Michel Sidibé, le directeur exécutif d'Onusida, dénonce le manque de moyens dans la lutte contre le virus du Sida à la conférence internationale sur le Sida à Amsterdam, en juillet 2018.
« Il manque 7 milliards de dollars par an [...] pour nous permettre de maintenir nos résultats », a déclaré Michel Sidibé, le directeur exécutif d'Onusida.
Denis Balibouse / REUTERS
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Lutte contre le sida: « Nous nous endormons sur nos lauriers »

En amont de la Conférence internationale sur le sida (AIDS 2018) à Amsterdam (22-27 juillet), l’Onusida a présenté son rapport annuel 2018 sur l’état mondial de la pandémie. En partenariat avec Coalition Plus, réseau international de lutte contre le sida, l’organisation onusienne tire la sonnette d’alarme. Les services de prévention sont en crise. Les financements se réduisent et une certaine indifférence à la lutte contre le sida s’installe.
Par RFI -

Le nombre de décès est à la baisse. L'an dernier, 940 000 personnes dans le monde sont mortes de maladies liées au sida (990 000 en 2016), selon les chiffres publiés avant la conférence internationale sur le sida d'Amsterdam (23-27 juillet).

 

 

Mais Onusida tire la sonnette d'alarme, tant les chiffres restent inquiétants : en Afrique subsaharienne, trois jeunes filles sur quatre, âgées de 15 à 19 ans, sont concernées par de nouvelles infections.

Les jeunes femmes entre 15 et 24 ans sont deux fois plus susceptibles de vivre avec le VIH que les hommes. Dans certaines régions, les femmes violentées ont une fois et demi plus de risques d'être infectées par le VIH.

40 % des nouvelles infections parmi les populations clefs

Une autre source d'inquiétude pour Michel Sidibé, directeur exécutif de l'Onusida : au moins 40 % des nouvelles infections se produisent parmi les populations clefs, c'est-à-dire les populations à risque : les gays, les personnes qui s’injectent la drogue, les travailleuses du sexe, les migrants. « On n’arrive pas à donner à ces populations le service tel qu’on devrait le faire », regrette-t-il.

Ces populations clefs représentent 16 % des nouvelles infections en Afrique orientale et australe.

Pour Yves Yomb, du Réseau Alliance globale des communautés pour la santé et les droits au Cameroun, cette question d'accès aux services pour les populations à risque s'explique aussi par leur situation précaire : « les gens continuent à être emprisonnés pour le simple fait d’être homosexuels. Quand ils vont à l’hôpital, ils sont étiquetés, et l’accès au soin n’est pas toujours évident pour ces personnes. »

 

 

C'est notamment le cas en Russie, où l'épidémie est en train de se généraliser, selon Michel Sidibé. Il pointe du doigt « des lois généralement punitives », qui empêchent « de mettre en place des politiques de réduction des risques qui permettraient à ces populations qui s'injectent des drogues d'avoir accès à des services de santé [...] Ces personnes se cachent et infectent leurs partenaires. »

Un poids socioculturel lourd, selon Yves Yomb. « La plupart des personnes [issues de population clefs] préfèrent rester dans le maquis, et ne vont pratiquement pas, ou alors très peu, vers les centres de soin pour se soigner ou pour se faire prendre en charge. »

« Il manque 7 milliards de dollars par an »

Dans son rapport, l'instance de l'ONU a également tiré la sonnette d'alarme sur l'insuffisance des financements. « Il manque 7 milliards de dollars par an [...] pour nous permettre de maintenir nos résultats », a déclaré à l'AFP Michel Sidibé.

Michel Sidibé a par ailleurs reconnu des insuffisances dans la lutte contre le sida chez les enfants. « Même si on a évité 1,4 millions de nouvelles infections chez les enfants depuis 2010, on constate malheureusement que nous n'avons pas fait suffisamment de progrès », a-t-il noté.

Selon lui, plus de 50 % des enfants n'ont pas accès aux traitements, et il y a eu l'année dernière 110 000 décès et 180 000 nouvelles infections. « C'est inadmissible », a-t-il ajouté.

Un risque de rebond de l'épidémie

Après les succès remportés ces dernières années, « nous nous endormons sur nos lauriers et nous faisons face à une crise de la prévention », a estimé le patron malien de l'Onusida, en insistant sur l'importance du financement.

Il craint que la diminution des contributions des bailleurs internationaux n'entraîne une diminution des investissements internes des pays touchés, alors qu' « au moins 44 pays dépendent à 75 % de l'aide internationale pour combattre l'épidémie ».

« Si l'on ne dispose pas de ces ressources, il y a un risque important de rebond de l'épidémie, avec un risque de résistance grandissante et d'augmentation de la mortalité due au sida », a-t-il prévenu.

Un accès aux traitements pour trois séropositifs sur cinq

Aujourd'hui, près de trois séropositifs sur cinq dans le monde - 21,7 millions sur 36,9 millions au total - prennent des traitements antirétroviraux, soit la plus haute proportion jamais atteinte, selon le rapport.

On constate néanmoins une augmentation du nombre de personnes atteintes du Sida : en 2017, 36,9 millions de personnes dans le monde vivaient avec le virus de l'immuno-déficience humaine (VIH), contre 36,3 millions en 2016.

Publié le 29/11/2018 - Modifié le 29/11/2018

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