Audio
Une digue de la Nouvelle-Orléans a été détruite à côté des maisons submergées sous l'eau à la suite de l'ouragan Katrina.
Une digue de la Nouvelle-Orléans a été détruite à côté des maisons submergées sous l'eau à la suite de l'ouragan Katrina.
Michael Appleton/NY Daily News Archive via Getty
Entre le 25 et le 29 août 2005, l’ouragan Katrina touchait le golfe du Mexique. La capitale de la Louisiane comptait 1 300 000 habitants, 80% ont été évacués. Mais ce ne sont pas les vents intenables qui vont causer le plus de dégâts, ce sont les inondations, quand les digues ont cédé. On estime que les deux tiers de La Nouvelle-Orléans ont été submergés, causant la mort de près de 3 000 personnes. 10 ans après, comme l’explique Isabelle Cossard, à La Nouvelle-Orléans, on fait connaissance en parlant d’août 2005. On se présente en racontant son ouragan, son exode devant Katrina.

19'30" - Première diffusion le 23/02/2015

Extraits de l’émission : 

Chacun se souvient ici du moment précis où il a fallu rassembler quelques affaires et abandonner sa vie devant l’ouragan qui arrivait. « D’abord nous n’étions pas sûrs de pouvoir évacuer car nous n’avions pas de voiture ! On tournait en rond ! Puis un ami de New York m’a appelée, et m’a dit que je pouvais utiliser sa voiture » témoigne Nancy. « On allait chez mes parents et normalement ça prend 5 heures, et là ça nous a pris plus de 16 heures. C’était un peu comme l’apocalypse car on était arrêté sur l’autoroute et on ne bougeait pas » raconte Ashley. L’exode devant Katrina a été une épreuve pour tous « c’est une cicatrice sur la mémoire d’une communauté  » selon Isabelle Cossard, une Française installée à la Nouvelle Orléans depuis 30 ans, qui précise « ça a duré plus d’un mois dans cette soupe, dans cette chaleur, les moustiques, tous les frigos qui avaient été abandonnés avec les saletés dedans avec des vers, c’était horrible ! Tout était gris, pas de couleurs, pas d’oiseaux et pas de bruits.»

Richard Campanella, géographe à l’université de Tulane à la Nouvelle Orléans, a observé au fil des années l’accumulation des facteurs qui ont conduit à la catastrophe. « Pour avoir étudié la détérioration de l’environnement du delta, j’ai toujours su que quelque chose comme Katrina allait  arriver. Nous avions les conditions environnementales et une population socialement vulnérable, des facteurs parfaitement conjugués pour une catastrophe. Et c’est ce qui est arrivé ! »

« Quand j’étais enfant, raconte Loïs Sélina, nous n’entendions jamais parler d’ouragans ! Nous avions des tempêtes, et ce n’était pas violent comme aujourd’hui. Tout le monde était ensemble, nous passions la nuit à écouter le vent dans les arbres et le lendemain matin chacun rentrait chez soi ! Aujourd’hui, ça détruit tout ! (…) Au lieu de prendre des mesures pour essayer de protéger les gens contre l’érosion, le gouvernement se contente de les déplacer. Beaucoup ont accepté de partir, ils ont vendu leur maison au gouvernement et ont déménagé, surtout les jeunes. Dans 50 ans, il n’y aura plus grand monde pour vivre ici. » Beau Dupré, lui, a décidé de quitter la ville, il explique avec amertume « nous savons que l’érosion côtière est un problème (…) mais personne ne fait rien de tangible (…) on s’est moqué de nous en nous disant ‘Pourquoi continuez-vous de vivre dans une zone dont vous savez parfaitement qu’elle va disparaitre dans les années à venir ?’ Et maintenant que l’aide arrive, c’est trop peu et trop tard, il n’y a plus grand-chose à protéger ! » Le professeur Campanella estime que les décisions de reconstruction ou de réhabilitation sont positives, mais il confirme que l’avenir n’est pas assuré au-delà de deux générations si un travail en profondeur n’est pas mené pour la restauration des bayous de la côte.

Publié le 15/09/2017 - Modifié le 13/10/2017 - Par Anne-Marie Capomaccio

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias