Fèves de cacao
Fèves de cacao.
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Matières premières et guerres civiles

Maudites matières premières ! Plus un pays pauvre à l’économie stagnante et aux inégalités sociales criantes dépend des exportations de matières premières, plus les risques de guerre civile y sont grands. Telle est l’une des principales conclusions des experts de la Banque Mondiale dans une étude passionnante qui vient de paraître. Son titre « Breaking the conflict trap » (« Briser le piège à conflits »). La principale raison des guerres civiles dans le tiers monde n’est ni ethnique ni religieuse affirment les économistes de la Banque, mais économique. C’est le sous-développement. Et rien n’est plus dangereux pour la paix civile d’un pays sous-développé que de dépendre des exportations de matières premières. Ce n’est pas écrit. Mais on pense furieusement à la Côte d’Ivoire et à son cacao.
Par Jean-Pierre Boris -

À la dépendance à l'égard des matières premières, il faut aussi ajouter l’instabilité des prix de ces produits. La plupart des conflits civils sont provoqués par une baisse brutale des cours mondiaux. À Aceh, en Indonésie, dont on parle beaucoup en ce moment, les premières escarmouches se sont produites peu de temps après la crise financière de 1998 qui a réduit les revenus pétroliers de la région. Mais la hausse des cours n’arrange rien ! Au contraire, elle favorise la prolongation du conflit. Les acteurs y trouvent en effet un moyen de financer leurs activités. Car, même si ce n’est pas leur objectif premier, les guérillas en viennent rapidement à des pratiques commerciales illicites. C’est le cas du RUF en Sierra Leone qui a commencé par racketter les exportateurs de café avant de s’occuper de diamants, activité beaucoup plus lucrative. C’est le cas en Colombie où les nombreux groupes de guérillas rackettent les compagnies pétrolières et sont mêlés de très près au trafic de cocaïne.

Alors, comment briser ce cercle vicieux ? D’abord, proposent les experts de la Banque Mondiale, il faut limiter les effets destructeurs des hausses et des baisses incessantes des cours mondiaux, de ce qu’on appelle la volatilité des prix des matières premières. Pour cela, face à l’échec des dispositifs actuels, la communauté financière internationale devrait prévoir des mesures d’aide d’urgence en cas d’effondrement des prix. Ensuite, il faut obliger les États et les compagnies multinationales qui exploitent les ressources naturelles à plus de transparence. British Petroleum vient de s’engager à publier ses versements à l’Angola. Mais c’est la seule des trente cinq entreprises pétrolières installées à Luanda à l’avoir fait. La Banque Mondiale souhaite aussi que les pays riches modifient leurs législations pénales et criminalisent les accords entre les compagnies multinationales et les groupes de guérilla. Des groupes auxquels il importe de couper absolument l’accès au marché mondial. Comme les professionnels du diamant ont déjà commencé à le faire avec le processus de Kimberley. Maudites matières premières !

Publié le 24/02/2016 - Modifié le 24/02/2016

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