Audio

L’info en direct perturbée par les réseaux sociaux

Média sociaux.
DKart / Getty
Avec le développement des applications de vidéos en direct sur la plupart des réseaux sociaux, c’est tout un métier qui est condamné à évoluer : celui de la production de l’information.

02’32’’ - Première diffusion 24/09/2016

Qu’ils s’appellent Facebook Live ou Periscope de Twitter, les applications de vidéo en direct des réseaux sociaux s’invitent dans la chaîne de production de l’information. Ce, peut-être, pour proposer un canal alternatif comme on l’a vu en avril avec Rémy Buisine, le vidéaste de Nuit debout qui a réuni pas moins de 80 000 personnes sur des débats filmés via Periscope. Ce peut être aussi lors des attentats, comme on l’a vu à Nice en juillet où les réseaux sociaux ont servi de caisses de résonance à des informations mais aussi à des images choquantes ou à des rumeurs non vérifiées : les médias ont alors dû faire face à un flux d’images montrant des cadavres ou à l’annonce erronée d’une prise d’otages dans une discothèque. Comme le dit Fabien Namias, le patron d’Europe 1, le rôle des médias chauds est alors de plus en plus non pas de délivrer l’information instantanée mais de la valider « Il vaut mieux, dit-il, être légèrement en retard sur une bonne info qu’en avance sur une fausse info ».

Ce réflexe de prudence devant l’événement, c’est aussi ce dont se réclame le service public. C’est pourquoi la fausse alerte de samedi dernier pose problème à France Info la radio dont 60 journalistes n’ont pas apprécié que Franceinfo la télé reprenne la fausse nouvelle d’une prise d’otages dans une église. Ce canular de mauvais goût de deux ados parvenus à mobiliser les forces de police n’a pas ébranlé les vieux routiers de l’info en continu de la radio qui disposent de leurs propres sources de police et de justice. Mais il a pu illusionner la chaîne dont le site, en live, comme on dit, propose des sources internes et externes, donc forcément des flux reprenant la fausse information. C’est alors qu’il est beaucoup plus facile pour la chaîne de se tromper. On l’a vu lors de l’attaque au couteau dans le Minnesota : la télé Franceinfo annonçait neuf morts quand la radio, chargé des bandeaux sur l’écran, parlait à raison de neuf blessés. Depuis, un réseau d’ordres centralisé a été annoncé.
 
Le flux en temps réel, produit par les mobinautes, met ainsi au défi les rédactions. Et ce, d’autant que l’image des morts nous est insupportable dans un média quand un attentat a lieu sur notre sol alors même qu’elle ne nous gêne pas chez un ennemi ou même un allié. C’est ce qu’a expliqué mardi le sociologue Gérôme Truc à l’université Paris 2, « les images qu’on a regretté de voir sur les réseaux sociaux après l’attentat de Nice, dit-il, ce sont les mêmes que celles qu’on a regretté que les Américains ne montrent pas après le 11 septembre ». Ground zero, souvenez-vous, c’était zéro mort à l’écran. C’était avant les réseaux sociaux. 

Publié le 01/02/2018 - Modifié le 04/04/2018 - Par Amaury de Rochegonde

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias