Jacques Foccart, dans les années 1950.
Jacques Foccart, dans les années 1950.
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6/7 : L’échec d’une tentative de déstabilisation

Des réseaux ont été constitués, des armes cachées. Et pourtant, il ne reste trace, dans les archives que d’un seul accrochage aux frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire : l’incident de Wolono. L’opération, détectée par la sécurité guinéenne, a-t-elle été « démontée » en catastrophe par les services français ? Près de 60 ans plus tard, il reste difficile d’établir les choses avec certitude. Mais des hypothèses prennent forme et des faits troublants peuvent être établis. Dans le sixième volet de cette enquête en sept épisodes, nous revenons sur ce qui reste l’un des mystères de ce « complot » : le quasi évanouissement d’un dispositif patiemment positionné aux frontières sénégalaises et ivoiriennes.
Par Coralie Pierret et Laurent Correau -

Perpignan. Il se passe quelque chose d’inhabituel dans cette caserne du 11e choc. Des personnalités africaines vont et viennent, puis disparaissent quelques jours après. Des militaires radios restés en Afrique arrivent eux aussi, la mine défaite, exfiltrés d’urgence. Matraque, l’ancien de l’opération Persil que nous avons croisé dans les précédents volets de cette série, assiste à la scène. Il a lui-même dû quitter Dakar de manière discrète, en transit depuis Abidjan : « Inutile de poser des questions, j’avais compris que l’opération avait été démontée. En d’autres termes, elle avait lamentablement échoué… »[1] 

Un ancien des services français a expliqué au journaliste Pierre Péan comment il analysait l’échec : « L’opération se déroulait normalement quand Jacques Foccart, prétextant que certains réseaux intérieurs dont il avait conservé le contrôle risquaient d’être neutralisés, prit subitement la décision de fixer une date précise pour le déclenchement de l’insurrection. Or, à cette date qui demeura maintenue, malgré les observations qui lui furent faites, l’acheminement de la majeure partie de l’armement n’avait atteint que les zones frontalières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Comme c’était à prévoir, l’opération se termina par un échec total. »[2]

Guy Fagneux, un point d’interrogation

Quels sont ces « réseaux intérieurs » dont Foccart, le puissant conseiller du général de Gaulle pour l’Afrique, avait conservé le contrôle et qui « risquaient d’être neutralisés » ? Rien ne permet pour l’instant de l’affirmer avec certitude. Mais des faits qui se sont déroulés dans les semaines précédant la révélation du « complot » méritent d’être rappelés. 

Guy Fagneux est l’un des responsables de l’agence commune à trois grandes compagnies françaises présentes en Guinée : les Chargeurs Réunis, Fabre et Freycinet, UAT. Mais c’est aussi l’un des correspondants en Afrique de Foccart. Le colonel Leroy-Finville, le chef du service 7 du SDECE, se souvient de lui comme « d’un espion amateur, ce qu’il y a de plus inefficace et de plus crispant pour les véritables professionnels. »[3]

Le 13 mars 1960, Fagneux est arrêté alors qu’il cherche à transmettre au commandant du paquebot Foch, un des paquebots de la compagnie Fabre et Freycinet, un rapport à l’attention de Paris. Le 14 mars, à 17h52, l’ambassade de France à Conakry transmet à Paris un télégramme laconique : « M. Fagneux a été interpellé par la douane guinéenne alors qu’il montait à bord du "Foch" porteur d’un rouleau de papier destiné au commandant du paquebot. L’ouverture de ce rouleau par la police aurait fait apparaître une série de documents, dont certains très confidentiels. L’intéressé, gardé au commissariat, a déjà été interrogé à plusieurs reprises. On craint qu’il ne soit inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État. »[4].

