Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg (C), lors d'une réception célébrant le 70e anniversaire de l'OTAN à Washington, le 3 avril 2019.
Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg (C), lors d'une réception célébrant le 70e anniversaire de l'OTAN à Washington, le 3 avril 2019.
MANDEL NGAN / AFP
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70 ans de l'OTAN, la fin des certitudes?

L’Alliance atlantique célèbre, le jeudi 4 avril 2019, ses 70 ans. Née dans l’immédiat après-Guerre afin de créer une alliance continentale face à la menace soviétique, l’OTAN a su survivre à l’effondrement de l’URSS en 1991, et reste aujourd’hui l’alliance militaire la plus puissante de la planète, en dépit de l’évolution du contexte stratégique global, et des critiques répétés de Washington vis-à-vis des alliés européens.
По Olivier Fourt -

En début de semaine, à Washington, Donald Trump se félicitait des progrès accomplis par l’OTAN. « Des progrès formidables ont été réalisés et l'OTAN est beaucoup plus forte », a lancé le président des États-Unis à la Maison Blanche. « Depuis ma prise de fonctions, c'est une montée en flèche », « les gens payent et je suis très heureux », a-t-il ajouté en recevant le secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, Jens Stoltenberg, dans le Bureau ovale.

Partage du fardeau

Même si le milliardaire républicain s'attribue la paternité de ce succès, son satisfecit rompt avec plusieurs mois d'attaques de sa part. Avant même son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’avait pas hésité à bousculer ses alliés européens en leur demandant de consacrer d’avantage d’argent à leur défense. De fait les budgets militaires augmentent partout en Europe, mais l’engagement visant à porter à 2 % du PIB l’effort de défense des pays membres remonte au sommet de Newport aux pays de Galles en 2014, et cet engagement reste conditionné aux performances économiques des pays européens sur le long terme, ce qui constitue une réelle incertitude en cas de nouvelle crise financière par exemple.

Autre incertitude : quelle serait l’attitude des États-Unis en cas d’attaque contre l’un des pays membres ? Depuis 1949, le principe est le même : une attaque contre l’un des membres implique une réponse de l’ensemble des alliés, mais le président américain a été tenté au début de son mandat de remettre en cause l'application de l'article 5. « Ce que demande l’administration américaine,  ce n’est pas juste que les Européens fassent plus pour leur défense, les déclarations de Donald Trump mettent parfois en doute que les Américains pourraient venir défendre  des Européens si les USA  n’y trouvaient pas des intérêts directs », explique Manuel Lafont Rapnouil, directeur du bureau de Paris du groupe de réflexion européen ECFR.

 

Manoeuvres « Trident Junction 18 » de l'OTAN à Trondheim, en Norvège, le 31 octobre 2018.

Manoeuvres « Trident Junction 18 » de l'Otan à Trondheim, en Norvège, le 31 octobre 2018. | REUTERS

Structure solide et attractive

À Bruxelles, 70 ans après sa création, l’OTAN a inauguré un nouveau siège flambant neuf et la « multinationale otanienne » fonctionne bien, décrit François Heisbourg, conseiller spécial du président de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris (FRS).

« L’OTAN en tant qu’organisation paradoxalement se porte bien, même si l’environnement politique n’est pas forcément porteur, la solidarité entre alliés fonctionne avec des déploiements en Europe du Nord, et sur les bords de la mer Noire. Les forces américaines sont désormais plus importantes, et avec des moyens lourds, alors que lors de l’épisode ukrainien en 2014, les Américains venaient de retirer leurs derniers chars d’Europe ! », explique François Heisbourg.

« L’OTAN reste une organisation attractive, on le voit dans les Balkans, avec l’entrée du Monténégro, puis peut-être la Macédoine du Nord et peut-être un jour de la Serbie, globalement les pays ont plutôt envie d’entrer dans l’OTAN. Si demain on disait aux Ukrainiens "on vous offre l’article  5", je crois qu’ils accepteraient », ajoute François Heisbourg.

