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Burundi: la bataille pour le contrôle de l’information

Des policiers devant les locaux de la Radio publique africaine (RPA), à Bujumbura, le 26 avril 2015.
Des policiers devant les locaux de la Radio publique africaine (RPA), à Bujumbura, le 26 avril 2015.
Thomas Mukoya / REUTERS
Retour sur le rôle des médias et l’importance du contrôle de l’information dans le coup d’État manqué au Burundi.

02'24" - Première diffusion le 16/05/2015

Ne pas confondre la RTNB, la Radio-télévision nationale du Burundi et la RPA, la Radio publique africaine. La première, en bon média gouvernemental, soutient le président Nkurunziza, et a été à ce titre attaquée à l’arme lourde par les militaires favorables au coup d’État. La seconde, où l'on a pu entendre le général putschiste Niyambaré quand il voulait s’emparer du pouvoir, a été en partie détruite par un tir de roquette effectué par d’autres militaires, loyaux au chef de l’État.

C’est dire la violence dont les médias sont l’épicentre depuis quelques semaines au Burundi, avant même d’ailleurs la tentative de coup d’État. Il suffit d’aller sur YouTube pour voir les images de trois ministres, de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Communication se rendre, le 26 avril 2015, avec des policiers dans les locaux de la RPA pour imposer la suspension de la couverture des manifestations contre le président qui brique un troisième mandat. Les émetteurs de cette station, la plus écoutée du pays, ont ensuite été coupés par le gouvernement.
 
Comme pour les radios Bonesha et Isanganiro, dont les émetteurs ont aussi été suspendus et qui ont été victimes en avril de tentatives d’intimidation ou d’un attentat à la grenade, la RPA fait face à des menaces. Son directeur, Bob Rugurika, est d’ailleurs accusé de complicité d’assassinat après avoir diffusé un reportage sur le meurtre de trois religieuses italiennes. Quant à Radio-télévision renaissance, la principale chaîne privée, elle a été prise d’assaut par des soldats fidèles au régime.
 
La Fédération internationale des journalistes a déploré l’attitude des belligérants contre ces médias. Le sort d’un coup d’État dépend encore et toujours du contrôle de l’information. Faut-il s’en étonner ? Qui sait si le putsch raté n’aurait pas réussi si les rebelles avaient pu s’emparer du siège de la Radio-télévision publique ? Si ce siège était bien défendu, c’est que Nkurunziza savait que sa légitimité ne tenait plus qu’au fil de la parole officielle. Celui qui a le pouvoir n’est-il pas celui qui est en mesure de le faire voir ou entendre ?
 
En juillet 2013, le putsch réussi du général Abdel Fattah al-Sissi en Égypte avait commencé par l’occupation de la télé publique. La censure audiovisuelle a permis de juguler les images des manifestations qui encouragent les manifestants eux-mêmes. Pourtant, selon Ali Janati, « les nouvelles technologies, sur Internet comme par satellite, rendent impossible le contrôle des médias », et « on ne peut empêcher l’entrée d’informations dans un pays ». Ali Janati sait de quoi il parle : il est le ministre iranien de la Culture.

Publié le 03/04/2017 - Modifié le 11/05/2017 - Par Amaury de Rochegonde

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