Une maison de rescapé dans le village de Gisesero, Rwanda.
Une maison de rescapé dans le village de Gisesero, Rwanda.
RFI/N.Champeaux
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Rwanda: vingt ans après le génocide, apprendre à vivre ensemble

Au Rwanda, ils sont des dizaines de milliers à avoir retrouvé la liberté, à la faveur de remises de peine diverses. C’est le cas dans le nord du pays où les Tutsis sont ultra-minoritaires, comme dans la région du volcan Muhabura, qui fait office de frontière entre le Rwanda, la République démocratique du Congo et l’Ouganda.
Par Nicolas Champeaux -

De notre envoyé spécial à Muhabura,

Les nouvelles tôles des maisons de rescapés du hameau de Gisesero scintillent sous le soleil des montagnes des Virunga. Un ancien génocidaire a participé à la pose des toits à la fin du mois de mars, lors des chantiers communautaires et obligatoires « umuganda ». « La première fois que j’ai revu l’un des hommes qui nous avait pourchassés durant le génocide, j’ai eu une peur monstre, j’ai cru que notre cauchemar reprenait, se souvient Astery Nyamatugero, une femme tutsie âgée de 83 ans. Et d'ajouter : cela fait plusieurs années que l’on voit nos anciens tueurs sortir de prison, et on s’y habitue. Aujourd’hui, on mange, on dort, et on n’a plus peur ».

Beria, veuve de 60 ans, a elle aussi accepté le retour des tueurs, mais elle attend d’eux des gestes, par exemple qu’ils désignent l’emplacement des morts. « Plusieurs tueurs en liberté ont reconnu avoir tué les nôtres, mais ils affirment ne plus savoir ce qu’ils ont fait des corps, moi je ne les crois pas, explique Béria, très amère. Chaque année, on les supplie de nous aider, on leur a même proposé, pour pas qu’ils ne soient gênés, de mettre un signe pour désigner l’endroit pour nous permettre d’y aller seul et de les exhumer. Donc on ne sait pas s’ils vont enfin accepter de nous aider cette année ».

Le déni des bourreaux

Il arrive très souvent aux génocidaires de nier avoir commis le moindre crime. C’est le cas, d’Aminadab Sebijeje, rencontré dans un lotissement agricole mono-ethnique, où il vit dans le plus grand dénuement. Sebijeje, qui a été condamné à seize ans de prison, a été libéré il y a trois ans. « Une condamnation injuste, clame-t-il. Je rentrais juste d’un travail, je venais de scier du bois pour en faire des planches, se souvient l’homme chauve avant de poursuivre, j’ai ensuite rencontré un groupe de jeunes qui venait de tuer un homme. Quand ils ont été arrêtés, ils ont dit que j’étais avec eux », se défend le cultivateur hutu. Pas moins de dix personnes condamnées à de lourdes peines de prison pour leur implication dans le génocide ont livré peu ou prou le même récit à RFI.

Epimaque Sanvura, le patron local de l’organisation de défense des droits des rescapés « Ibuka », qui veut dire « souviens-toi », n’est pas gêné outre mesure par ces mensonges présumés. « Le tueur qui nie est la principale victime de ses propres mensonges, car c’est le tueur qui a des problèmes, et pas la victime, selon l’ancien bourgmestre qui poursuit, c’est au tueur de faire des gestes envers la victime pour pouvoir se réinsérer, la victime elle est déjà dans la société ».

Kaberingabo, ancien juge des gacaca, les tribunaux populaires traditionnels ressuscités pour juger les tueurs, estime au contraire que celui qui nie représente un danger, car il peut récidiver. La difficulté de la repentance chez certains tueurs hutus, est liée selon lui aux propagandes anti-Tutsi véhiculées durant plusieurs décennies : « Cet esprit malsain, cette haine contre un peuple ou une ethnie, ont pénétré leur mémoire, leur esprit, et traversé les âges. Déraciner tout cela en un seul jour ce n’est pas facile. C’est pourquoi on lutte toujours pour cette réconciliation, c’est pourquoi il faut instruire, éduquer, et échanger ». Selon l’ancien juge, les vingt années écoulées depuis le génocide constituent une simple étape qui en appelle bien d’autres.

Publié le 06/09/2017 - Modifié le 22/09/2017

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