Un négociateur travaille à la Bourse de New York le 4 août 2011.
Un négociateur travaille à la Bourse de New York le 4 août 2011.
Stan Honda / AFP
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Les mots de la crise financière

La tempête qui emporte les marchés boursiers depuis le 22 juillet 2011 laissera des traces dans l'économie réelle. La planète des finances est de nouveau dans la tourmente, seulement trois ans après la crise boursière de l’automne 2008. Quels sont les rumeurs et les mots qui font peur aux marchés et qui font trembler les piliers de l'économie ? Les mots de la crise...
Par Roya Mohsen-Khah -

Dette souveraine ou dette publique

L’emprunt d’argent par les autorités publiques existe depuis l’Antiquité grecque, mais s’est accéléré au Moyen-Âge avec les Italiens qui pour payer leurs mercenaires et leurs guerres emprunteront des fonds à des banquiers ou à des marchands. C’est la création des dettes transmissibles qui, grâce aux marchands, seront diffusées à l’étranger et s’internationaliseront. Après la Seconde Guerre mondiale les emprunts publics serviront à financer les guerres mais aussi les États et les plans de relance économique. Les dettes se renforcent avec l’apparition des entreprises. Les États ou les entreprises doivent donc lever des fonds sur le marché des capitaux en émettant des obligations, des titres de créances qui sont aussi connus sous le nom de « bons du Trésor ».

Obligations et bons du Trésor

Grâce aux obligations et aux « bons du Trésor » l’État s’engage à rembourser sa dette, à une date précise, tout en versant chaque année des intérêts à ses créanciers qui sont des banques, assurances et autres fonds.

Règle d'or
Le projet de règle d'or budgétaire n'est pas nouveau. Mais le terme est devenu d'actualité ces derniers mois, en France mais aussi dans la zone euro. La règle d'or, c'est l'équilibre budgétaire des finances publiques. Pour la France, un projet de loi a déjà été adopté le 13 juillet 2011 par l'Assemblée et le Sénat, mais uniquement avec les voix de la majorité. Or, le gouvernement actuel veut inscrire cet exigence d'équilibre budgétaire dans la Constitution. Il ne pourra le faire sans les voix de l'opposition.

Agence de notation

Em image STANDARD AND POORS

STANDARD AND POOR S | Reuters

C’est à un krach que nous devons la création des agences de notation. Moody est créée en 1909. Son créateur est l’Américain John Moody qui instaure la notation de la dette. Au XIXe siècle les analystes commencent à évaluer les risques pris par les créanciers ainsi que la probabilité que le créancier ne rembourse pas ses dettes. Plus le risque est élevé plus le créancier prête à un taux élevé. Ainsi les agences s'érigent-elles comme les nouveaux censeurs de l'économie : après la création de Moody en 1909, ont suivi Standard & Poor's, une autre agence américaine en 1916 et l’agence franco-américaine Fitch en 1924. Aujourd’hui S&P est la plus influente et note 126 États. L'agence chinoise Dagong, fondée en 1994, est la seule agence de notation non-américaine.

AAA

Tout le monde convoite le triple A. C’est la note du premier de la classe, le 20 sur 20 et l’assurance que l’emprunteur remboursera sa dette. L’emprunteur AAA pourra donc utiliser des fonds sans verser des intérêts élevés. C’est John Moody, qui dès 1909 adopte une grille de notation par lettre, allant de AAA à D pour la pire. A l'heure actuelle chez S&P, le AAA représente la sécurité maximum et la notation compte ainsi 22 crans qui se dégradent en AA+, AA, AA-; la note BBB- étant la moyenne de 10 sur 20. En deçà de BBB- l’investissement devient « spéculatif». Aujourd’hui après la dégradation de la note de la dette américaine de AAA à AA+, 18 autres émetteurs de dette souveraine conservent le sésame AAA de S&P et parmi lesquels l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, le Canada, le Danemark,la Finlande, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède.

Défaut

Ce terme correspond à la faillite ou l’insolvabilité. Dans le jargon des financiers on parle également d'« un événement de crédit ». C’est le mot utilisé quand un pays ne peut plus servir les intérêts ou rembourser ses emprunts. Il faut se rappeler qu’après un « défaut » les investisseurs prêteront difficilement à nouveau, ou alors à des taux très élevés.

CDS

Cela nous mène à la naissance du crédit default swap (CDS) ou permutation de l’impayé, inventé en 1994, par deux jeunes employés de la banque JPMorgan. Ce produit financier permet au détenteur d’un emprunt de se protéger contre un éventuel défaut de son débiteur. Un CDS se contracte auprès d’un autre investisseur et c’est une sorte d’assurance qui lui permet de récupérer l’intégralité de la somme prêtée en cas de défaut total ou partiel du remboursement de la dette. Il est possible aussi de l’acheter sans avoir d’emprunt à protéger ! Géré par des acteurs du secteur bancaire et non pas par des assureurs, le CDS devient alors un élément de la spéculation. En voyant l’évolution du CDS, un détenteur d’obligations peut croire que les autres ont des informations que lui n’a pas et accélérer ainsi la défiance des marchés à l’égard de l’emprunteur.

