Co-fondateur du Mouvement du 22 Mars, Daniel Cohn-Bendit lors d'une conférence de presse dans l'amphithéâtre de la fac de Nanterre, le 10 mai 1968.
Co-fondateur du Mouvement du 22 Mars, Daniel Cohn-Bendit lors d'une conférence de presse dans l'amphithéâtre de la fac de Nanterre, le 10 mai 1968.
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Mai-68: il y a 50 ans, l’étincelle jaillissait de Nanterre

Il y a 50 ans, le 22 mars 1968, était fondé, dans l’enceinte de la faculté de Nanterre, le Mouvement du 22 Mars dont le porte-voix était Daniel Cohn-Bendit, figure emblématique de la révolte de Mai-68. Dans le contexte de l’époque, tout était réuni pour que l’étincelle qui mit le feu aux poudres parte de Nanterre.
Par Christophe Carmarans -

Forcément, le changement de paysage interpelle. Il y a cinquante ans, il fallait longer un bidonville pour faire le kilomètre séparant la gare SNCF de Nanterre-La Folie du campus de l’université d’où sont partis la révolte étudiante de Mai-68 et les événements qui s’ensuivirent. Aujourd’hui, quand on sort à la station RER Nanterre-Université, inaugurée en 1972 et refaite à neuf en 2015, c’est le faîte des tours des entreprises du CAC 40 du quartier de La Défense que l’on aperçoit au loin, comme un pied de nez de l’Histoire. Pied de nez de l’Histoire car l’une des motivations premières de la révolte des protagonistes de Mai-68, c’était justement de refuser un enseignement qui les préparait, disaient-ils, « à passer leur vie dans des bureaux et à devenir des cadres de la bourgeoisie ».

C’est donc ici et pas ailleurs que le mouvement a pris forme et, quand on remonte le fil des événements, on réalise que tout était réuni pour que l’étincelle parte effectivement de Nanterre, avant de « mettre le feu à toute la plaine », pour reprendre une expression chère à Mao Zedong. Quand elle ouvre ses portes en 1964, la faculté de Nanterre se veut une université moderne et expérimentale. Elle regroupe essentiellement une équipe de professeurs de la Sorbonne qui se caractérisent par leur désir de réforme et sont déjà reconnus : le germaniste Pierre Grappin également doyen (directeur) de l’université dès 1965, les sociologues Alain Touraine et Henri Lefebvre, l’historien et politologue René Rémond, le philosophe Paul Ricœur. Cette volonté de modernité des professeurs s’exprime autour de trois axes principaux.

Changement de pédagogie

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Une barre interminable plus grande qu'un hall de gare. | Christophe Carmarans/RFI

Premièrement : un souci de dialogue avec les étudiants à une époque où ils ne sont pas encore représentés dans les conseils d’université. Deuxièmement : une transformation de la pédagogie avec le renforcement du système des TD [travaux dirigés ; ndlr]. « Nanterre est une forme de laboratoire car on va chercher à moderniser l’enseignement des sciences sociales », explique Cédric Le Cocq, un professeur agrégé d’histoire qui a la particularité d’enseigner sur place à l’heure actuelle et de préparer aussi une thèse intitulée « L’Université de Nanterre de 1964 à 1984 ».  « C’est aussi à Nanterre, reprend-t-il, qu’on commence à étudier les auteurs du XXe siècle en littérature. Auparavant, on considérait qu’on n’avait pas le recul nécessaire pour étudier un auteur du même siècle ». Troisième axe enfin : la modernisation des sciences sociales, en insistant sur la pluridisciplinarité et l’interdisciplinarité, c’est-à-dire la mise en commun des sciences entre elles.

Dans cette université seulement dédiée, durant ces premières années, aux lettres et aux sciences humaines, l’enseignement va donner beaucoup de poids à la sociologie, à l’ethnologie, à la linguistique, des matières à l’époque relativement récentes et relativement peu institutionnalisées aussi. Cela crée, du même coup, un terreau plus fertile à la réflexion et au débat politique que, disons, le droit ou les mathématiques. « En réalité, entre 1964 et 1967, le dialogue entre les étudiants et les enseignants fonctionnait assez bien », observe Cédric Le Cocq. « Mais, à partir de 1967, dit-il, il va y avoir une logique de radicalisation où les étudiants politisés vont être de plus en plus engagés à l’extrême gauche, d’où un refus d’assumer le dialogue avec les équipes en place ».

