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Draconien

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Des mesures draconiennes en Italie pour limiter l’épidémie. C’est l’adjectif qui a été entendu non seulement sur RFI, mais sur de nombreux médias. Et il renvoie bien à cette idée de sévérité très grande. Est-ce que ça implique que les mesures sont injustes ? Non ! Et justement le mot n’a jamais cette nuance. Excessives, peut-être, injustes non ! Au contraire pourrait-on dire : le mot donne plutôt l’idée d’une justice très sévère, mais intransigeante et incorruptible ! Pas d’exception.

Ce mot draconien dérive d’un nom de personne : Dracon était un législateur athénien célèbre pour la sévérité du Code pénal qu’il avait fait adopter. On ne sait presque rien de lui, et il faut reconnaître qu’il est très ancien : 7e siècle avant Jésus-Christ. C’était l’un des archontes d’Athènes l’un des dirigeants de la cité donc, et il avait fait adopter des lois… qui ont depuis été perdues ! Une seule nous est parvenue, et encore, le texte en est si lacunaire, il a tant de trous, de mots ou de phrases qui manquent qu’il est difficile de s’en faire une idée précise. Pourtant il semble qu’il s’applique à éviter les vengeances personnelles. En cas de meurtre, ce n’est pas à la famille de faire justice, mais à l’État. Et gare à celui ou celle qui outrepassera cet interdit ! Pourquoi sa célébrité a-t-elle ainsi traversé les siècles ? Le fait que son nom ressemble à dragon a peut-être joué, mais il est difficile de mesurer quelle est l’influence d’un mot sur l’autre.

Mais draconien fait penser à un autre terme : drastique. Qu’on utilise par exemple si l’on parle d’une réduction drastique du train de vie des ministres ! Information qui frappe les imaginations, et qu’on met facilement à la Une, cela fait en effet saliver : on va savoir quelles étaient les dépenses somptuaires des grands commis de l’état ; on va s’indigner à peu de frais en détaillant ces luxueux agréments considérés aujourd’hui comme abusifs : cigares, appartements, voitures, etc. Et pour que cette nouvelle réglementation fasse de l’effet, elle est annoncée de façon assez cinglante : on parle d’une réduction drastique. En quoi une réduction drastique est-elle plus radicale qu’une réduction tout court ? Cela tient peut-être largement au style de la communication. Mais cet adjectif drastique est intéressant d’abord parce que sa mode n’est pas si ancienne : vingt ou trente ans tout au plus, le mot d’une génération. Le sens est très facile à comprendre ; même si on ne connaît pas le mot, les situations dans lesquelles on l’emploie, ou simplement le ton sur lequel il est prononcé permettent de comprendre l’effet qu’il produit : une réduction drastique est une réduction importante, sans concession, dont la décision tombe comme un couperet. La prononciation du mot n’est pas absolument pour rien dans cet effet de sens : sa sonorité peut avoir un aspect très tranchant.

On peut dire que d’une façon le mot a eu deux vies. Il vient du grec et pendant longtemps il a été assez peu employé, et assez savant : un mot de médecin, qu’on appliquait aux médecines, aux potions, aux médicaments. Un remède drastique était un remède énergique, qui faisait de l’effet. Ce qu’on appelle aujourd’hui un produit actif ! Et le terme s’est spécialisé dans une signification particulière : c’est comme ça qu’on appelait un purgatif, une médication qui purifie le système digestif.

Et puis vers la fin du 19e siècle, mais à très petite dose à l’époque, le mot nous revient d’Angleterre, avec le sens qu’il a aujourd’hui. Il est le plus souvent lié à une décision qui sanctionne, qui verrouille, qui vérifie. Et toujours à une réalité plutôt négative. Et il exprime la façon dont un changement prend sa forme : c’est strict, c’est sévère, c’est sans appel et sans indulgence. C’est le contraire de ce qui est coulant, indulgent, compréhensif. Et parfois le mot n’évoque plus qu’une grande sévérité : un glissement qui s’explique probablement par la proximité du mot draconien

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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