Dix jours plus tard, Guy Fagneux est toujours détenu. Il est à la sécurité militaire. L’instruction suit son cours avec l’audition du personnel de l’UTA en qualité de témoin. Le consul n’a pas pu lui rendre visite[5]. Le 6 avril, cette instruction se poursuit « dans des conditions de secret absolu ». Le chargé d’affaire de l’ambassade de France recommande que le commandant du Foch - à qui les documents secrets avaient été remis - ne fasse pas escale à Conakry pour que les autorités locales ne l’appréhendent pas « pour interrogatoire ou même inculpation ». Le 2 mai, la direction Afrique-Levant du Quai d’Orsay fait part des informations recueillies par les « Services spéciaux », qui font état « de conditions de détention très dures et laissent prévoir une condamnation de notre compatriote à une peine extrêmement sévère pouvant aller jusqu’à la peine capitale. » Le ministère français des Affaires étrangères dit « redouter que M. Sékou Touré s’efforce d’accréditer sa version du "complot colonialiste" contre la Guinée en impliquant M. Fagneux et en le prenant comme bouc émissaire. »[6]

Jacques Foccart mandate, pour tenter de faire libérer Fagneux, un avocat suisse proche du FLN, Maître Nicolet. Foccart mobilise également vingt millions de francs pour essayer de racheter Fagneux aux autorités guinéennes. En vain. Leroy-Finville explique que Sékou Touré instaure même « une délirante chasse aux espions invisibles, désigne comme gibier les ressortissants français. Fouilles, perquisitions, vexations se multiplient. »[7]

Dans un ouvrage sur l’histoire de la guerre d’Algérie, Charles Henri Favrod livre quelques informations sur les démarches réalisées par Me Nicolet pour obtenir la libération de Fagneux : « Lors du fameux procès Jaccoud, l’avocat Raymond Nicolet est devenu l’ami de Me Floriot. Celui-ci, qui défend les intérêts des Chargeurs Réunis, le prie de se charger du cas d’un des employés de cette compagnie, un certain Fagneux, arrêté en avril 1960 sous prétexte qu’il appartient au réseau Foccart en Guinée. Il est accusé d’avoir tenté de soulever les anciens combattants mécontents et les chefs de canton dépossédés de leurs prérogatives coutumières. Nicolet obtient la libération de Fagneux par l’entremise du PCF et en particulier de la femme de l’avocat Matarasse, Blanche Poirier. »[8]

Fagneux savait-il quelque chose ? Difficile à dire : si Sékou Touré le décrit, dans son discours en langue locale du 20 avril 1960, comme un homme chargé d’assurer l’acheminement de documents relatifs au complot[9], le 10 mai, notent les services français, « le cas de M. Fagneux, incarcéré pour "espionnage" depuis le mois de mars, est disjoint du complot »[10]. Le SDECE indique également dans une de ses notes que Guy Fagneux est libéré le 13 juillet 1960[11].

L’historien guinéen Sidiki Kobélé Keïta évoque de son côté une autre « fuite » ayant permis aux autorités de prendre leurs dispositions. Il cite le témoignage de la veuve de l’homme politique sénégalais Doudou Guèye. « (…) quand le Haut-Commissaire de l’AOF fut informé que les préparatifs étaient achevés, explique Sidiki Kobélé Keïta, il saisit les chefs de canton frontaliers du Sénégal par lettre convoyée par un gendarme muni d’un briquet : le messager devait détruire la correspondance dès après lecture par le destinataire. Son oncle, Modi N’Diaye, chef de canton de Yalocôtô (Tambacounda) reçut effectivement la sienne ; il en informa aussitôt Doudou Gueye qui se rendit immédiatement, par avion, à Conakry. La véracité et la réalité de la tentative de déstabilisation ne faisaient plus l’ombre d’un doute. »[12]

L’enquête menée par RFI pousse à s’intéresser aux toutes premières arrestations qui ont eu lieu dans la région de Mali. La mise sous les verrous de Boubacar Djelly Dieng (cf. volet 2 de cette série) a semble-t-il largement contribué à précipiter l’affaire du complot. Signe de son importance : elle est évoquée par Souleymane Baldé, l’un des meneurs, dans son procès-verbal d’interrogatoire devant la police sénégalaise (cf. volet 5 de cette série). Baldé explique que Boubacar Dieng, « chef de bande » de la zone B du Fouta « a été arrêté à Mali par la police guinéenne alors qu’il effectuait un transport d’armes. »[13]. C’est par ailleurs de Mali que l’histoire semble être partie, que les premières armes ont manifestement été trouvées par les autorités guinéennes. Le nom de Boubacar Dieng figurera par la suite sur la liste des condamnés à la peine capitale avec confiscation des biens[14]. Deux de ses coépouses seront condamnées aux travaux forcés.

