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Isabelle Cros
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CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : sauter du coq à l'âne (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

« Sauter du coq à l’âne » : nous avons tous entendu un jour ou l’autre cette expression qui signifie « passer d’un sujet à un autre sujet sans lien visible avec le premier ». Le lien entre un coq et un âne n’est en effet pas évident à première vue : tout les oppose. Mais pourquoi un coq et un âne ? Il aurait été facile de construire l’expression à partir de noms d’animaux encore plus différents. De plus, si l’on s’intéresse au sens littéral de l’expression, l’image est cocasse : sauter sur le dos d’un âne, pourquoi pas, mais depuis le dos d’un coq, voilà qui est difficile à imaginer.

Il existe plusieurs explications quant à l’origine de cette expression. L’une d’entre elles renvoie au conte Les Musiciens de la ville de Brême, retranscrit par les frères Grimm en 1819. Un vieil âne s’enfuit pour devenir musicien à Brême, car son maître veut le tuer pour récupérer sa peau ; en chemin, il rencontre un chien que son maître a essayé d’abattre quand il est devenu trop vieux pour aller à la chasse, puis un chat qui a échappé de justesse à la noyade, et enfin un coq qui se joint à eux pour ne pas finir dans une marmite. L’âne les convainc tous de devenir musiciens comme lui, et ils partent tous ensemble pour Brême. Cependant, à la tombée de la nuit, alors qu’ils s’installent pour dormir dans une forêt, ils aperçoivent une lumière au loin. Poussés par la curiosité, ils s’en approchent, et constatent qu’il s’agit d’une maison où des brigands festoient. Ils décident alors de les chasser pour avoir de quoi manger et pouvoir dormir au chaud. Pour ce faire, ils les effraient en se faisant passer pour un horrible monstre. D’abord, l’âne pose ses sabots sur le rebord de la fenêtre, puis le chien monte sur son dos ; le chat grimpe alors sur le chien, et le coq se pose au sommet de la pyramide. Tous quatre se mettent ensuite à braire, aboyer, miauler et chanter. Les brigands s’enfuient, terrifiés, et, quand ils essaient de revenir pendant la nuit, les quatre amis les chassent à nouveau. Séduits par leur nouvelle demeure, ils s’y installent pour vivre tous ensemble. L’expression « sauter du coq à l’âne » ferait référence à la scène la plus célèbre du conte, la pyramide animale où le coq est séparé de l’âne par le chat et le chien. Sauter du coq à l’âne, ce serait donc passer d’une chose à une autre sans rendre apparent le lien logique qui permet ce changement de sujet, et, par extension, passer d’un sujet à un autre qui n’a rien à voir avec le premier. Cependant, l’expression date du XVe siècle ; elle est donc bien antérieure à la publication du conte.

Une deuxième explication, que l’on trouve dans le Trésor de la Langue française, qui cite L’Hermite de la Chaussée d’Antin, ou Observations sur les mœurs et les usages parisiens au commencement du XIXe siècle de Jouy, affirme que l’expression vient du discours d’un avocat qui, ayant à parler d’un coq et d’un âne, disait « âne » à propos du coq et « coq » à propos de l’âne, ce qui rendait la logique de ses propos absolument incompréhensible.

Certains avancent toutefois une autre explication, un peu moins littéraire, quant à l’origine de cette expression, qui se disait au XIVe siècle « saillir du coq en l’asne ». L’âne ne serait en fait pas le mammifère aux longues oreilles auquel nous pensons immédiatement. En effet, « asne », en ancien français, désigne aussi bien l’âne, en latin asinus, que la cane, en latin anas. Il serait parfois arrivé que des coqs saillent des canes, alors qu’ils ne sont pas de la même espèce ; de là viendrait le sens figuré de l’expression, passer d’un sujet à un autre qui n’a pas de lien visible avec le premier. La confusion qui a changé le sens du mot « asne » de « cane » à « âne », et le passage de « saillir », univoque, à « sauter », qui a plusieurs significations, soulignent le sens figuré de l’expression en effaçant totalement le lien logique perceptible dans « saillir du coq en l’asne ».

Cette expression à l’origine très débattue a donné naissance à un certain nombre de dérivés, tels « passer du coq à l’âne », qui a le même sens, ou le terme de « coq-à-l’âne », qui désignait d’abord une épître burlesque et satirique constituée de propos volontairement incohérents, inventée par Clément Marot, puis a pris le sens de « suite de propos décousus ». Son contraire, « revenons à nos moutons », est une citation de La Farce de Maître Pathelin, fabliau du XVe siècle, dont le protagoniste, engagé dans deux procès, l’un au sujet de draps et l’autre de moutons, passe constamment des uns aux autres, au désespoir du pauvre juge qui demande vainement « mais revenons à nos moutons », dérouté par tous ces coq-à-l’âne.

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Publié le 14/04/2017 - Modifié le 14/04/2017

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