Dix ans après, l’euro n’a pas encore convaincu en Allemagne
En Allemagne, la nostalgie est particulièrement forte pour le Deutsche Mark, l'ancienne monnaie.
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مقالة

Dix ans après, l’euro n’a pas encore convaincu en Allemagne

Pour 60% des Allemands, l’introduction de la monnaie unique n’était pas une bonne idée. Une majorité reste nostalgique du deutsche mark. L’euro est accusé d’avoir fait augmenter les prix. Et les difficultés actuelles ne contribuent pas à renforcer la confiance.
بحسب Pascal Thibaut -

Lorsque l’euro remplace le deutsche mark dans les porte-monnaie, les Allemands s’empressent de se procurer leur argent. Déjà quelques jours avant, les « Starterkits » -53 millions avaient été produits par la Bundesbank - se vendent comme des petits pains. Pour 20 DM, on obtenait vingt pièces de la nouvelle monnaie pour un montant de 10,23€. Avec un cours pratiquement de un à deux, les Allemands se sont épargnés, par rapport à d’autres, de savants calculs.

En 2002, le « Teuro » semble s'imposer

Dans la nuit du 31 décembre 2001 au 1er janvier 2002, la curiosité redouble. On fait la queue devant les distributeurs pour retirer de l’argent en liquide. Dix jours après, le deutsche mark a quasiment disparu. Dans les supermarchés, chez le coiffeur ou à la station essence, 90% des règlements s’opèrent en euros. Le double étiquettage disparaît vite. Mais pour beaucoup d’Allemands, le réveil est douloureux. Comme dans d’autres pays, beaucoup ont l’impression que le changement de monnaie s’est accompagné d’une valse des étiquettes. Un néologisme s’impose en 2002 comme mot de l’année, « teuro » de « teuer » qui veut dire  «cher» associé à euro.

17% de hausse de prix, 11% de hausse des salaires

Dans un sondage réalisé il y a un mois, ils étaient encore 85% à estimer que la monnaie unique était synonyme de la hausse des prix. Les statisticiens ont beau rabâcher qu’il n’en est rien, le ver est dans le fruit, surtout dans un pays où une inflation galopante dans les années vingt a causé un traumatisme toujours présent. Car les chiffres globaux réfutent cette thèse. Certes, les cafés et autres restaurants ont eu la main lourde il y a dix ans. Mais depuis 2002 l’inflation moyenne a été de 1,6% contre 2,3% durant les cinq décennies durant lesquelles le deutsche mark a eu cours. Cette perception des choses s’explique par des hausses plus quotidiennes dans les commerces ou les restaurants. Des postes de dépenses plus importants comme les loyers n’ont en revanche pas changé, leur montant étant fixé dans les baux. Des investissements durables comme les machines à laver, les téléviseurs ou les appareils photos numériques ont vu leur prix baisser. D’autres facteurs sont indépendants de l’introduction de l’euro comme la hausse sensible des prix de l’énergie, le pétrole étant payé en dollar. Et enfin, si les Allemands associent autant l’euro à l’inflation, c’est aussi parce qu’ils se sont serrés la ceinture durant la dernière décennie. Les prix ont augmenté de 17% depuis fin 2001 ; les salaires, eux, de 11% d’où une baisse du pouvoir d’achat.

Pas de célébration festive des 10 ans de l'euro

Les experts, à commencer par les économistes, tirent dans l’ensemble un bilan positif de l’euro. L’Allemagne, puissance exportatrice, vend ses biens à 80% dans cette zone. Pour les entreprises, des coûts de conversion liés aux différentes devises ont disparu, les variations du cours des monnaies également. Depuis l’introduction de l’euro dans les échanges en 1999, les exportations allemandes au sein de la zone euro ont augmenté de 9% par an contre 3% durant la décennie précédente. Une étude montrait il y a quelques mois que le surplus de richesses engendré par la monnaie unique européenne pour l’économie allemande était de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Le gouvernement allemand est conscient des atouts que représente la monnaie unique pour l’Allemagne et veut s’engager pour sa défense. Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble se veut prudemment optimiste et pense que 2012 sera marqué par une « stabilisation » de la crise actuelle. Il n’y aura en tout cas pas de fête pour célébrer les dix ans de l’euro. Les Allemands ne s’y précipiteraient sans doute pas. Cependant, leur nostalgie pour un deutsche mark, symbole du miracle économique allemand d’après-guerre, est aussi empreinte de réalisme. Ils ne sont qu’une minorité à penser que la monnaie unique va disparaître.

Le DM toujours échangeable gratuitement en Allemagne

Les nostalgiques purs et durs peuvent toujours faire leurs courses chez C&A. Dans cette chaîne d’habillement, on peut toujours payer en deutsche marks. L’entreprise encaisse chaque jour l’équivalent de 75 000 euros. D’autres plus pragmatiques retrouvent des DM dans les bas de laine ou sous les matelas de leur grand-mère et peuvent les échanger gratuitement à tout moment. Un service offert sans limitation de durée par la Bundesbank alors que d’autres pays y ont mis fin.
 

النشر بتاريخ 15/12/2015 - التعديل بتاريخ 15/12/2015

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