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Royaume-Uni: les tabloïds populaires ont favorisé le Brexit

Une pile de journaux mise à disposition au lendemain du vote en faveur du Brexit, le 25 juin 2016 à Londres.
Une pile de journaux mise à disposition au lendemain du vote en faveur du Brexit, le 25 juin 2016 à Londres.
Neil Hall/REUTERS
Les Britanniques ont voté à près de 52 % pour une sortie de l'Union européenne le jeudi 23 juin 2016 au terme d'une campagne intense dans laquelle les médias ont pris parti. Et la presse populaire anglaise devra assumer une part de responsabilité dans la victoire du Brexit.

2'36'' - Première diffusion le 25/06/2016

La presse d’Outre-Manche a-t-elle voté Brexit, ? Non sans doute, si l’on en juge par les positions du Guardian, du Daily Mirror, du Financial Times, de The Independent, The Economist ou même du Times, ce journal de Murdoch qui possède par ailleurs le Sun, le populaire journal anti-européen. Tous ces journaux qui se disent « de qualité » ont pris position en faveur du maintien dans l’Union européenne, parfois sans grande conviction, s’appuyant sur des calculs strictement économiques, parfois au contraire avec ferveur après l’assassinat de la députée Jo Cox.

Seulement, que pèsent ces journaux face aux quotidiens à gros tirages qui ont des diffusions parfois dix fois supérieures quand ils s’appellent le Sun ou le Daily Mail ? Pas grand-chose, d’autant que ces tabloïds qui représentent les trois quarts des exemplaires de quotidiens touchent principalement des lecteurs un peu plus âgés, issus de zones plutôt défavorisées qui continuent de s’informer comme de se divertir par le papier. Au total, 82% des articles publiés pendant la campagne ont été défavorables à l’UE selon une étude de l’université de Loughborough. Et puis l’on retrouve aussi dans ce camp le Daily Telegraph, qui voit dans le Brexit « un nouveau départ » et dans lequel travaillait l’ancien maire de Londres Boris Johnson dans les années 1990 en tant que sarcastique correspondant à Bruxelles.

Pour satisfaire cette clientèle anti-européenne, tous les moyens ont été bons. Des histoires ont été déformées pour ridiculiser l’UE comme l’obligation que ferait une directive de mentionner le nom latin des poissons ou d’interdire les décolletés. En réalité, ce sont simplement des invitations à davantage de transparence sur les produits ou à protéger les serveuses des bars exposés au soleil qui ont été montés en épingle. Mais il y a plus ennuyeux comme cette photo du Daily Mail montrant des clandestins avec le titre « laissez-nous entrer, nous sommes Européens ». En, fait, il s’agissait d’une famille de migrants en provenance du Moyen-Orient.

Des tabloïds populaires violemment anti-Bruxelles, des journaux de qualité pour le maintien dans l’Union mais volontiers critiques et une BBC soucieuse d’apparaître irréprochable. Le débat a vite été déséquilibré. D’autant que, comme le rappelle Michael Peters, le patron d’Euronews, il s’est vite polarisé autour d’une appellation Brexit et non sur l’intérêt de continuer à adhérer à l’Union. Pour autant, l’erreur serait de ne pas voir ce que révèle cette coupure entre des journaux élitistes et des tabloïds populaires. Face au populisme, l’élitisme mène à l’échec.

Publié le 15/03/2017 - Modifié le 15/03/2017 - Par Amaury de Rochegonde

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