Mobutu Sese Seko, président du Congo-Kinshasa est accueilli par le président de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa (2e D), à son arrivée à l'aéroport de Bangui en janvier 1971.
Mobutu Sese Seko, président du Congo-Kinshasa est accueilli par le président de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa (2e D), à son arrivée à l'aéroport de Bangui en janvier 1971.
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Chronologie

1885-1995: De la colonisation à la dictature, le Congo-Zaïre en coupe réglée

Depuis que le roi belge Léopold II (1835-1909) en fit une colonie privative saignée à blanc, les habitants du Congo paraissent voués à servir d’autres intérêts que les leurs. De Léopoldville à Kinshasa, leur histoire bégaie dans les intrigues nouées sans relâche dans des officines occidentales ou africaines qu’agitent des appétits économiques insatiables. De leur côté, qu’ils se revendiquent Zaïrois ou Congolais, ou même qu’ils soient suspectés de «nationalité douteuse» parce que rwandophones, ceux qui peuplent ce vaste territoire en forme de corne d’abondance, villageois et citadins n’ont cessé de s'entre-déchirer, leurs idéaux d’indépendance se fracassant sur des querelles de clôtures animées par les tenants du pouvoir centralisé dans la lointaine capitale. Trahisons, meurtres, sécession, rébellions, répressions, massacres, mercenaires, casques bleus… déjà, de la «Table ronde» organisée à Bruxelles à l’heure de la décolonisation en 1960, jusqu’à la Conférence nationale de 1990-1993, le peuple congolais a vu lui échapper la souveraineté confisquée par Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko, trois décennies durant.
Par Monique Mas -

1885 : Appâté par les perspectives commerciales « illimitées » décrites par l’aventurier britannique Henri Morton Stanley, le roi Léopold II de Belgique se déclare souverain sur le territoire qu’il s’approprie sous le nom d’État indépendant du Congo.

1908 : Sous la pression de l’opinion internationale mise au fait de l’exploitation sanguinaire qu’il pratique dans ses possessions, Léopold II lâche ses territoires au profit de la Belgique. L’État indépendant du Congo est rebaptisé Congo belge.

1923 : La Société des Nations (SDN) ratifie le mandat confié à la Belgique sur le Ruanda-Urundi après la défaite allemande dans la Première Guerre mondiale.

1925 : L’administration du Ruanda-Urundi est rattachée à celle du Congo belge.

6 août 1945 : L’uranium qui a servi à la fabrication de la bombe nucléaire larguée par les États-Unis sur la ville japonaise Hiroshima provient du Congo belge.

4-7 janvier 1959 : À Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), la répression des premières émeutes anti-coloniales fait des centaines de morts.

13 janvier 1960 : La Belgique annonce des réformes destinées à conduire à l’indépendance.

20 janvier-20 février 1960 : Bruxelles convoque à une « Table ronde » les représentants des partis nationalistes actifs tout au long des années cinquante. Les discussions débouchent sur un calendrier électoral programmant l’indépendance.

11-25 mai 1960 : Les législatives sont remportées par le parti du très charismatique Patrice-Emery Lumumba, le Mouvement national congolais (MNC) fondé en 1956, qui réclame le droit de former le premier gouvernement indépendant. Dans la province minière du Katanga, Moïse Tshombe fait carton plein avec son parti Conakat dominé par sa communauté lunda.

Le Congo est indépendant, le Katanga fait sécession

30 juin 1960 : L’indépendance du Congo belge est proclamée. Élu par les sénateurs, le premier président de la République du Congo sera Joseph Kasa Vubu. Patrice Lumumba est nommé Premier ministre. La guerre civile commence. Le Conakat de Tshombe donne la chasse aux Kasaïens du Katanga.

5 juillet 1960: Les troupes congolaises de la Force publique belge se mutinent. Des dizaines de milliers de Belges fuient le pays.

8 juillet 1960 : Nommé chef d’état-major, Joseph-Désiré Mobutu entreprend l'africanisation de l'encadrement militaire.

11 juillet 1960 : Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga (au sud-est), avec l’appui de la Belgique et de l’Afrique du Sud. Ses « gendarmes katangais » entrent en scène.

13 juillet 1960 : Des troupes belges débarquent à Léopoldville (Kinshasa).

14 juillet 1960 : Sollicité par Kasa Vubu et Lumumba, le Conseil de sécurité des Nations unies appelle Bruxelles à se retirer et dépêche des casques bleus au Congo.

8/9 août 1960 : Fort de soutiens occidentaux et sud-africains, Albert Kalondji proclame l'État autonome du Sud-Kasaï diamantifère, frontalier du Katanga.

12-13 août 1960 : Le secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld négocie avec Tshombe à Elisabethville (Lubumbashi) l’entrée de casques bleus au Katanga en échange du statu quo sécessionniste.

26 août 1960 : Un télégramme de la CIA rendu public depuis lors recommande la mise à l’écart de Lumumba, une « priorité » dans la stratégie américaine au Congo.