Les discours enflammés de Sékou Touré contre la subversion venue de l’étranger font en tout cas, selon différents auteurs, souffler un vent de panique dans les montagnes du Fouta Djalon. « Une partie des armes déjà introduites en Guinée est précipitamment enterrée sur place, explique Georges Chaffard dans ses Carnets secrets de la décolonisation, l’autre partie ramenée en territoire sénégalais et camouflée. La panique a tout balayé. On a même vu quelques individus, se croyant démasqués, se rendre eux-mêmes aux autorités. »[15]

L’échec est également total en Guinée forestière, près de la frontière ivoirienne. « Ce fut un fiasco, écrit dans ses mémoires Yves Guéna. Sur le terrain, l’Ivoirien manipulé par nos services et qui devait mener le jeu avait avisé les Guinéens. Quelques heures après la mise en mouvement des commandos, Sékou Touré pouvait à Radio Conakry dénoncer les menées de la Côte d’Ivoire et de son chef contre la Guinée »[16].

L’accrochage de Wolono

Il ne reste trace dans les archives que d’un seul accrochage, dans la nuit du 12 mai, dans la région de Beyla, à Wolono. L’Agence Guinéenne de Presse rend compte dans l’un de ses bulletins de la mission effectuée par un gendarme dans les jours qui suivent les faits. « Le 15 mai à 11h30, nous sommes arrivés à Wolono qui présentait des marques encore fumantes de la dernière attaque, explique le gendarme. La case du maréchal des logis de la Brigade Frontière de Gendarmerie portait des traces de mitraillades, les murs transpercés de part en part, l’intérieur mis à sac. Il en était de même du logement des autres gardes frontaliers et de plusieurs habitations de Wolono. »

Le président du comité du Village, Koné Gbato, et son jeune frère Woe Koné sont aussitôt arrêtés au motif qu’ils auraient collaboré et donné des renseignements aux assaillants. Premier signe de leur complicité : leurs cases ont été vidées de leurs effets personnels la veille de l’attaque. Plus grave, ils sont confondus par un ressortissant ivoirien, un dénommé Mamadou Bamba, arrêté par les gendarmes guinéens. L’homme était revenu dans le village dans la nuit du 14 mai après l’attaque, armé d’une mitraillette. Lors de son interrogatoire, il est passé aux aveux : « J’ai été spécialement chargé par des militaires européens dont quatre Français et trois auxiliaires de gendarmerie africains de me rendre au village de Wolono en République de Guinée chez Koné Gbato pour lui demander si des militaires guinéens étaient arrivés à Wolono. »

