Le président américain Barack Obama (G) et le président français Nicolas Sarkozy (D) à leur arrivée au Palais Rohan à l'occasion du sommet de l'OTAN à Strasbourg le 3 avril 2009.
Le président américain Barack Obama (G) et le président français Nicolas Sarkozy (D) à leur arrivée au Palais Rohan à l'occasion du sommet de l'OTAN à Strasbourg le 3 avril 2009.
Eric Feferberg / AFP
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Un menu copieux pour les 60 ans de l'OTAN

Retour de la France dans le commandement intégré, élargissement à la Croatie et l’Albanie, définition des nouvelles missions de l’Alliance en Afghanistan : les sujets ne manqueront pas au sommet de l’OTAN, qui commence ce jour en France et en Allemagne. En marge des cérémonies, le président Barack Obama va rencontrer son homologue français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel.

Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 4 avril 1949, l’OTAN (en anglais) aura survécu à la disparition de l’ennemi soviétique pour fêter cette année son 60e anniversaire.

La réunion de Strasbourg, Kehl et Baden Baden marque aussi l’ouverture d’une nouvelle ère diplomatique avec l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, dont ce sera la première visite en France et en Allemagne depuis son élection.

Le programme

C’est dans la très chic station thermale allemande de Baden Baden que va s’ouvrir officiellement le 3 avril 2009 soir le 60e sommet de l’OTAN, où les dirigeants des 28 États membres vont se retrouver.

Mais les discussions auront déjà commencé, à Strasbourg qui partage aussi l’accueil de la réunion, Strasbourg qui vit sous la surveillance de près de 10 000 policiers.

Les grands dossiers, comme l’Afghanistan, les relations avec la Russie ou les nouvelles adhésions, seront abordés.

Comme à La Haye et à Prague, l’Afghanistan constituera le sujet de discussion le plus fourni des alliés, désormais au nombre de 28, depuis l’adhésion il y a 48h de l’Albanie et de la Croatie. Il n’y aura pas de tabou ; ni les moyens militaires, ni le financement, ni le calendrier de retrait ne seront escamotés.

Les relations avec la Russie, jamais simples et rendues plus ambiguës par le récent conflit en Géorgie, feront l’objet d’une tentative de rapprochement ; l’OTAN aimerait bien faire transiter par le territoire russe l’approvisionnement de ses forces en Afghanistan, mais devra pour cela clarifier les intentions américaines d’installer en Europe centrale un bouclier anti-missiles qui suscite émoi et interrogations à Moscou.

On devrait également fermer courtoisement la porte à tout nouvel élargissement, contrairement aux espoirs de l’Ukraine et de la Géorgie, et l’on devrait également évoquer le choix du prochain secrétaire général de l’OTAN et saluer le retour de la France dans le commandement militaire intégré.

À quoi sert l’OTAN aujourd’hui ? 

L’OTAN fête cette année son 60e anniversaire. Créée et taillée pour faire face à l’Union soviétique, l’organisation cherche de nouveaux repères depuis la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’URSS.

La réussite de l’OTAN, historiquement, c’est évidemment d’avoir évité toute confrontation militaire directe avec l’URSS sur le sol européen. Accessoirement, c’est d’avoir amené à collaborer directement des forces militaires naguères antagonistes, et aux pratiques de traditions et matérielles très dissemblables.

Au cours des 20 dernières années de son histoire, il n’est en fait demeuré que ce dernier aspect, celui d’une machine bien huilée et parfaitement au point, mais dépourvu de toute stratégie.

Sa stratégie restructurée, simplifiée, allégée, aura été le miroir de l’érosion progressive des budgets militaires des états membres jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001. Dès cet instant-là, il est apparu une interprétation plus large du traité : l’OTAN se devait d’intervenir partout où la sécurité des alliés se trouvait menacée.

L’OTAN qui n’avait jamais tiré un coup de feu avant le bombardement de la Serbie deux ans auparavant, se retrouve aujourd’hui à guerroyer en Afghanistan, sans succès notable ni durable.

Cette doctrine est aujourd’hui contestée, par nombre de pays membres, qui prônent un retour à la défense opérationnelle du territoire européen et nord-américain, notamment en raison des visées russes sur les ressources de l’Arctique.

La symbolique frontière franco-allemande

Souvent, le choix du lieu ajoute une valeur symbolique aux sommets. En 1999, le sommet de l’OTAN s’était tenu à Washington, pour commémorer le cinquantième anniversaire de la signature du Traité dans cette ville. Istanbul, où s’est tenue la réunion au sommet de 2004, se voulait un lien entre l’Europe et l’Asie. En 2008, le précédent sommet s’était tenu à Bucarest en Roumanie. 

Le choix de Strasbourg et Kehl n’est pas neutre non plus : un sommet de l’OTAN à cheval sur la frontière franco-allemande, c’est en quelque sorte la revanche de la vieille Europe : l’alliance atlantique célèbre ses 60 ans sur le sol même des deux pays fers de lance des anti-guerre en Irak, et pour cela même voués aux gémonies par George Bush, version premier mandat. Que n’avait-on pas dit à l’époque à Washington de cet axe Paris-Berlin, lui opposant les nouveaux adhérents à l’Union européenne, qui libérés du joug soviétique s’en remettaient à l’OTAN, au prix d’un alignement sur Washington...

Les temps changent, on ne parle plus d’axe du mal à la Maison-Blanche, la France réintègre par la grande porte le commandement militaire de l’Alliance : la vieille Europe retrouve son rang, elle n’apparaît plus discréditée, mais comme un partenaire. Pour autant, les attentes des uns ne sont pas celles des autres. Barack Obama réclame des gestes concrets, sur un dossier comme celui de l’Afghanistan cela signifie des renforts de troupes. Et même si le nouveau président américain plaide pour plus de dialogue, que l’on ne s’y trompe pas, il n’entend pas renoncer à sa position dominante.

Un nouveau secrétaire général

L’OTAN souhaite désigner un nouveau secrétaire général lors de ce sommet de Strasbourg-Kehl. De Hoop Scheffer peut rester en fonctions jusqu’au 31 juillet 2009 et plusieurs pays membres ont souligné qu’il était possible de remettre à plus tard le choix de son successeur. Le Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a déjà fait part de son intérêt pour le poste.

L’arrivée de l’Albanie et de la Croatie

« L’OTAN assure notre sécurité et notre avenir »... Des panneaux avec ce type de slogans, des logos lumineux et des drapeaux de l’OTAN décorent actuellement les façades des bâtiments officiels à Tirana, la capitale. Les Albanais sont fiers de rejoindre l’Alliance atlantique. « Un rêve devient réalité » s’est enthousiasmé le Premier ministre, Sali Berisha.

Coupé du monde pendant 40 ans sous le régime du dictateur Enver Hoxha, l’ancien bastion stalinien est aujourd’hui récompensé pour ses efforts : en 2003, le petit pays des Balkans a été l’un des premiers à envoyer des troupes en Irak. Aujourd’hui, des soldats albanais sont encore présents en Afghanistan.

La Croatie, le deuxième pays à rejoindre l’Alliance, participe elle aussi aux opérations en Afghanistan. Zagreb a même promis de répondre favorablement au nouvel appel du président américain Barack Obama qui souhaite qu’on envoie des renforts, se montrant plus dociles que d’autres pays membres de l’Alliance.

Les Croates fêtent leur entrée dans l’OTAN tout de même avec un peu moins d’enthousiasme que les Albanais : ils visent déjà plus loin, attendant le jour où leur entrée dans l’Union européenne se concrétisera. 

Опубликовано 26/03/2019 - Изменено 18/04/2019

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