« Mais certains pays, comme la Pologne, recherchent à présent une relation bilatérale renforcée avec les États, (surtout sur la question de l’anti-missile) pour que la Pologne dispose d’une " super-garantie" de sécurité en bilatéral avec les États-Unis en plus de celle assurée par l’OTAN, mais en fait cela a l’effet inverse et c’est dangereux, car cela revient à donner le signal que vous ne croyez pas l’article 5 et le message sera entendu par les Russes », analyse le conseiller spécial du président de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris (FRS).

Réveil européen

70 ans après la création de l’OTAN, les Européens commencent à comprendre que les Américains pourraient à terme se désintéresser de la sécurité du Vieux continent pour faire davantage porter leur attention sur la Chine et l’Asie Pacifique. Cela vient bouleverser le logiciel, en vigueur depuis 1949. Les pays européens en sont conscients et tentent de faire émerger une culture stratégique commune, s’appuyant sur des initiatives franco-allemandes pour la défense de l'Europe : « Ce n’est pas si simple », commente François Heisbourg.

« Les Français peuvent comprendre un monde ou l’engagement américain au profit de l’Europe s’estompe, car dès les années 1950-60 la France a disposé d’un concept stratégique national, et d’une force de dissuasion indépendante, mais l’Allemagne pendant toute la guerre froide n’avait pas de doctrine de défense, c’était celle de l’OTAN, et donc l’Allemagne est secouée par la découverte qu’ils pourraient devoir gérer leur sécurité en Europe sans les Américains, ou alors avec des Américains qui imposeraient des conditions très désagréables à l’Allemagne, comme par exemple forcer Berlin à acheter le chasseur F-35 en échange d'une garantie de sécurité américaine, ce que pour le moment Angela Merkel a courageusement refusé », explique François Heisbourg.

 

Des avions Tornado allemands sur la base turque d'Incirlik, le 21 janvier 2016.

Des avions Tornado allemands sur la base turque d'Incirlik, le 21 janvier 2016. | TOBIAS SCHWARZ / POOL / AFP

La Turquie lâche-t-elle l’OTAN ?

La Turquie est membre de l’Alliance atlantique depuis 1952, mais le plus gros contributeur de l’Alliance, secoué par un coup d’État militaire avorté et par d’imposantes purges, donne ses derniers temps l’impression de faire cavalier seul, faisant passer avant tout l’intérêt national. « Les Américains et les Européens ne sont pas d’accord sur la stratégie à suivre et à conduire en Syrie, particulièrement vis-à-vis des Kurdes, et c’est donc très difficile, de gérer l’électron libre turc quand vous n’êtes pas d’accord entre vous !  Le président  Recep Tayyip Erdoğan est en mesure de mener cette politique nationale et a ressenti le besoin de se rapprocher des Russes après avoir eu une politique très vindicative à leur égard », précise François Heisbourg.

Le 03 avril 2019, Ankara a confirmé son intention d'acheter des missiles russes S-400 alors que la Turquie abrite toujours une cinquantaine d’armes nucléaires américaines B61 sur son sol dans le cadre de l’OTAN.

Risque nucléaire accru

Alors qu’en 1987 le traité sur l’interdiction des armées nucléaires de portée intermédiaire (INF) allait retirer à l’Europe son statut peu enviable de « champ de bataille des grandes puissances » la question du déploiement des armes nucléaires en Europe redevient un sujet pour l'OTAN. S’il y a peu de chances que les Européens suivent les Russes dans une nouvelle course aux armements, le déploiement de missiles russes pouvant être soit conventionnels, soit nucléaires aux portes de l’Europe, sans mécanisme de contrôle, est porteur d’une grande incertitude.

« La question des armes nucléaires va être pour l’OTAN un sujet de préoccupation croissante. Pour l’OTAN, l’INF disparaît, mais ce qui est inquiétant c’est ce que ça présage, pour l’ensemble des relations nucléaires entre les USA et la Russie. En février 2021, le Traité "New START" sur les armes stratégiques va arriver à péremption et on sent bien que ni les Russes, ni les Américains ne sont pressés de renouveler le traité. La situation que nous vivons est potentiellement plus dangereuse que celle que nous avons connue durant la guerre froide », conclut François Heisbourg.

Опубликовано 04/04/2019 - Изменено 24/04/2019

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