Entrée du camp Almamy Samory Touré, résidence de l'État, après la tentative de putsch visant à renverser le gouvernement de Lansana Conte, le 4 juillet 1985 à Conakry, en Guinée.
Entrée du camp Almamy Samory Touré, résidence de l'État, après la tentative de putsch visant à renverser le gouvernement de Lansana Conte, le 4 juillet 1985 à Conakry, en Guinée.
AFP
Article

Discrimination > Division

« … Après la tentative de coup d’État de Diarra Traoré, j’ai été arrêté et envoyé en prison. J’étais à la prison du camp Alpha Yaya Diallo. Il y avait une chasse aux Malinkés. »
Par Olivier Rogez -

Témoignage de l’ex commissaire Lamine Sow

Je suis entré dans la police en 1982 à l’âge de trente ans. J’ai d’abord fait l’École de police. J’ai été pris au concours, car je suis un bon tireur. J’ai fait l’École de police de Kankan. À mon retour, j’ai été envoyé à l’École militaire interarmes. Le pouvoir militaire (Le CMRN de Lansana Conté avait pris le pouvoir, NDLR) pensait que notre promotion devait recevoir une formation au sein de l’armée. Je suis donc allé au camp Alpha Yaya Diallo. De là, vingt d’entre nous ont été choisis pour aller suivre une formation de six mois en Israël. J’y ai été formé à la lutte antiterroriste aérienne. C’est à dire, la façon d’empêcher les détournements d’avion, et de les gérer s’ils se produisent. Lorsque je suis revenu, j’ai été nommé garde du corps du ministre de la Sécurité, Amadou Kouyaté. Je suis resté avec lui jusqu’en juillet 1985.

Après la tentative de coup d’État de Diarra Traoré, j’ai été arrêté et envoyé en prison. J’étais à la prison du camp Alpha Yaya Diallo. Il y avait une chasse aux Malinkés. Les Malinkés étaient accusés d’avoir soutenu Diarra Traoré. Je suis resté sept jours sans boire ni manger. Chaque jour on me torturait. J’étais nu, ligoté... Je suis sorti avec les jambes brisées ainsi qu’une clavicule cassée. Le 8ème jour, on nous a donné à boire du quinquéliba. En fait, ils accusaient le groupe dit des Israéliens d’avoir soutenu Diarra Traoré, ce qui était faux. Je ne savais rien de tout cela. Après cette accusation, nous avons eu un peu de tranquillité mais les tortures ont repris. Chaque jour on me pendait par les pieds pendant des heures. J’avais presque tous le temps les jambes et les bras ligotés. Au total, j’ai fait trois ans de prison, dont deux au camp Alpha Yaya et une année à Kindia. Je ne sais toujours pas pourquoi. À ma sortie, j’ai écrit pour réintégrer la police, mais ils n’ont pas voulu. J’ai fait autre chose. Mais j’ai continué à observer ce qui se passe dans le pays. L’État a beaucoup mélangé les choses. On ne considère pas assez la police dans ce pays. À croire qu’ils pensent qu’on peut faire fonctionner la Guinée sans une police efficace et bien formée. Aujourd’hui, quand je vois qu’il y a autant de morts dans les manifestations, je me dis que ce n’est pas normal. Un policier doit savoir qu’il tue ses frères et ses sœurs. Il doit respecter la vie. Mais les gens sont si mal préparés dans la police ! Et puis, lors des manifestations de février dernier (Les grève des enseignants en février 2017) pourquoi un béret rouge est sorti de sa caserne pour aller tuer une pauvre vendeuse près de l’aéroport (l’affaire a défrayé la chronique) ? Pourquoi personne ne lui demande de comptes ?

picto pdf

 
  Cliquer ici pour télécharger l'intégralité de cet article.

>> Découvrez le prochain témoignage de cette série en cliquant ici

Publié le 14/06/2018 - Modifié le 11/07/2018

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias