La consommation de fruits et légumes éloigne significativement le risque de cancer.
La consommation de fruits et légumes éloigne significativement le risque de cancer.
Rolf Bruderer/Getty
Article

Nutrition et cancer, un binôme complexe

En mai 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un nouveau rapport d'expertise intitulé Nutrition et cancer. Le nombre de nouveaux cas de cancers déclarés en 2010 en France est estimé à quelque 360 000. Le rapport souligne la complexité de l'interaction entre alimentation et cancer et dresse des recommandations préventives pleines de bon sens sur la base de l'ensemble des données scientifiques disponibles.
Par Isabelle Artus -

La cancérogenèse, c’est-à-dire le processus de transformation d'un tissu sain en tissu cancéreux, est très complexe et l’interaction des facteurs nutritionnels avec le cancer l’est tout autant. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte.

Le patrimoine génétique ou le statut hormonal sont des données personnelles à prendre en considération, ainsi que les comportements et l'hygiène de vie : la consommation de tabac, d’alcool, une alimentation mal équilibrée ou l'absence d'activité physique comptent parmi les facteurs susceptibles d'augmenter les risques de développer la maladie. Enfin, les composants dits environnementaux tels que le rayonnement solaire ou les expositions professionnelles ont leur importance.
 
Des facteurs à risques classés « convaincants » ou « probables »

Dans une étude de 2007, le WCRF et l’AICR, World Cancer Research Fund/American Institute for Cancer Research, ont travaillé sur les relations entre les facteurs nutritionnels et le risque de cancer, en les classant en deux niveaux : « convaincants » pour le niveau de risque le plus élevé et « probables » pour un niveau de risque moindre.

Le rapport il est clairement stipulé qu'il « n'existe pas d'aliment ou de nutriment  "anti-cancer" en soi. » Mais des études comparatives entre différents types d’alimentation et leur possible lien avec le développement de cancer ont montré par exemple qu'il y avait une augmentation du risque de cancer du côlon en lien avec une alimentation dite « occidentale » -laquelle est caractérisée par une consommation élevée de viandes rouges et de viandes transformées, de céréales raffinées, d’aliments gras et d’aliments sucrés et une faible consommation de légumes.
 
Fruits et légumes
 
Face à l'aggravation avérée de risques liés par exemple à l'obésité ou au surpoids, dont le niveau de preuve est « convaincant » pour plusieurs cancers (œsophage, endomètre, rein, côlon-rectum, pancréas, sein après la ménopause), il convient donc d'adapter des comportements alimentaires pour réduire ce risque d'obésité et de surpoids...
 
Différentes études font ainsi apparaître que la consommation de légumes contribuerait à la régulation du poids de manière « probable ». Ainsi, d’après les résultats de l’étude EPIC, (Investigation européenne prospective sur le cancer) -qui « devront être confirmés », insistent les auteurs du rapport-, la consommation de fruits et légumes combinés ainsi que la consommation de légumes, sont associées à une diminution significative du risque de cancer du côlon chez les non-fumeurs.

Par ailleurs, expliquent les auteurs de l'étude les légumes contribuent à « diminuer la densité énergétique du régime alimentaire ». Un atout intéressant lorsqu'on sait par ailleurs qu'une alimentation trop énergétique à l’adolescence favoriserait des premières règles précoces, ce qui représente un facteur de risque accru pour le cancer du sein...  Une alimentation équilibrée et diversifiée est donc recommandée dès le plus jeune âge.
 
Viandes rouges et charcuteries

Pour ce qui est de l’interaction entre viandes rouges, viandes transformées (charcuteries) et cancer, le niveau de preuve est « convaincant » pour le cancer colorectal, selon le rapport; mais l’effet est pourtant modéré : « L’augmentation de risque de cancer colorectal est de 29% par portion de 100g de viandes rouges consommée par jour et de 21% par portion de 50g de charcuteries consommée par jour », est-il précisé.

Attention aux compléments alimentaires à base de bêta-carotène ! Le rapport d’expertise collective Nutrition et cancer évoque la relation entre consommation de compléments alimentaires contenant du β-carotène à dose élevée et augmentation du risque de cancer du poumon chez les individus exposés à des facteurs de risque comme le tabac ou l’amiante. Le niveau de risque est jugé « convaincant ».
 
Les boissons alcoolisées

Selon WCRF/AICR, la relation entre la consommation de boissons alcoolisées et l’augmentation du risque de cancer est jugée « convaincante » pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du côlon rectum (chez l’homme) et du cancer du sein (en pré- et post-ménopause).
 
Elle est jugée « probable » pour les cancers du foie et du côlon-rectum chez la femme. Selon la localisation du cancer, l’augmentation de risque varie de 9% pour le cancer du côlon-rectum à 168% pour les cancers de la bouche, du pharynx et du larynx par verre consommé par jour. L’augmentation de risque est significative dès une consommation moyenne d’un verre par jour. L’effet dépend de la quantité totale d’alcool consommée et non du type de boisson alcoolisée.

L’activité physique

Enfin, dans le rapport de l'Anses, de quelque 75 pages, un chapitre est également consacré aux bénéfices de l'activité physique... La relation entre l’activité physique et la diminution du risque de cancer est jugée  « convaincante » par le rapport « Nutrition et cancer » pour le cancer du côlon et « probable » pour le cancer du sein après la ménopause et celui de l’endomètre.

L'activité physique régulerait diverses fonctions de l'organisme et à titre d'exemple, pour le cancer du côlon, la diminution de risque varierait de 18 à 29% en fonction du type d’activité physique. De plus, en faisant du sport, on diminuer le risque de prise de poids, de surpoids et d’obésité, eux-mêmes facteurs de risque de plusieurs cancers.
 
En conclusion, des études épidémiologiques prospectives* américaines et européennes suggèrent qu’une combinaison de « comportements bénéfiques pour la santé », c’est-à-dire l’absence de tabagisme, une faible consommation d’alcool, de l’activité physique, l’absence d‘obésité, et la consommation de fruits et légumes peut avoir un impact élevé sur le risque de cancer... Du grand bon sens, finalement !

*Études épidémiologiques prospectives : étude des facteurs influant sur la santé et les maladies humaines et tendances à long terme du secteur  

Pour en savoir plus :
Le réseau Nacre, Réseau national Alimentation cancer recherche
- L'Institut national du cancer
- Les acteurs de la recherche sur le cancer

Publié le 25/01/2016 - Modifié le 07/11/2017

Radio France International France 24 Monte Carlo Doualiya France Médias Monde

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJD OJD Dénombrement des médias

Logo RFI

Nutrition et cancer, un binôme complexe

Cette page n'est pas disponible sur ce type de terminal.

Consultez les quiz disponibles sur ce type de terminal ici.