Kaing Guek Eav, alias Duch, se trouve dans la salle des tribunaux des chambres extraordinaires aux tribunaux du Cambodge, le 20 novembre 2007.
Kaing Guek Eav, alias Duch, se trouve dans la salle des tribunaux des chambres extraordinaires aux tribunaux du Cambodge, le 20 novembre 2007.
Tang Chhin Sothy/AFP
Article

Premier procès international des Khmers rouges

Premier à prendre sa place dans le box des accusés, Kaing Guek Eav, alias «camarade Duch», 66 ans, est formellement accusé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et meurtres avec préméditation, plus de trente ans après les faits. l’audience initiale du procès du 17 février 2009, devait permettre de régler les derniers détails techniques des débats à venir, sans que l’on ne progresse sur le fond. À l'issue de cette réunion, la date de l’audience au cours de laquelle l’accusé sera amené à plaider coupable ou non coupable devait être communiquée. Duch était le seul des cinq inculpés à reconnaître les crimes qui lui sont reprochés.
Par Sophie Malibeaux -

Inculpé en juillet 2007 par les autorités cambodgiennes, Duch a passé plus de huit ans en détention préventive. Ancien professeur de mathématique, il s’est converti au christianisme dans les années 90, après avoir joué un rôle à la tête du centre de torture et d’exécution le plus connu du Kampuchea Démocratique, à Tuol Sleng, dans la capitale.

Il a été arrêté en 1999, après avoir été démasqué par un journaliste, et a depuis imploré le pardon de ses victimes, rares à avoir survécu au régime. De son propre aveu, « tous ceux qui (lui) étaient envoyés à S-21 devaient être tués – hommes, femmes ou enfants. Il n’y avait pas de distinction » (entretiens réalisés en 1999 avec un enquêteur de l’ONU). Il risque désormais la réclusion à perpétuité, car le tribunal chargé de le juger a exclu de recourir à la peine de mort.

Le droit international en train de s’écrire

Il est donc le premier khmer rouge à faire face à cette juridiction mixte, mi-cambodgienne, mi-internationale. La formule intitulée « chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) » est d’une grande complexité. Elle suppose notamment l’accompagnement ou le partenariat entre avocats et magistrats khmers et étrangers, et donc la traduction des documents. L’intronisation des magistrats cambodgiens et internationaux remonte à juillet 2006, date marquant également le lancement de la procédure judiciaire, retardée jusqu’à ce jour par de nombreux détails techniques justement…

En août dernier, lorsque les co-juges d’instruction décidaient de rendre leur ordonnance de clôture, ils ne se doutaient pas que les co-procureurs s’apprêtaient de leur côté à faire appel de cette décision, quitte à retarder le procès de quelques mois encore. Il a fallu attendre le 5 décembre pour que la voie soit réellement ouverte pour la tenue du premier procès.

Ce dernier délai illustrait, une fois de plus, la difficile relation entre des magistrats venus d’univers différents. Depuis le début de la mise en place de cette juridiction spéciale, les rivalités ne cessent de s’exprimer entre habitués de la justice à l’anglo-saxonne, la Common law, que pratique le procureur canadien Robert Petit, et la justice, telle que la rendent Français et Cambodgiens, obéissant à une tradition de « civil law » d’inspiration romano-germanique, impliquant, notamment, la pratique de l’instruction et du secret de l’instruction. Dans de telles conditions, l’ouverture du procès constitue un succès en soi, d’autant que les fonds ont été difficiles à réunir.

Une victoire malgré tout limitée

Pourtant, de nombreuses questions restent en suspens. Qu’est ce que le procès de Duch permettra d’apporter comme éléments décisifs concernant l’établissement des principales responsabilités dans cette tragédie, à l’origine de la mort d’un à deux millions de Cambodgiens ? Duch était-il simple exécutant de l’« Angkar », l’organisation révolutionnaire mise en place par Pol Pot, lui-même décédé en 1998 sans avoir répondu de ses crimes ?

Le biographe de Duch, Nic Dunlop écrit : « Duch est le chaînon manquant entre les crimes et les leaders. S’il y a un homme qui peut fournir des réponses sur les Khmers rouges, c’est lui. » [cité par Arnaud Dubus dans son article du 13 septembre 2007 pour Libération]. Quel était son rapport aux autres responsables khmers rouges aujourd’hui inculpés ?

Les quatre responsables politiques les plus hauts placés – encore vivants – aujourd’hui inculpés sont Ieng Sary, l’ancien ministre des Affaires étrangères et son épouse Ieng Thirith, ancienne ministre des Affaires sociales, le chef du Kampuchea Demokratic Khieu Samphan ainsi que Nuon Chea, en charge des renseignements, plus connu sous le nom de frère numéro deux. Y en aura-t-il d’autres ? Ces quatre là, beaucoup plus âgés que Duch, sont avec leur avocat dans une logique de déni de leurs responsabilités, prêts à tout pour faire durer la procédure afin de mourir avant une éventuelle traduction en justice. Leur procès a été dissocié de celui de Duch, mais au regard de l’écriture de l’histoire, leurs parcours se rejoignent.

Publié le 06/09/2017 - Modifié le 06/09/2017

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