, de santé, de réduction de la mortalité maternelle en particulier. Pour y parvenir, les dirigeants de la planète décident de tout mettre en œuvre – y compris financièrement – pour réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015.
En 2002, le plan d’action adopté par le sommet de Johannesburg est en net recul par rapport à la déclaration de Rio. Reprenant à son compte les objectifs du Millénaire, il évite cependant tout objectif contraignant, chiffré et daté.

النشر بتاريخ 26/11/2015 - التعديل بتاريخ 22/12/2017

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