Difficulté supplémentaire, la population est passée de 2 872 étudiants à l’ouverture en 1964 à 11 430 inscriptions pour la rentrée universitaire de 1967, sur un campus encore très loin d’être achevé (il s’agit d’un ancien terrain militaire cédé par le ministère de la Défense). La faculté rassemble alors un melting pot de Parisiens (20 % des « Nanterriens » proviennent du XVIe arrondissement), d’étudiants issus de banlieues chics ou beaucoup plus modestes, voire venus de l’étranger, comme cet allemand dénommé Daniel Cohn-Bendit qui, en tant qu’orphelin, bénéficie d’une bourse de la République Fédérale qui lui permet de louer un studio dans le XVe arrondissement. De la même façon, si la majorité des étudiants ne sont pas politisés, ceux qui le sont forment un ensemble hétéroclite, et parfois conflictuel, qui va de l’extrême droite aux catholiques de gauche en passant par les communistes mais surtout par l’extrême gauche avec toutes ses composantes de l’époque : trotskistes, maoïstes, anarchistes, libertaires et situationnistes.

Terrain propice

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Le pavillon des filles occupé par les étudiants en 1967. | Christophe Carmarans/RFI

« À Nanterre, il n'existait pas de sentiment d'appartenance à une communauté », confiait en mars 2008 à Libération Jean-Pierre Duteuil, l’un des fondateurs du Mouvement du 22 Mars 1968. « En ce sens, poursuivait-il, la spécificité du site, à l'écart de la vie étudiante traditionnelle, dans un environnement peu attractif, incitait les étudiants d'extrême gauche à tisser des liens entre eux et à transcender en partie leurs clivages. Cela a canalisé les jeunes "inorganisés", mais "politisés", à se joindre à cette dynamique qui a débordé les contours d'une simple addition de groupes ». Isolé et encore mal desservi par les transports, le campus et sa logistique particulière, avec une barre interminable plus grande qu’un hall de gare, sont en effet propices aux réunions et aux échanges chez ceux qui n’ont pas le temps, les moyens ou le désir d’aller se distraire au Quartier latin.

C’est d’ailleurs une question à la fois de logistique et de règlement qui voit le climat réellement s’envenimer pour la première fois le 21 mars 1967, soit pile un an et un jour avant la date qui va donner son nom au Mouvement du 22 mars. Ce soir-là, une quarantaine d’étudiants décident d’investir l’un des pavillons réservés aux filles, revendiquant ainsi la libre circulation dans l’ensemble de la résidence universitaire et bravant le règlement. Si les filles avaient le droit de se rendre dans le pavillon des garçons, et même d’y passer la nuit, l’inverse n’était pas toléré. Dérangées dans leurs habitudes, des occupantes veulent appeler la police. « L’équipe enseignante se trouve prise alors entre deux feux », explique Cédric Le Cocq, notre doctorant. « D’une part le désir de faire respecter le règlement. Et d’autre part, la crainte d’envenimer encore davantage la situation en faisant intervenir la police ».

Par manque de sang-froid, le doyen Grappin fait finalement appel aux forces de l’ordre, une transgression très mal vécue par les jeunes car la police n’est normalement pas censée intervenir sur le périmètre universitaire. Bien que cernés par les agents, une vingtaine d’étudiants va parvenir à rester dans le pavillon des filles durant plus d’une semaine, ravitaillés par des occupantes. Pour finir d’alourdir le climat, une rumeur circule, dès le lendemain, selon laquelle l’université a dressé une liste noire de 29 étudiants politisés à exclure, une rumeur qui, selon notre historien Cédric Le Cocq, se serait avérée infondée. Les meneurs sont néanmoins déjà dans le collimateur des Renseignements généraux, comme en attestent des extraits d'archives secrètes de la police publiés dans L'Express en 1998. Ce climat de suspicion généralisé acte en réalité, de façon définitive, le divorce entre la direction de l’université et des étudiants d’extrême gauche qui vont désormais faire assaut de provocations face à une hiérarchie complice, selon eux, d’un pouvoir répressif.

Le phénomène Cohn-Bendit

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La piscine, où débuta le «phénomène Cohn-Bendit». | Christophe Carmarans/RFI

Le plan Fouchet de réforme de l’université, qui instaure une orientation dès la fin du 1er cycle vers des filières courtes, ne fait que donner un peu plus de motifs de révolte à ces gauchistes qui l’accusent de prôner une sélection à l’entrée de l’université et de ne pas donner suffisamment de moyens aux étudiants. Le 17 novembre 1967, 2 500 d’entre eux démarrent une grève illimitée sur le campus en exigeant du doyen Grappin qu’il transmette leurs revendications au ministère. Des protestations voient également le jour au même moment à la Sorbonne et à Orsay. « À la sortie de ce mouvement-là, l’UNEF, qui était le syndicat étudiant majoritaire à Nanterre, va se décomposer », indique Cédric le Cocq.  « À partir de là, il n’y a plus de grand syndicat étudiant capable de fusionner et de coordonner les contestations à gauche. Cela va favoriser l’apparition des groupuscules au sein de la fac de Nanterre ».