5 septembre 1960 : Soutenu par l’Onu et les États-Unis, Kasa Vubu destitue le Premier ministre Lumumba ainsi que six autres ministres et en appelle à Mobutu. Antoine Gizenga, compagnon de route de Lumumba, proclame une République populaire du Congo à Stanleyville (Kisangani).

11-12 septembre 1960 : Bruxelles monte l’opération Barracuda pour éliminer Patrice Lumumba.

14 septembre 1960 : Mobutu instaure un collège de commissaires généraux qui écarte le gouvernement de Joseph Iléo installé par Kasa Vubu à la place de Lumumba.

6 octobre 1960 :  Lumumba doit être écarté de manière définitive, insiste le ministre belge des Affaires étrangères en charge des Affaires africaines, Harold d’Aspremont Lynden.

1er décembre 1960 : En fuite de son domicile où il a été mis aux arrêts le 10 octobre, Lumumba est arrêté dans le Kasaï et transféré au camp militaire de Thysville dans le Bas-Congo.

Lumumba assassiné, Mulele soulève les Maï-Maï, Mobutu prend le pouvoir

Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo-Kinshasa, en décembre 1960. A ses côtés, le vice président du Sénat Joseph Okito. Patrice Lumumba sera assassiné avec 2 de ses proches, Joseph Okito et Maurice Mpolo, le 17 janvier 1961.

Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo-Kinshasa, en décembre 1960. | Stringer/AFP

17 janvier 1961 : Patrice Lumumba est torturé et assassiné au Katanga par des policiers belges comme on l’apprendra en 2000.

18 septembre 1961 : Le secrétaire général de l’Onu, Dag Hammarskjöld est tué dans le crash de son avion sur le territoire de l’actuelle Zambie.

1962-1963 : L’Onu met fin à la rébellion de Gizenga à Stanleyville (Kisangani), dans l’Est.

17 janvier 1963 : Sous pression internationale, Moïse Tshombe accepte de renoncer à la sécession du Katanga en échange du maintien de son leadership politique sur la région où il a remporté les législatives de mai 1960.

Janvier 1964 : Pierre Mulele lance un soulèvement depuis son maquis du Kwilu actif dans l’Ouest depuis six mois. Hostiles à la politique de Kinshasa qu’ils estiment inspirée par les «Blancs», des milices tribales Maï-Maï s’organisent. Quelque mois plus tard, s’ouvre à l’Est le maquis de Gaston Soumialot auquel participera Laurent-Désiré Kabila ancré, lui, sur les rives du lac Tanganyika.

1er juillet 1964 : Le président Kasa Vubu en appelle à Moïse Tshombe pour tenter d'enrayer le soulèvement contre Kinshasa qui gagne du terrain.

24 novembre 1965 : Une intervention belgo-américaine composée de centaines de mercenaires appuie la reconquête par Mobutu des territoires conquis par les rebelles dans l’Est : Albertville (Kalemie), Stanleyville (Kisangani), Kindu, où l’Argentin Che Guevara et des combattants cubains se sont efforcés pendant quelques mois d’organiser les maquis de Soumialot et de Kabila avec le soutien notamment du président tanzanien, Julius Nyerere, mais aussi de combattants tutsi chassés du Rwanda par la «Révolution sociale» de 1959. A Léopoldville (Kinshasa), le général Mobutu prend le pouvoir, proclame la Deuxième République et suspend tous les partis.

Janvier 1966 : Léopoldville devient Kinshasa.

17 avril 1967 : Mobutu crée son parti-État, le Mouvement populaire de la Révolution (MPR), dont chaque Congolais devient membre dès sa naissance.

Octobre 1967 : Piégé à Brazzaville, Pierre Mulele est livré à Kinshasa et torturé à mort.

Juin 1968 : En exil en Angola, les anciens partisans de la sécession du Katanga, parmi lesquels les «gendarmes katangais» créent un Front de libération national du Congo (FNLC).

Juin 1969 : Moïse Tshombe meurt en Algérie où il a été placé en résidence surveillée, en 1967, lorsque l'avion qui le transportait en exil en Espagne a été intercepté.

Authenticité et guerres du Shaba

Mobutu Sese Seko en août 1975.

Mobutu Sese Seko en août 1975. | Bettmann/Getty

Octobre 1971 : Joseph-Désiré Mobutu décrète « l'authenticité ». Il prend le nom de Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu Wa za Banga et rebaptise le pays Zaïre.

8 mars 1977 : Le FNLC attaque le Katanga devenu Shaba. Mobutu en vient à bout avec le concours d’un corps expéditionnaire marocain et d’une aide logistique française.

Mai 1978 : Venus cette fois de Zambie, les ex-gendarmes katangais attaquent Kolwezi, au Shaba, où ils prennent des otages européens. L’intervention de parachutistes français et belges permet aux troupes zaïroises de reprendre la ville. Arrivée le mois suivant, une force panafricaine de maintien de la paix composée en majorité de Togolais restera un an au Shaba.