L’interrogatoire va nettement plus loin. Selon l’Agence Guinéenne de Presse il permet également de faire apparaître d’autres complicités et d’identifier certains meneurs. L’officier guinéen de gendarmerie parvient ainsi à établir « qu’un dépôt d’armement de guerre se trouve au village de Wouedou, gardé par un certain Bamba Lansana. Le sieur Gondo Kémé du village de Lavilasso en République de Guinée est l’un des promoteurs de l’insurrection dans la région de Beyla, le dirigeant du mouvement est un ancien militaire de Côte d’Ivoire dénommé Gono. La bande de Gondo Kémé compte 300 personnes parmi lesquelles quatre militaires de la gendarmerie française et des militaires africains en activité, disposant de vingt-cinq véhicules tout-terrain à Touba en Côte d’Ivoire, d’un avion et d’un hélicoptère. Elle est installée dans les villages de Zégbédougou, de Gbenkoro et de Wouédougou en Côte d’Ivoire dans la région frontalière. La prochaine attaque de cette bande est prévue pour la nuit du 22 au 23 mai et elle doit débuter sur le signal d’un avion. »[17]. Il n’y aura pas de nouvel incident : le 18 mai, le ministre de l’Intérieur guinéen Damantang Camara est dépêché à Abidjan en lien avec la situation à la frontière. Il est accueilli à l’aérodrome par les ministres Delafosse, Denise et Buisson. Il est immédiatement reçu à son domicile par le président Houphouët-Boigny. Et cela « sans aucun témoin », précise le SDECE[18]. Les sources guinéennes du chargé d’affaire français Siraud lui assurent qu’un arrangement a pu être trouvé « en vertu duquel le Premier ministre ivoirien s’était engagé à tout mettre en œuvre pour éviter le renouvellement d’incidents de ce genre, tandis que le gouvernement guinéen mettrait un terme aux activités des agitateurs groupés dans un "Front de Libération de la Côte d’Ivoire". »[19] Le lendemain de la rencontre, Sékou Touré remercie Houphouët de l’accueil qu’il a réservé au ministre et lui dit qu’il va prendre en zone frontalière toutes les dispositions susceptibles de dissiper les malentendus et de ramener la confiance. Le chef de la région administrative de Beyla reçoit l’ordre de faire évacuer d’urgence la frontière et de faire reculer ses troupes sur Beyla.

L’affaire de Wolono ne s’arrête pourtant pas là. Près d’un mois plus tard, un haut fonctionnaire guinéen rapporte à l’un des collaborateurs de l’ambassade de France à Conakry une étrange version des faits. Il décrit le piège dans lequel, selon lui, les services français sont tombés. Selon ce haut fonctionnaire, le commandant de la circonscription administrative de Beyla a en fait chargé un Guinéen ayant servi dans l’armée française de se faire passer pour un homme prêt à engager la lutte armée… et de prendre contact avec les autorités du territoire voisin « pour sonder les dispositions de ces dernières ». Le chargé d’affaire français à Conakry, Pierre Siraud rend immédiatement compte à Paris des propos de ce haut fonctionnaire guinéen : « Le provocateur, après avoir franchi clandestinement la frontière, aurait rencontré un capitaine de l’Armée française et un conseiller général ivoirien, auxquels il se serait présenté comme un opposant au régime, laissant entendre qu’il était facile d’exploiter le mécontentement provoqué dans la population par les abus de la police et des responsables politiques. Il aurait été convenu, à la suite de cette démarche, qu’un envoi serait effectué ». Six caisses d’armes et de munitions auraient ainsi été introduites et immédiatement remises aux autorités locales. « De l’autre côté de la frontière, cependant, l’on s’était aperçu de la supercherie et c’est afin de récupérer l’armement compromettant que l’attaque du 12 mai aurait été lancée contre Wolono. » Le chargé d’affaires français, manifestement embarrassé, conclue : « Je ne suis évidemment pas en mesure de porter un jugement sur la valeur de ces révélations. Il importe cependant de relever l’aveu des Guinéens quant à leurs intrigues pour provoquer l’incident de Wolono.» Vraies ou fausses, les déclarations de ce haut fonctionnaire guinéen donnent en tout cas la mesure du jeu subtil de désinformation et de manipulation qui se met en place autour du complot de 1960[20].