Membre d’un groupe qui se surnommera début 1968 « Les Enragés », le situationniste René Riesel résumait ainsi l’état d’esprit des plus radicaux dans une interview accordée à Libération en 1988, à l’occasion du 20e anniversaire de Mai-68 : « Nous cherchons fébrilement un levier. L'université n'est pour nous qu'un maillon faible du système : nous allons le rompre. D’autant que Nanterre en est la vitrine moderniste, le fleuron des soi-disant sciences humaines, le perchoir des Tourin-Moraine [allusion aux sociologues Edgar Morin et Alain Touraine ; ndlr]. Nous sabotons les cours dès janvier, indignant les étudiants que nous empêchons de travailler à leur carrière ». Le début d’année 1968 marque aussi l’apparition du phénomène Daniel Cohn-Bendit avec le fameux « incident de la piscine » quand celui qui n’est pas encore « Dany le Rouge » apostrophe le ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe, venu inaugurer la piscine de l’université de Nanterre, le lundi 8 janvier 1968.

« Monsieur Missoffe vous avez publié un Livre blanc sur la jeunesse, c’est un livre plein d’inepties ! Vous n’y évoquez pas les problèmes sexuels de la jeunesse ! », lance Cohn-Bendit au ministre qui lui répond du tac au tac : « si vous avez des problèmes de cet ordre-là, vous pouvez vous jeter dans la piscine ». « La construction d’un centre sportif est une méthode hitlérienne destinée à entraîner la jeunesse vers le sport, pour la détourner des problèmes réels », lui rétorque l’étudiant anarchiste, alors âgé de 22 ans. Ce dernier devient une célébrité instantanée sur le campus et en dehors, même si l’incident ne sera relaté dans la presse que quelques jours plus tard. Il se trouve aussi, à partir de là, dans le viseur des autorités qui entament envers lui une procédure d’expulsion du territoire français pour laquelle il comparaîtra le 16 février devant une commission spéciale de la préfecture de police. 

En attendant, les tensions s’intensifient et, le 26 janvier, un affrontement met aux prises les étudiants et la police suite à une manifestation de soutien à Cohn-Bendit et contre la constitution de « listes noires » lors de laquelle des appariteurs (surveillants) ont été malmenés. Les policiers sont repoussés, ce qui ne fait que donner un peu plus d’assurance aux fauteurs de trouble. Les incidents se multiplient sur le campus et une pièce doit être interrompue, le 14 février, après l’envahissement de l’amphithéâtre. « En fait, estime Cédric le Cocq, les militants théorisent la provocation comme arme politique et espèrent, à partir de là, provoquer  une répression qui va favoriser un mouvement de solidarité ». La procédure d’expulsion contre Daniel Cohn-Bendit sera par ailleurs abandonnée, après un échange poli de courrier entre l’intéressé et François Missoffe, suivi d’une invitation du ministre à Cohn-Bendit d’avoir avec lui « une discussion générale sur la jeunesse ».

De « La France s’ennuie » à l’appel des 142

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En arrière-plan, la tour administrative d'où le Mouvement est parti. | Christophe Carmarans/RFI

Jusque-là sujet de troisième ordre, le malaise étudiant commence à trouver plus de la place dans les médias. Dans Le Monde daté du 15 mars, le directeur du quotidien, Pierre Viansson-Ponté, publie un éditorial intitulé « Quand la France s’ennuie ». En voici quelques passages : « Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui. Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde. La guerre du Vietnam les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment » (…)  « La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Égypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme ».