15 février 1982 : Nationaliste de la première heure, Etienne Tshisekedi se détache de Mobutu et fonde dans la clandestinité le premier parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Avril 1990 : Jean-de-Dieu Nguza Karl i Bond crée l’Union des fédéralistes et républicains indépendants (Uferi) dans le Shaba.

24 avril 1990 : Sous la pression d’un vaste mouvement populaire et dans la foulée du tournant démocratique qui semble se profiler en Afrique, Mobutu autorise le multipartisme. Confronté à des critiques internationales pour la faillite de l’économie et des infrastructures nationales, il accepte l’ouverture d’une Conférence nationale.

Nuit du 10 au 11 mai 1990: Le massacre de dizaines d’étudiants de l’université de Lubumbashi entraîne la rupture de la coopération belge. La Belgique, la France et les Etats-Unis restreignent l’accès des dignitaires zaïrois à leurs territoires.

19 mai 1991 : La Conférence nationale se déclare souveraine.

Septembre 1991 : La grogne des militaires en mal de soldes se traduit par 117 morts, des pillages et l’évacuation de plus de 9 000 expatriés dans tous le pays.

La Conférence nationale lance le bras de fer entre Mobutu et Tshisekedi

Le père fondateur du premier parti d'opposition l'UDPS, Etienne Tshisekedi en 1997.

Le père fondateur du premier parti d'opposition l'UDPS, Etienne Tshisekedi en 1997. | Christophe Simon / AFP

1er octobre 1991 : Nommé Premier ministre le 22 juillet par Mobutu, ce qu’il avait refusé à l'époque, Etienne Tshisekedi est cette fois élu par la Conférence nationale, ce qu’il accepte. Mobutu refuse. C’est le début d’un bras de fer.

23 octobre 1991 : Mobutu nomme Premier ministre Mungul Diaka auquel succède rapidement Nguz Karl I Bond.

22 janvier 1992 : Nguz Karl i Bond invoque une tentative de coup d’État pour mettre fin à la Conférence nationale souveraine (CNS).

16 février 1992 : 500 000 personnes participent à Kinshasa à une Marche des chrétiens qui réclame la poursuite de la CNS, avec l’appui des Églises.

14 août 1992 : Alors que la CNS réitère la nomination du Kasaïen Etienne Tshisekedi comme Premier ministre de la transition, Nguz Karl I Bond lance ses milices de l’Uferi dans une chasse aux Baluba du Shaba, avec l’appui du gouverneur Kyungu wa Kumwanza. Accusés d’avoir monopolisé les meilleurs postes au Katanga, ils se replient par milliers au Kasaï.

Décembre 1992 : La CNS se referme sur un programme de mise en place d’institutions de transition chargées de conduire à des élections « libres et transparentes ».

Janvier 1993 : À Kinshasa, Mobutu destitue une fois de plus Etienne Tshisekedi et nomme Faustin Birindwa Premier ministre. Une nouvelle grogne militaire fait des centaines de morts dans la capitale et provoque le départ de plus de 2 000 expatriés. Dans le Shaba, près de 100 000 Kasaïens fuient les milices de l’Uferi. Dans le Nord Kivu, des affrontements ethniques font près de 2 000 morts.

Janvier 1994 : 738 des 2 800 participants de la CNS forment un Haut conseil de la république/Parlement de transition (HCR/PT) présidé par l’archevêque de Kisangani, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. Ce Parlement de transition doit conduire d’ici le 9 juillet 1995 à des élections. Les dernières élections parlementaires ont eu lieu le 6 septembre 1987 et la dernière présidentielle remonte au 28 juillet 1984 qui avait vu la réélection du candidat unique, Mobutu (avec 99,16% des suffrages).

22 juin 1994 : La France installe au Kivu, à Goma, le QG de l’opération Turquoise dont bénéficieront certains artisans du génocide au Rwanda exfiltrés au Zaïre.

14-18 juillet 1994 : Plus d’un million de Rwandais se réfugient au Zaïre avec armes et bagages après la prise de Kigali par l’Armée patriotique rwandaise (APR) commandée par le général Paul Kagame.

10 août 1994 : Paris annonce la reprise de sa coopération avec le Zaïre.

19-24 août 1995 Le gouvernement expulse quelque 13 000 réfugiés rwandais et burundais de l'est du Zaïre. L’opération de « rapatriement forcé » s’interrompt sur des négociations avec l’Onu, Mobutu exigeant le « rapatriement volontaire » de tous les réfugiés rwandais (au moins 1,2 millions) avant le 31 décembre 1995.

Fin 1995 : La transition se lézarde, Tshisekedi s’opposant à Mgr Monsengwo, ce dernier est destitué dans la confusion et l’illégalité de la présidence du Parlement de transition, après la nomination de Kengo wa Dondo comme Premier ministre. Mobutu décrète la prolongation de la transition jusqu’en juillet 1997. 

Carte des ressources de la République Démocratique du Congo en 2006. RFI

 

Deuxième partie : 1996-2000: De Mobutu à Kabila

Publié le 13/02/2019 - Modifié le 21/05/2019

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