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A la Une: Kadhafi, cinq ans après
Pius Utomi Ekpei/AFP
C’était le 20 octobre 2011. La mort de celui qui se faisait appeler le guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, lynché par les combattants de la révolution après 8 mois de révolte. « Et si c’était à refaire ? », voilà la question que Le Pays pose dans son éditorial. « En trucidant Kadhafi, ils n’ont pas seulement éliminé un dirigeant sanguinaire, ils ont aussi assassiné la paix et la stabilité dans quasiment tout le continent africain ».

3'39'' - Première diffusion le 21/10/2016

 

« La Lybie, poursuit le journal burkinabé, est devenue le point de ralliement des terroristes du monde entier, qui y font leurs premières armes avant d’aller à l’assaut des populations partout en Afrique et même au-delà. On pouvait tout reprocher au sanguinaire Kadhafi, sauf son nationalisme chevillé au corps et sa volonté manifeste et quasi maladive de faire de la Libye un Etat fort et indivisible. Un pays naguère dirigé par un dictateur, certes, conclut Le Pays, mais qui jouissait tout de même d’une relative stabilité politique et dont l’indice de développement humain était l’un des plus enviables sur le continent. »
 
Cinq ans plus tard, la Lybie est en plein chaos
 
C’est Thierry Portes qui l’écrit dans Le Figaro : « L’Histoire semble bégayer en Libye, où la population, dont les conditions de vie se sont très fortement dégradées ces cinq dernières années, semble, pour une bonne part, regretter le temps de Kadhafi. » Pourquoi ? Eh bien, parce que « criminels et voleurs ont pris les armes à la fin de la révolution, tandis que nombre d’anciennes brigades anti-Kadhafistes devenaient des milices, puis des gangs, armés de Kalachnikovs, de lance-roquettes, d’automitrailleuses et parfois de chars. »
 
« La Libye, par elle-même, avait peu de chance, la page dictatoriale tournée, de se construire un avenir serein ». Mais, rappelle Le Figaro, « Français, Anglais et Américains qui, par leur soutien militaire, avaient fait tomber Kadhafi et son régime, ont été incapables d’accoucher et d’accompagner les premiers pas d’une nouvelle Libye. L’assassinat de l’ambassadeur américain Christopher Stevens par un groupe jihadiste à Benghazi, en septembre 2012, signifia le retrait de l’Occident. »
 
Dans un entretien à lire sur le site de l’IRIS, l’Institut de relations internationales et stratégiques, le chercheur Kader Abderrahim se fait encore plus sévère. Oui, dit-il, « les organisateurs de l’intervention militaire de 2011 ont commis une erreur. Ils n’ont pas mis en place de suivi politique pour l’après-Kadhafi et se sont simplement contentés d’organiser des élections. Or, la Libye est un pays dans lequel il n’y a jamais eu d’Etat ni d’institutions. La coalition n’a pas tenu compte des caractéristiques sociologiques et anthropologiques du pays. Les Occidentaux prétendaient apporter la démocratie en organisant des élections. Ils se sont trompés. »
 
En résumé, explique Kader Abderrahim, « nous sommes donc face à un paysage libyen divisé entre Daech, deux gouvernements rivaux, un général assez aigri qui fait cavalier seul et un gouvernement d’union nationale isolé. Si l’on y ajoute les clans, les tribus, les milices, le jeu d’un certain nombre de pays étrangers comme l’Algérie, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, la somme de tous ces acteurs résultent sur une situation totalement hors de contrôle. Les dynamiques enclenchées, aujourd’hui en Libye, échappent à tous ceux qui les ont lancées. »
 
Un trésor et un mystère
 
Reste un mystère : celui du trésor Kadhafi, entre 100 et 400 milliards de dollars, à comparer avec les 80 milliards de Bill Gates, l’homme le plus riche du monde. Cette fortune, dont personne n’a complètement retrouvé la trace, ce n’est pas seulement celle de Kadhafi lui-même, il y a aussi là-dedans des sommes considérables détournées à l’époque par l’élite du régime. Or, « pour toute chasse aux trésors, s’amuse le quotidien Aujourd’hui au Bourkina, il faut une carte. Mais le parchemin de Mouammar Kadhafi est beaucoup plus complexe et surtout, très moderne. Paradis fiscaux, sociétés-écrans, prête-noms, investissements dans l’immobilier, tout ce qui offre de subterfuges et de subtilités par le calfeutrage fiscal a été utilisé par le défunt Guide. Au point que là où il est, il doit certainement avoir un rire goguenard devant l’impuissance de tous ceux qui veulent mettre la main sur ces fonds colossaux. »
 
Ahmed Bambara termine son éditorial par ces mots : « Quelle garantie que ces fonds ne vont pas tomber entre les mains, par des truchements touffus et complexes, de ces brigands déguisés en adorateurs de Dieu qui auront alors là, une manne inestimable et inespérée pour nourrir leur soif de destruction ? Enfin, comment s’assurer que ces fonds, qui appartiennent légitimement aux Libyens, après tout, leur profiteront ? Voilà autant de questions dont les réponses sont difficiles à trouver ».

Publié le 11/01/2017 - Modifié le 24/01/2017 - Par Vincent Sourieau

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