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Tigritude

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Tigritudes. C’est le titre que s’est donnée cette anthologie des cinémas africains, proposée au Forum des images à Paris, qui rassemble 125 films tournés depuis 1956. 

Pourquoi Tigritudes pour parler des Afriques ? Le mot, le néologisme pourrait-on dire, a toute une histoire. C’est en français une transcription de l’anglais, sans modification : simplement, on le prononce à la française. Et de tout façon, le mot anglais avait été inventé en référence à un mot français, négritude. 

Et tout cela nous ramène en 1962 en Ouganda, à Kampala, où se réunissent des écrivains africains qui écrivent en anglais. Et bien sûr toutes les littératures africaines sont évoquées, et on va parler de négritude, ce concept inventé presque trente ans plus tôt par de jeunes intellectuels Noirs, pas tous africains d’ailleurs, Senghor, Césaire, Damas. 

On sait bien que cette idée de négritude tâche de rassembler l’identité historique et culturelle des Noirs, et d’abord de reconnaître leur parenté, au-delà des lieux de leur naissance : Sénégal, Martinique, Guadeloupe, Guyane pour les protagonistes. Reprenant fièrement cette racine « nègre », si souvent associée au racisme et au mépris, ils revendiquent ce qu’ils sont : des Noirs. 

Mais ces jeunes intellectuels ont été formés en français, par l’école de la France colonisatrice. Paradoxe donc : c’est avec les outils intellectuels des Blancs que se forge cette notion de négritude. Et d’autre part, l’idée, exprimée d’abord dans la revue L’Étudiant noir, a été très discutée, remaniée, commentée… 

En 1962, Wole Soyinka a 28 ans, c’est un jeune auteur qui n’a pas encore le prix Nobel de littérature (ce sera le premier Africain et le premier Noir à l’avoir en 1986). Et lors d’une discussion sur la négritude, il réfute l’idée en lui opposant la tigritude : le tigre ne proclame pas sa tigritude : il bondit sur sa voie et la dévore.  

Jeu de mot donc, à partir de nègre et tigre qui ont servi à former ces deux noms. Deux mots qui se ressemblent un peu (en anglais comme en français) et qui permettent le calembour. 

Une façon de balayer des discussions considérées comme peu utiles, une façon d’opposer l’action à la discussion. Et peut-être aussi une façon de remettre en cause l’élaboration de cette négritude : la tigritude donne une image de plus grande sauvagerie. Le tigre, qui n’est pas un animal africain, mais très présent dans les colonies anglaises (Inde, Extrême-Orient) porte avec lui une image de cruauté, de violence : on parle du tigre assoiffé de sang. Cette idée de tigritude représente donc une posture bien plus offensive, lus débarrassée de l’héritage colonial que celle de négritude. 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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