La suédoise Greta Thunberg manifeste devant le Parlement à Stockholm, le 30 novembre 2018. Sur le panneau on peut lire: «grève de l'école pour le climat».
La suédoise Greta Thunberg manifeste devant le Parlement à Stockholm, le 30 novembre 2018. Sur le panneau on peut lire: «grève de l'école pour le climat».
Hanna Franzen / TT News Agency / AFP
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Greta Thunberg, la force tranquille du climat

L'adolescente suédoise a initié les grèves d’élèves pour exhorter les politiques à lutter contre le réchauffement climatique. Relayant l'appel de la jeune fille, de jeunes Français appellent à une « grève pour le climat » le 15 mars prochain. Un rassemblement est déjà prévu ce vendredi 15 février à Paris devant le ministère de la Transition écologique. Portrait de celle dont l'engagement pour la planète inspire toute une génération.
По Frédéric Faux -

De notre correspondant à Stockholm,

À la mi-août, en Suède, tous les élèves sont retournés en classe après un long été de canicule. Tous, sauf Greta Thunberg, qui lançait alors sa grève scolaire pour manifester son inquiétude face au réchauffement climatique, et protester contre l’inaction des politiques. L’adolescente, alors âgée de quinze ans, assure avoir été inspirée par « ces mouvements de jeunes, aux États-Unis, qui refusaient d’aller à l’école à cause des fusillades. J’ai trouvé cette idée intéressante et j’ai proposé à mes amis une grève hebdomadaire, tous les vendredis, mais personne n’a voulu me suivre, raconte-t-elle… alors j’ai commencé toute seule  ».

Quand elle s’installe ce jour-là devant le Parlement suédois, avec une pancarte en carton, personne ne la prend vraiment au sérieux, pas même ses parents. À tort  :  « Dès le deuxième jour, des gens ont commencé à me rejoindre, et maintenant ils sont des dizaines de milliers dans le monde qui font la même chose – des grèves de l’école – je trouve ça super ! »

Greta Thunberg, avec son visage buté, entouré de deux courtes couettes, est devenue en quelques mois la porte-voix d’une génération qui n’hésite plus à bousculer des adultes apathiques face à la crise climatique. Elle a été classée par le magazine américain Time (en anglais) parmi les vingt-cinq adolescents les plus influents de la planète. Elle a été une des figures de la COP24, à Katowice, où elle a exhorté les dirigeants à « laisser les énergies fossiles dans la terre ». Elle revient du Forum économique mondial de Davos, où elle s’est rendue en train, afin de limiter son empreinte carbone.

Son engagement dépasse la Suède

Et surtout, démultipliée par les réseaux sociaux, son idée de grève hebdomadaire a essaimé dans toute l’Europe, et au-delà. En Australie, la mobilisation a ainsi été menée par trois jeunes filles de 14 ans. En Belgique, les manifestations qui ont commencé en novembre ont rassemblé jusqu’à 35 000 jeunes, malgré la pluie et la neige. Au Canada, des élèves ont manifesté simultanément dans neuf villes. Dans tous ces pays, mais aussi en Allemagne, au Royaume-Uni, ou en Suisse, ce sont des émules de Greta Thunberg – souvent des jeunes adolescentes - qui mènent l’action.

Aujourd'hui, devant le Parlement qui occupe une île au centre de Stockholm, Greta n’est donc plus seule. Elle est toujours accompagnée d’un petit groupe bruyant où les activistes de la première heure se mêlent à des lycéens frondeurs. « Tout le monde est le bienvenu, quelque soit son âge », assure la jeune activiste. Toujours aussi déterminée, elle répond aux journalistes de façon laconique, précise, contrairement à beaucoup d’adultes qui s’écoutent volontiers parler. Elle explique comment elle a changé de vie, en devenant vegan, en ne prenant plus l’avion, en n’achetant plus de « choses neuves ».

Diagnostiquée autiste Asperger à l’âge de onze ans, c’est une ado comme les autres, mais qui cultive aussi sa différence : « Si je n’avais pas été si bizarre, je serai restée coincée dans ce jeu social que tout le monde semble apprécier », lâche-t-elle à la télévision suédoise.

Un combat porté par une famille

Son engagement, en tout cas, ne lui a pas été dicté par ses parents, d’abord inquiets de voir leur fille «  sécher » l’école, puis plus au moins contraints de changer de vie, eux aussi, devant sa détermination. Sa mère, la chanteuse d’opéra Malena Ernman, a dû abandonner sa vie de nomade toujours entre deux avions pour recentrer sa carrière sur les comédies musicales, en Suède. Svante, son père, qui rêvait d’un gros 4X4 pour braver les hivers suédois, conduit maintenant une voiture électrique. Lorsqu’il n’est pas à l’école pour justifier les absences de sa fille, il l’accompagne tous les vendredis pour sa manifestation, canalisant le flot des journalistes, l’emmenant une petite heure dans un café voisin pour qu’elle puisse reprendre des forces avec une boisson chaude. « Après Katowice, il s’est passé quelque chose, confie-t-il. Le mouvement monte dans le monde entier et Greta est au milieu… Donc oui, cela nous affecte forcément ».

Car le combat de Greta Thunberg n’est pas de tout repos. En s’exposant médiatiquement, elle est devenue la cible des sites d’extrême-droite et climato-sceptiques qui fleurissent sur internet. Sa mère est accusée d’avoir sorti un livre, opportunément, quand sa fille commençait son combat. Un entrepreneur suédois a même utilisé son image pour effectuer une importante levée de fonds, destinée à financer un site « pro-climat ». Autant de coups de vent qui ne font pas dévier Greta de son cap, qui est toujours celui du prochain vendredi. La Suède s’est engagée à être neutre en carbone en 2045, une première mondiale, mais Greta estime que la date butoir est trop lointaine et que les gouvernements doivent agir plus vite. Elle a donc décidé de rester devant le Parlement tant que son pays ne respectera pas à la lettre l’accord de Paris sur le climat. Un combat de longue haleine dont la prochaine étape sera une grève mondiale des écoliers, prévue pour mars prochain.

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Опубликовано 26/02/2019 - Изменено 27/02/2019

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