Le lendemain même, les événements vont lui donner tort. Dans la nuit du 16 au 17 mars, les devantures des locaux parisiens de la Chase Manhattan Bank, de la Bank of America et de la compagnie aérienne TWA sont plastiquées dans le quartier de l’Opéra. Et le 20 mars, à l’occasion d’une manifestation contre la guerre du Vietnam qui réunit 200 personnes dans le quartier de la gare Saint-Lazare à l’appel du Comité Vietnam national, certains manifestants s’en prennent à l’agence d’American Express qui est taguée à la peinture rouge et dont les vitres sont brisées. Cinq jeunes sont interpellés par la police et placés en garde à vue dont Xavier Langlade, 20 ans, membre du service d’ordre la Jeunesse communiste révolutionnaire (trotskiste). Un sixième, Nicolas Boulte, 22 ans, fondateur de la Jeunesse universitaire chrétienne et futur membre de la Gauche prolétarienne (maoïste) est arrêté chez lui à Massy, le lendemain. Ces interpellations secouent le monde étudiant et en particulier la fac de Nanterre.

Le vendredi 22 mars, sous l’influence de Daniel Cohn-Bendit, 142 étudiants investissent vers 19h45 le rez-de-chaussée de la tour centrale de l’université, où se trouvent les locaux administratifs, en bousculant un surveillant. Leur but : exiger la libération des six jeunes détenus par la police. La troupe hésite un moment sur la suite à donner à leur coup de force et palabre. Puis, quelqu’un parvient à récupérer un jeu de clefs pour monter jusqu’au huitième étage, siège du conseil d’administration de l’université et emblème du pouvoir. L’assesseur du doyen Grappin et le chef du personnel tentent de les en empêcher mais après une bousculade, l’objectif est atteint : à 21h00 la salle du conseil est aux mains des contestataires. L’occupation va durer 1 heure et demie et c’est à ce moment-là qu’est lancé l’appel des 142 puis fondé le Mouvement du 22 mars. Parmi ces fondateurs, on distingue plusieurs catégories : les libertaires (Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Duteuil), les « Enragés », (René Riesel, Gérard Bigorgne), les trotskistes (Daniel Bensaïd, Jean-François Godchau), ainsi que des maoïstes (Serge July qui rejoint le Mouvement le lendemain) mais aussi des militants de l‘UNEF venus soutenir leurs camarades placés en garde à vue.

Vers mai 68

 

EM Image: France - Paris - Mai 1968 - Soyez réalistes, demandez l'impossible - slogan

L'un des slogans emblématiques de l'«esprit de Mai», le 3 mai 1968. | GERARD-AIME/Gamma-Rapho via Getty

Un manifeste est publié à l’issue d’un vote (137 pour, 2 contre et 3 abstentions). En voici les grande lignes : « Après les flics en civil à Nanterre et à Nantes, les listes noires, la trentaine d’ouvriers et d’étudiants emprisonnés à Caen (…) le gouvernement a franchi un nouveau pas : ce n’est pas aux manifestations que l’on prend les militants, mais chez eux. Pour nous, ces phénomènes ne sont pas un hasard. Ils correspondent à une offensive du capitalisme en mal de modernisation et de rationalisation (…) Nous devons rompre avec des techniques de contestation qui ne peuvent plus rien. L’heure n’est plus aux défilés pacifiques comme celui organisé par le SNESUP [Syndicat national de l’enseignement supérieur, ndlr] jeudi prochain sur des objectifs qui ne remettent rien en cause dans notre société. (…) À chaque étape de la répression nous riposterons d’une manière de plus en plus radicale et nous préparons dès maintenant une manifestation devant la préfecture des Hauts-de-Seine ». Parmi les autres revendications figuraient aussi une participation au fonctionnement de l’université, la suppression des concours de l’agrégation et une libération accrue de la parole.

« Ce soir-là, tout s’est décidé collectivement avec les gens qui étaient présents. On s’auto-organisait, on n’avait pas besoin de parti », relate la future pionnière de l’économie solidaire, Madeleine Hersent, alors âgée de 20 ans, dans Le Vrai Cohn-Bendit, d’Émeline Cazi. Dans l’intervalle, les six jeunes interpellés à la suite de l’attaque contre American Express ont été relâchés. La soirée se termine dans l’allégresse et au son des guitares. « C’est à partir de là que les étudiants vont prendre conscience de la force de leur mouvement. Ils pensent qu’ils peuvent encore repousser les limites, ils prennent de l’assurance et confiance en eux », résume Cédric Le Cocq. Ce soir-là, une autre façon de faire de la politique, impertinente, radicale, improvisée et prête à l’action immédiate, a vu le jour. Elle va déboucher sur les événements de mai 68 qui n’aboutiront pas au « grand soir » espéré par certains mais feront quand même vaciller le pouvoir en place et changeront en profondeur une société française encore engoncée à l’époque dans ses traditions et son conservatisme.

Publié le 24/04/2018 - Modifié le 26/04/2018

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