Des années plus tard, mis en cause par Ahmed Sékou Touré, Félix Houphouët Boigny, le président de Côte d’Ivoire, donnera sa version de ce qui s’est passé en avril-mai 60[21]« En 1960, au lendemain de l'accession de notre pays à l'indépendance dans les conditions que vous connaissez et avec les quelques difficultés que nous avons vécues, M. Sékou Touré me fit part, par télégramme, d'une action militaire qui était dirigée à partir de Ia Côte d'lvoire contre Ia Guinée. Mon premier réflexe fut de m'informer sur les activités de notre propre armée. Elle était dans l'ignorance absolue du fait signalé par le Président guinéen. Je saisis donc immédiatement après le Représentant de Ia France d'alors, M. Yves Guéna, qui lui aussi m'affirma être dans l'ignorance totale de l'action dont faisait état M. Sékou Toure. »

Félix Houphouët Boigny poursuit : « Je ne m’en tins pas là, M. Sékou Toure m'affirmant qu'un petit village frontalier guinéen avait été attaqué et une jeep brulée. J'envoyai sur place des enquêteurs et mobilisai tous nos militants disponibles pour empêcher toute action contre Ia Guinée, pays frère auquel nous n'avions rien à reprocher et avec lequel j'entendais maintenir les bonnes relations ayant toujours existé entre Guinéens et lvoiriens. J'appris qu'effectivement une poignée d'Européens irresponsables de tendance O.A.S. (Organisation Armée Secrète, NdlR), avec Ia complicité de certains de nos opposants de Ia région d'Odienne que M. Sékou Touré connaissait bien (c'étaient les anciens membres du Parti de I'Union Française opposés pendant notre lutte émancipatrice au P.D.C.I.-R.D.A.) avaient tenté cette action insensée dans le seul but de susciter des difficultés entre mon pays et Ia Guinée. Nous ne tardâmes pas à protester énergiquement à Paris, lequel d'ailleurs ignorait l'action de cette poignée d'éléments O.A.S. puisqu'aussi bien le chef supposé de ce petit groupe, Achard, devait rejoindre par Ia suite I'O.A.S. à Alger et se voir condamner à mort par contumace. II n'y avait donc pas eu d'action, ni au niveau de l'armée et des populations ivoiriennes, ni au niveau des détachements militaires français en Côte d'Ivoire. »

Le président ivoirien indique par ailleurs : « Le principal complice des irresponsables O.A.S.en l'occurrence le triste sire ldrissa Samake, devait trouver la mort une année plus tard, quand étant parti pour déterrer les grenades dissimulées sous des termitières à Ia suite de notre intervention, il fut déchiqueté par les éclats d'un de ces engins meurtriers. »

Yves Guéna en 1959.

Yves Guéna en 1959. | AFP

Le récit d’Houphouët est manifestement tronqué. Dans ses mémoires, Yves Guéna explique qu’il était bel et bien au courant. Et que le président ivoirien l’était aussi. Yves Guéna se souvient notamment être allé voir Houphouët un soir, à la suite de ses premiers démentis en 1960, pour lui conseiller de faire preuve de prudence : « Je lui exposai toute l’affaire, lui rappelant qu’il en avait été tenu informé et que moi-même je lui en avais parlé dès mon arrivée. "J’avais oublié", confessa-t-il, ce qui était proprement incroyable mais apparemment vrai. Un peu plus tard, s’étant renseigné, il m’expliqua pourquoi l’affaire avait si lamentablement échoué : notre agent ivoirien était apparenté, me dit-il, à la famille de Sékou Touré »[22]

Jacques Achard, auquel le président ivoirien fait référence, est le directeur de cabinet du Haut-Commissaire de France en Côte d’Ivoire, Yves Guéna. C’est un proche du général Salan, qu’il retrouvera d’ailleurs au moment du putsch des généraux en Algérie (en avril 61) avant de passer dans la clandestinité et de devenir l’un des principaux dirigeants de l’OAS (Organisation Armée Secrète). La référence d’Houphouët à des irresponsables OAS ou de tendance OAS est un anachronisme fort utile pour masquer la responsabilité officielle française. L’OAS n’a en effet été mise en place que début 1961. Reste la question du rôle effectivement joué (ou pas) par Achard dans le dispositif subversif. Yves Guéna assure que son collaborateur n’en a eu aucun : « Achard n’a été absolument pour rien dans cette histoire de Côte d’Ivoire, a-t-il indiqué au journaliste français Georges Chaffard. Le mettre en cause serait de la diffamation. C’est le service "Action" du SDECE qui a monté toute l’affaire. » Chaffard en convient : « Achard, à cette époque-là, n’est déjà plus considéré par le SDECE que comme un sympathique aventurier, trop voyant et trop alcoolisé pour qu’on lui confie des responsabilités. »[23]

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[1] Correspondance avec l’un des auteurs.