Double Dip

« Double Dip », double creux ou encore « reprise en W » désigne une première chute du produit intérieur brut (PIB), suivie d’une reprise de croissance qui replonge avant de redemarer normalement. Le dernier exemple a été constaté par National Bureau of Economic Research (NBER) des États-Unis en 1980, suite à une récession de l’économie americaine en janvier 1980, avec une reprise rapide en début de l'année 1981. Mais le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) profite de cette reprise pour augmenter les taux, ce qui causera la récession de l’économie amércaine en juillet 1981 jusqu’en novembre 1982, pour se rétablir durablement jusqu’à la fin de la décennie. La crainte d’un « double dip » est revenue au premier rang depuis le mois de juin 2011.

Quantitative easing

« Quantitative easing » est une autre mesure « non conventionnelle » antirécession. C’est la suite de « double dip », et consiste à faire sortir une banque centrale de son rôle monétaire traditionnel pour contrer la récession. Car, normalement, la banque centrale ne joue que sur le taux en les augmentant avec la progression de l’inflation et en les baissant dans le cas contraire. Mais parfois cela devient inopérant car en baissant les taux, il n’est plus possible de stimuler les demandes et en conséquence, les investissements. Cette mesure consiste à acheter à des institutions privées ou au Trésor, des actifs à long terme afin d’injecter des liquidités, en espérant qu’elles serviront à faire des crédits aux ménages et aux entreprises.

Krach

Crise économique

REUTERS/Bobby Yip

Quand on l’entend, toutes les alarmes se mettent à siffler! Ce mot, d’origine allemande, fait référence à une baisse soudaine et précipitée de cours de la Bourse ou des valeurs financières. Dans la pratique, cela s'applique à une baisse des cours de plus de 20% en quelques jours. Le mot krach a été utilisé la première fois en 1907, lors de la crise bancaire aux États-Unis pour exprimer la chute généralisée des actions. Et, à partir du 24 octobre 1929, quand l’indice Dow Jones de la Bourse de New York s’effondre de 22%. Le mot krach sera definitivement utilisé pour qualifier la crise.

Après avoir touché les pays occidentaux les plus vulnérables comme la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, la crise a gagné les États-Unis, première puissance mondiale. Elle menace également l’Italie et l’Espagne. La France est pour le moment épargnée. Pour stopper la contagion, les dirigeants européens et américains tentent de convaincre les marchés financiers et les investisseurs que leur priorité est bien de juguler la dette publique. 

- 1637 : Krach de la tulipe. La « tulipomanie » fut en Hollande la première bulle spéculative économique et financière de l'histoire moderne. La spéculation était fondée sur le commerce des bulbes de tulipe dont les prix atteignirent des sommets, avant de s'effondrer en 1637. En 1642, après le krach, le prix de la tulipe n'était plus qu'au dixième de sa valeur et cent ans plus tard à deux centièmes.
- 1720 : Krach en Grande-Bretagne. L'éclatement de bulles spéculatives ont entraîné les faillites de la Compagnie des mers du Sud et de la banque Law.
- 1882 : Krach de l'Union Générale. La faillite de cette banque catholique française entraîne celles de nombreux agents de change. Les Bourses de Lyon et Paris sont ébranlées, plongeant la France dans une crise économique. 
- 1929 : Krach à Wall Street. 
Le jeudi 24 octobre, l'indice Dow Jones perd plus de 22% en début de séance mais se redresse et limite sa baisse à 2,1% en clôture. Mais il replonge de 13% le 28 octobre et de 12% le 29. Cette crise donne un coup de frein aux spéculations boursières. Elle marque le début de la Grande Dépression aux États-Unis et d'une crise économique mondiale.
- 1987 : Krach du 19 octobre à Wall Street. À la suite d'un déficit commercial important et d'un relèvement des taux directeurs de la Bundesbank, le Dow Jones perd 22,6% en une journée. Les autres places boursières chutent également. Il s'agit du premier krach de l'ère informatique. 
- 1998 : Krach russe. 
Au mois d'août, le rouble perd 60% de sa valeur en onze jours (dont 17,13% le 27 août). La Russie connaît une crise économique et monétaire en partie liée à la crise financière asiatique de 1997. Le fonds spéculatif américain LTCM, qui menait des opérations sur les titres obligataires, évite l'écroulement grâce à l'intervention de la banque centrale américaine qui veut éviter un effet domino sur les marchés financiers.
- 2000 : Fin de la bulle internet. La bulle spéculative autour des valeurs boursières liées à l'internet et aux nouvelles technologies se dégonfle. Après un record à 5.048,62 points le 10 mars, l'indice Nasdaq, qui concentre les valeurs de l'Internet et technologiques, recule de 27% durant les deux premières semaines d'avril et de 39,3% sur un an. Cette chute se répercute sur tous les marchés liés à la « nouvelle économie ».
- 2001 : le 11-Septembre. Après les attentats, la Bourse de New York est fermée pour une semaine. À sa réouverture, l'indice Dow Jones recule de 7,3%.
- 2002 : La falsification de ses comptes par le courtier américain en énergie Enron et la fraude du groupe américain de télecommunications Worldcom chahutent les Bourses du monde.
- 2008 : Les conséquences de la crise des « subprime » (crédits hypothécaires à risque) aux États-Unis se propagent aux marchés financiers américains et mondiaux. De janvier à octobre, les principaux indices boursiers perdent de 30% à 50% avec des pertes accentuées lors de plusieurs séances en octobre.

Publié le 16/10/2018 - Modifié le 16/10/2018

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