Journée mondiale de la radio: ces jingles qui colorent nos antennes
Le flash de 15h30 dans le studio 31 de RFI le 23 septembre 2017.
Christophe Carmarans/RFI
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Ces jingles qui colorent nos antennes

Indispensables et familiers, les jingles donnent le ton à une radio, de la couleur aux émissions et de l’unité aux programmes. À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont donné leur identité sonore à RFI et MC Doualiya.
Par Christophe Carmarans -

On les connaît aussi sous les noms d’ « indicatif », on peut aussi les appeler des « sonals » vous dirait notre linguiste maison, Yvan Amar. Mais l’anglophilie est passée par là : c’est surtout sous le nom de « jingle » (du mot anglais « jingle » qui veut dire tintement) qu’on identifie le plus souvent ces virgules musicales qui rythment nos antennes 24 heures sur 24 et vous sont devenues familières. Les jingles – que l’on retrouve également à la télévision, dans les publicités mais aussi dans l’espace public (gares, aéroports, etc.) – sont des repères auxquels vous, les auditeurs, vous habituez rapidement, d’où l’importance accordée à ces quelques notes instantanément reconnaissables et identifiables.

Si vous écoutez régulièrement RFI, ce dont nous ne doutons pas, vous aurez sûrement relevé que l’identité sonore de notre radio s’exprimait d’abord par trois notes – « Do – La bémol – Mi bémol » pour être précis –, un choix élaboré selon plusieurs critères. « Afin de repositionner le territoire sonore de RFI, nous avons pris le parti, il y a quatre ans, de créer une identité sonore forte et mémorisable », explique Madjid Miloudi. Madjid travaille à Radio France Internationale depuis vingt ans et occupe la fonction de Responsable habillage et bandes annonces, à la fois chez RFI et Monte Carlo Doualiya, notre consœur au sein de France Médias Monde (FMM).

Trois notes suffisent

« Cette mélodie, reprend-il, fonctionne en clin d’œil à l’acronyme en trois lettres – R-F-I – par le biais d’un " phrasé " simple et détaché, en trois notes, qui rendent l’identité sonore facilement mémorisable ». Pour créer l’identité musicale de RFI, Madjid fait toujours appel à des agences de création sonore choisies après un appel d’offres. Lors de la dernière en date, c’est la société Start-Rec qui a été préférée. « Très vite, on s’est dit : RFI, c’est trois lettres. Alors pourquoi on n’aurait pas trois notes », dévoile Alex Jaffray, le fondateur de Start-Rec, agence qui a également signé les habillages sonores des chaînes de télévision françaises TF1, France 2, M6, BFM TV ou encore Gulli. « Trois notes, c’est peu, précise Alex, mais en même temps c’était une contrainte intéressante ».

« Cette instrumentation contemporaine, renchérit Madjid Miloudi, rappelle les codes de la " French Touch ", avec à la fois des réminiscences électroniques et en même temps l’intégration d’une voix humaine, ce qui permet d’ " arrondir " le côté fermé du code sonore de l’information. Elle confère aussi à RFI une identité simple mais audacieuse, à la personnalité équilibrée ». Avouez-le, vous n’auriez sans doute jamais pensé qu’autant de composantes venaient se nicher dans la création d’un simple jingle de quelques secondes. Et pourtant, il s’agit d’une mécanique de précision où rien n’est laissé au hasard.

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 Jingle - Top horaire de RFI

« On était venu avec trois ou quatre propositions mais celle-là est sortie du lot par cette approche stratégique sur les trois lettres. Et effectivement par le côté à la fois humain et électronique », confirme Alex Jaffray. « Il y a beaucoup d’éléments dans ce jingle », reprend-il. « On a du " sound design " [des éléments sonores qu’on n’entend pas tout de suite ; ndlr] et plein d’autres petites choses : des guitares, du ukulélé, des instruments de percussion. On a voulu à tout prix éviter de tomber dans le côté " carte postale " avec des djembé ou des congas ».

Un travail de longue haleine

EM Image: alex-jaffray-start-rec-jingles-rfi
Le compositeur Alex Jaffray, de la société Start-Rec. | Vincent Calvet

« La sonorité des trois notes, poursuit le fondateur de Start-Rec, c’est un mélange de piano, de guitare, de voix et d’éléments synthétiques aussi. Mais derrière, il y a plein de choses. La voix, par exemple, a été retravaillée pour l’arrangement et pour souligner un côté à la fois " humain " et " novateur ". Lalo Schifrin [célèbre compositeur argentin pour le cinéma et la télévision ; ndlr] a dit : " Quand j’écris pour le cinéma, j’écris une lettre. Et quand j’écris pour la télé, j’écris un télégramme" », rappelle Alex Jaffray. « En fait, il y a un côté SMS dans les jingles : il faut qu’on comprenne très vite, en une ligne ».

Une fois trouvée l’identité sonore d’une radio, il faut aussi pouvoir la décliner dans tous les formats – virgules musicales, tapis déroulants, horloges – et aussi la faire vivre dans les indicatifs des émissions, ce dont Start-Rec a également la charge pour RFI. « L’habillage des émissions, c’est un travail de longue haleine », révèle Alex. « Cela implique beaucoup d’échanges et de discussions avec les animateurs, les techniciens… Il faut que tout le monde soit partant pour la même idée. Il y a un travail psychologique aussi sur l’approche ».

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 Jingle - Top horare de MC Doualiya

Comme dans la musique, il existe des modes et des tendances dans l’habillage sonore des radios. « En ce moment tout le monde veut un peu la même chose : un peu moderne, assez simple, des mélodies qui sont mémorisables assez rapidement aussi » indique Frédéric Kooshmanian, compositeur de jingle avec Thomas Cousinier au sein de l’agence Kouz qui a, entre autres, signé l’habillage musical de notre consœur Monte Carlo Doualiya.

« Évidemment, poursuit-il, on recherche quelque chose d’assez optimiste, pas quelque chose de grave. MC Doualiya voulait un côté un peu « world » avec des instruments acoustiques et pas synthétiques comme on entend beaucoup ailleurs ». « Chaque décennie a son type de son », abonde Alex Jaffray. « En ce moment, il y a énormément de voix retravaillées dans les identités sonores, que ce soit dans les habillages télé ou autres », une tendance que l’on retrouve aussi dans la musique populaire, particulièrement le Rnb.

Finies les musiques anxiogènes

La mode des musiques anxiogènes, à grand renfort de staccatos de violons répétitifs et d’envolée dramatiques, une formule lancée par CNN dans les années 1980, est en revanche totalement révolue. Si certaines chaînes d’information en continu les utilisent encore, elles sont bannies depuis longtemps de nos antennes. « Il faut que cela soit solennel, mais pas angoissant », confirme Alex Jaffray.

C'est un avis partagé par Madjid Miloudi, qui a volontairement tempéré le rythme des jingles de RFI au fil du temps : « Je me suis efforcé de ralentir les BPM [beats par minute ; ndlr] pour dédramatiser nos jingles car on s’est aperçu que les ralentir les rendait moins anxiogènes », acquiesce-t-il. L’actualité, nous en sommes certainement tous d'accord, est suffisamment sinistre par les temps qui courent sans qu’il faille encore y rajouter un stress supplémentaire. La musique doit continuer d’adoucir les mœurs, a fortiori quand la Terre tourne un peu moins rond, comme c'est le cas en ce moment…

Publié le 13/02/2018 - Modifié le 13/02/2018

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