[2] Cf. PEAN (1990), p 273.

[3] Cf. BERNERT (1980), pp 255-257.

[4] Télégramme n° 198 du 14 mars 1960, Archives diplomatiques, La Courneuve, Série Afrique-Levant 1960-65, boîte 51QO/72.

[5] Télégramme n° 235 du 24 mars 1960, Archives diplomatiques, La Courneuve, Série Afrique-Levant 1960-65, boîte 51QO/72.

[6] Télégramme n° 453/54 du 2 mai 1960, Archives diplomatiques, La Courneuve, Série Afrique-Levant 1960-65, boîte 51QO/72.

[7] Les informations de ce paragraphe sont tirées de BERNERT (1980) pp 256-257.

[8] Cf. FAVROD Charles Henri, « Quelques remarques en marge de la négociation franco-algérienne et les bons offices suisses » in TOUILI Mohamed Le retentissement de la Révolution algérienne, colloque international d'Alger, 1985, p323. 

[9] Cf. Télégramme n°368/373 du 21 avril 1960, Archives diplomatiques, La Courneuve, Série Afrique-Levant 1960-65, boîte 51 QO/43.

[10] « Les événements de Guinée » Document du SDECE réf. 31396/A du 24 mai 1960. Op. cit.

[11] « La Guinée va publier un livre blanc sur le Complot » Document du SDECE réf. 33830/A du 5 août 1960. Archives du Service historique de la défense. Vincennes. Boîte GR 10 R 853

[12] Cf. KEITA (2014) pp 90-91.

[13] Procès-Verbal d’interrogatoire de Souleymane Baldé établi par le commissaire de police Papa Samba Ba. République du Sénégal/Ministère de l’Intérieur/Direction de la Sûreté n°87 RG. 22 mai 1960. Archives personnelles de Roland Colin.

[14] « Les lendemains du Complot » Télégramme n° 479/AL du 14 mai 1960, Fonds Foccart Arch. Nat. 5 AGF/1637   

[15] Cf. CHAFFARD (1967) pp 244-245.

[16] Cf. GUENA (1982), p 96.

[17] Cette dépêche de l’AGP est transmise in extenso au quai d’Orsay par le chargé d’affaire français en Guinée Pierre Siraud. Les services des Jacques Foccart reçoivent également copie de l’envoi. cf. « Incident à la frontière guinéo-ivoirienne » dépêche diplomatique 531/AL du 28 mai 1960. Fonds Foccart, Arch. Nat. 5 AGF/1637. 

[18] Cf. « Les événements de Guinée » Document du SDECE ref 31396/A du 24 mai 1960. Op. cit.

[19] Cf. « Incident à la frontière guinéo-ivoirienne », op cit.

[20] Cf. « Les dessous de l’incident de Wolono » dépêche diplomatique 614/AL du 24 juin 1960. Arch. Diplomatiques, La Courneuve, Archives diplomatiques, La Courneuve, Série Afrique-Levant 1960-65, boîte 51QO/43.

[21] « Déclaration de son Excellence M. Félix Houphouët Boigny, président de la République de Côte d’Ivoire, sur le prétendu complot dénoncé par Monsieur Sékou Touré, président de la République de Guinée » Abidjan, 17 novembre 1965. Une copie du texte de cette allocution est conservée dans les archives des Nations unies, accessibles en ligne sous la référence S-0884-0009-01-00001.

[22] GUENA (1982) p 96.

[23] CHAFFARD (1967) p 240.

Publié le 14/06/2018 - Modifié le 06/07/2018

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