Victorine Siherya est une survivante d'Ebola ; désormais elle se consacre aux soins des bébés malades (mars 2019, RDC).
Victorine Siherya est une survivante d'Ebola ; désormais elle se consacre aux soins des bébés malades (mars 2019, RDC).
Baz Ratner / Reuters
Article

Ebola/RDC: l'épidémie au Nord-Kivu est-elle en train d'échapper à tout contrôle?

En République démocratique du Congo, face à l'épidémie d'Ebola au Nord-Kivu, le ministère de la Santé se veut rassurant ; mais le nombre de cas explose, plus d'une dizaine de cas chaque jour, et les attaques se multiplient contre les structures de santé.
Par RFI -

« Les conditions sécuritaires et la multiplication des foyers infectieux » compliquent la réponse sanitaire, affirme Ghassan Abou Chaar, le responsable adjoint des urgences chez Médecins sans frontières. Il poursuit : « On ne peut pas vraiment dire si l’on perd le contrôle sur l’épidémie ».

De son côté, le ministère de la Santé congolais se veut rassurant. Dans son bulletin quotidien, il affirme que le taux de survie des patients dans les centres de traitement Ebola, les CTE, est en hausse. À Butembo par exemple, il serait passé de 56 à près de 69% entre février et mai.

Mais la réalité est bien plus complexe, car le ministère ne prend pas en compte les malades décédés moins de 48h après leur admission. C’est 55 victimes de moins dans les statistiques.

Mais si les chiffres sont si favorables, c’est surtout parce que les populations ne veulent pas aller dans ces centres de traitement Ebola. Et pour cause : ils ont été attaqués plusieurs fois par des hommes armés ces dernières semaines. 

Les malades préfèrent rester chez eux. Les décès hors des structures sanitaires explosent. Et la maladie progresse. Le docteur Jean Christophe Shako, le coordonnateur de la riposte Ebola à Butembo, le concède, il y a un paradoxe : les gens ne font plus confiance aux CTE, pourtant c’est leur meilleur gage de survie.

Déjà plus de mille morts

Depuis le début de l’épidémie en août dernier, 1 124 personnes sont mortes. Ebola est extrêmement contagieux. Il suffit d’un contact, d’une goutte de sueur ou d’un postillon pour être infecté.

L’important pour les équipes de santé est de maîtriser ce que l’on appelle la chaîne de contamination. Concrètement, si vous êtes infecté, des agents de santé vont immédiatement se rendre chez vous, vacciner votre famille et ensuite établir une liste de tous les contacts avez qui vous avez communiqués ces derniers jours.
Tous ces potentiels contaminés seront suivis et soignés, si jamais des symptômes apparaissent. Les chances de survie sont multipliées, mais surtout, l’épidémie est contenue, maîtrisée.

Sauf que dans le Nord-Kivu, le contrôle sur cette chaîne de contamination échappe donc désormais à tout contrôle, et le cercle vicieux débute : impossible de mettre en place le suivi des contacts des personnes infectées si jamais les malades restent chez eux. Alors ils contaminent d’autres personnes et aucun ou presque ne se rend au CTE, parce qu’ils en ont peur de ne jamais en ressortir.

Publié le 21/05/2019 - Modifié le 21/05/2019

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