Les archives du SIR contiennent plus de 50 millions de fiches d'information
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Vers l'ouverture des archives nazies

Réunis le 16 mai 2006 près de Luxembourg, les 11 pays chargés de veiller sur les archives de l'Holocauste, conservées à Bad Arolsen (Allemagne), ont décidé de les ouvrir enfin à la recherche historique. Ces archives retracent les destins tragiques de plus de 17 millions de victimes du nazisme. Les documents sont conservés par le service international de recherches (SIR), dirigé par le comité international de la Croix rouge. Depuis 1958 jusqu’à ce jour, seules les anciennes victimes ou leurs ayant-droits y avaient accès de manière individuelle et nominative. Après plus de 60 années d’embargo sur les documents, la ministre allemande de la Justice Brigitte Zypries a déclaré que l’Allemagne était enfin prête à autoriser l’accès à ces quelque 47 millions de fiches signalétiques, de dossiers et de registres qui représentent une mine d’informations pour les chercheurs et les historiens.
Par Dominique Raizon -

Des dizaines de millions de documents, des archives du régime nazi, seront désormais accessibles aux historiens, plus de soixante après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Conservé à Bad Arolsen, en Allemagne, depuis 1945, ce fonds comprend quelque 47 millions de documents et concerne 17 millions de victimes du régime nazi. Il était, jusqu’à présent, uniquement accessible aux survivants de l’Holocauste et aux familles des victimes du régime nazi.

Ces documents concernent la sphère privée des persécutés sous le règne d’Adolf Hitler. Le fonds est placé sous la responsabilité du Service international de recherches (SIR, dirigé par le comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il appartiendra mardi aux onze pays membres de l’international tracing service (ITS, « service international de documentation »), chargés de veiller sur les documents concernant les horreurs pratiquées par les nazis, de « statuer sur l’établissement et la remise éventuelle de copies digitalisées de l’ensemble des fonds », a déclaré Antonella Notari, porte-parole du CICR. Le fond d’archives de Bad Arolsen, créé dès 1943 par les Britanniques afin de faciliter la recherche des personnes disparues, est régi par le traité de 1955 qui ne prévoyait pas l’accès à la recherche historique. L’amendement de ce traité a requis l’approbation unanime des onze États membres.*

Quelque cinquante millions de mandats d’arrêts établis par la Gestapo, de fiches, de dossiers et de registres, tenus avec une scrupuleuse rigueur administrative, renseignent sur l’origine, la nationalité, l’état de santé, les mœurs sexuelles, des persécutés civils du régime national-socialiste. Ce fonds d’archives, dont l’information est sur le point d’être intégralement informatisée à la fin de 2007, constitue « de loin le listing le plus complet sur les victimes de la Seconde Guerre mondiale », selon Udo Jost, le directeur des archives pour le SIT.

Les précisions sur le travail forcé, les sévices et les modes d’exécution témoignent du raffinement dans l’horreur de l’industrie nazie, révélant par exemple comment 300 prisonniers furent exécutés à deux minutes d’intervalle d’une balle dans la nuque : « C’était l’anniversaire d’Hitler. C’était le cadeau d’anniversaire du commandant du camp au Führer ». Si les onze Etats membres du ITS signent l’amendement, « l’ouverture de ces archives va permettre de définitivement neutraliser la propagation du virus du négationnisme qui traite l’Holocauste comme un événement fantaisiste créé après 1943 », déclare Frederick Taylor, cité dans le quotidien Libération. « L’ouverture de ces archives (…) redonnera un nom aux victimes du génocide nazi », souligne le directeur du musée de l’Héritage juif à New York, David Marwell.

Depuis 1998, le CICR reconnaît à ces archives une valeur historique

Ultra-sensibles, ces documents qui proviennent à la fois de différents camps (Buchenwald, Dachau, Mathausen…), de ghettos et d’entreprises (IG Farben, Volkswagen) ayant employé des travailleurs forcés -touchent à l’intimité des individus. La législation allemande est très stricte sur la protection de la vie privée et, sous couvert de confidentialité pour protéger les victimes ainsi que leurs ayant-droits, les différents gouvernements -de la République fédérale puis de l’Allemagne réunifiée-, s’étaient toujours opposés à l’ouverture des archives aux chercheurs et aux historiens. Depuis 1998, le CICR leur reconnaît une valeur historique. Le 21 mars dernier, la ministre de la Justice allemande a officiellement annoncé l’accord donné par l’Allemagne pour une levée du secret, au mémorial de l’Holocauste à Washington (USA).

L’agence, qui a ouvert en 1943, basée dans les environs de Londres, s’est ensuite installée en Allemagne, en 1945, pour permettre aux familles -ayant perdu trace des leurs sous le IIIe Reich- de connaître le destin des persécutés. En outre, le SIR tirant son mandat strictement humanitaire des Accords de Bonn du 6 juin 1955, ces archives ont permis aux victimes de prouver leur internement et de les aider dans le cadre de procédures d’indemnisation. Ce travail se poursuit : 250 000 réponses à des demandes ont été effectuées en 2005.

Un accord conclu en 1958 entre les gouvernements allemand et israélien avait permis à Yad Vashem (le plus grand fond de documentation mondial sur la Shoah) d’avoir accès à plus de vingt millions de copies de ces précieux documents, principalement utilisés pour retrouver la trace des anciens criminels de guerre. En mai 2005, les Etats-Unis -qui font partie des 11 Etats membres du ITS- ont proposé que chacun des Etats chargés de surveiller les archives de l’Holocauste reçoive une copie digitalisée de l’ensemble des fonds et puisse la rendre accessible conformément à leurs législations nationales respectives.

*Les onze États membres sont : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, la Grèce, les Etats-Unis, la Pologne, Israël, et les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg et Pays-Bas).

Publié le 17/09/2015 - Modifié le 29/10/2015

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