Des milliers d'étudiants rendent hommage à l'ancien chef du Parti communiste chinois et réformateur libéral Hu Yaobang lors d'une manifestation non autorisée sur la place Tiananmen, le 19 avril 1989.
Des milliers d'étudiants rendent hommage à l'ancien chef du Parti communiste chinois et réformateur libéral Hu Yaobang lors d'une manifestation non autorisée sur la place Tiananmen, le 19 avril 1989.
Catherine Henriette / AFP
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Les coulisses de Tiananmen

Hu Yaobang était un personnage très populaire. Dans les années 80, il avait réussi à libéraliser un peu le régime chinois. Cette libéralisation, même à petits pas, lui avait valu de perdre son poste de secrétaire général du parti communiste, tout en figurant parmi les hiérarques.
Par Any Bourrier -

Pour les jeunes, il représentait un espoir. Apprenant sa mort, la jeunesse de Pékin avait décidé de ne pas laisser tomber dans l’oubli la mémoire de cet homme exceptionnel. Des dazibaos à sa gloire, à la gloire de la réforme et de la démocratie, avaient fleuri alors sur les murs de Pékin.

Personne n’était en mesure d’imaginer ce qui allait suivre. Après la mort de Hu Yaobang, l’agitation étudiante avait pris des proportions inimaginables. Mais, aujourd’hui, il ne reste que le souvenir de ce printemps terrible et du sang de milliers de jeunes écrasés par l’armée le 4 juin 1989.

Pendant une décennie, on a ignoré ce qui s’était passé au plus haut niveau du pouvoir chinois. Les archives de Tiananmen nous ont révélé, il y a deux ans, une partie de la vérité. Ce livre est une masse de documents qu’un personnage anonyme de l’appareil du parti a confié à un sinologue américain. Ces documents éclairent parfaitement les mécanismes de décision qui ont abouti au drame. On y voit un groupe de vieux dirigeants presque paralysés par la recherche d’un consensus, chacun se méfiant de l’autre. On y voit surtout la lutte entre deux factions : d’une part, un noyau dur, partisan des réformes politiques et, d’autre part, les anciens du parti, autour de Deng Xiao Ping, préférant la répression et décidant d’envoyer l’armée contre les étudiants.

Les archives de Tiananmen apportent des lumières nouvelles sur le fonctionnent du pouvoir en Chine. Mais au-delà de l’histoire et de l’évolution du régime chinois, c’est sur tout le fonctionnement des systèmes totalitaires qu’il nous éclaire. Car le principal résultat de l’insurrection de Pékin n’est pas d’avoir bouleversé la nature du système politique en Chine communiste, mais bel et bien d’en avoir exposé la vraie nature, dans sa réalité mise à nu.

Place Tiananmen, les contestataires voulaient que la Chine devienne une démocratie. Pour eux, le gouvernement devait d’abord émaner du peuple, ensuite rendre des comptes régulièrement au peuple et, enfin, il devait être possible au peuple de révoquer le mandat accordé au gouvernement. Quinze ans plus tard, on est toujours loin, bien loin du compte.

Publié le 27/05/2019 - Modifié le 31/05/2019

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