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Bâtir

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Depuis le désastreux incendie qui a ravagé une bonne partie de Notre-Dame, tout le monde essaie de regarder vers l’avenir, et de penser à la reconstruction. On parle donc de reconstruire la cathédrale, parfois de la réhabiliter, car elle n’est pas totalement détruite. Mais on entend souvent aussi qu’on va la rebâtir. Un verbe qui semble être particulièrement indiqué, car justement on dit souvent qu’elle a été bâtie aux douzième et treizième siècles. Et on parle tout aussi souvent des bâtisseurs de cathédrales, et on a dans l’esprit toute cette foule de travailleurs, architectes, maçons, manœuvres, artistes de toute sorte, spécialistes de sculptures, de bas-reliefs, de vitraux, puisqu’on sait que ces cathédrales sont des œuvres à la fois collectives et anonymes. Et il y a dans cette expression « bâtisseurs de cathédrales » une noblesse, un respect évident. Une expression figée pour englober justement tous ces corps de métier qui unissaient leur savoir-faire.

Mais pourquoi le choix de ce verbe, alors que bien sûr le mot le plus simple, le plus banal et qui vient spontanément à l’esprit, c’est construire ?

C’est que les deux mots n’ont ni le même écho ni vraiment la même signification. Construire est plus neutre et peut s’appliquer à bien des situations : bien sûr on peut construire une maison, mais on construit aussi un bateau. Ou une voiture. Ou un jouet. Ou même un appareil électrique. On a donc l’idée qu’on élabore et qu’on réalise quelque chose ; mais qui peut être de volume et d’usage très différents, du plus petit au plus gros. Et qui n’est pas toujours ancré dans le sol. Car là est la grande différence : de nos jours, lorsqu’on parle de bâtiment, on a bien l’idée d’une construction qui prend pied par terre. D’où une impression de force et de solidité. Liées à d’autres d’ailleurs : quand on bâtit, on fabrique de A à Z, on commence avec rien et on finit quand le projet est terminé. Bien entendu, on peut bâtir une hutte ou une cabane, mais justement, on a l’idée sous-jacente qu’elle est presque construite comme une cathédrale, même si c’est avec les moyens du bord, avec les matériaux et les instruments de fortune qu’on a pu se procurer. Quant au résultat, on a plusieurs mots pour le nommer : une bâtisse, un terme presque péjoratif en tout cas qui désigne une construction sans grand caractère, un peu indéfinissable. Et un bâtiment, moins négatif, mais assez vague. Pourtant ce bâtiment on peut le trouver ailleurs que sur terre : c’est ainsi qu’on appelle un grand bateau, imposant par ses proportions.

Bâtir a aussi des emplois figurés qui sont moins nobles : si l’on bâtit une théorie, c’est qu’on l’invente de toute pièce, sans trop savoir si elle correspond ou pas à la réalité.

Enfin on se souvient bien sûr que les tailleurs parlent du bâti. En couture on a une étape provisoire où tous les éléments qu’un vêtement tiennent déjà ensemble sans qu’ils soient définitivement cousus. Et le bâti est cette première couture, ce qui rappelle l’origine du mot puisque cette racine, qui vient d’une langue germanique, évoque tout d’abord un tissage.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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