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Isabelle Cros
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Centre(s) d'intérêt : Culture, Langue française, Littérature
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#Français général

CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : postillon (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

Plantons tout d'abord le décor : ça y est ! Vous avez réussi ! On ne sait par quel miracle, mais vous avez enfin une discussion digne de ce nom avec l'être tant convoité ! D'ailleurs, il  vous donne l'impression de boire vos paroles, pardi ! Vous n'en êtes pas à votre premier verre non plus, l'alcool vous monte doucement à la tête et ce bar bruyant vous force à vous rapprocher pour mieux véhiculer votre avis on ne peut plus important. Le sujet doit lui aussi être des plus intéressants vu que l'objet de vos désirs se rapproche de vous à son tour. Tout va pour le mieux et rien ne semble pouvoir troubler cette conversation. Rien ? Comme vous y allez ! C'était sans compter sur la bête noire des orateurs ! Le tue-l'amour des auditeurs ! Je parle bien entendu du postillon !

 

Ah, le postillon ! Il est la cause de tellement de moments de gêne que les scientifiques ont arrêté de compter ! Pourtant, ses origines sont des plus nobles.

 

Le mot postillon nous vient de l'italien postiglione et ce n'est qu'en 1540 qu'il est introduit dans la langue française. Au départ, il désignait le conducteur d'une voiture de poste. « Comme un cocher », me direz-vous ? Eh bien détrompez-vous ! Contrairement au cocher qui conduisait l'attelage depuis la voiture, confortablement assis sur un siège, le postillon, lui, montait le cheval ou l'un des chevaux qui tiraient le véhicule (toujours celui de gauche). Attention ! Il arrivait certes au postillon d'être commissionnaire lorsqu'il voyageait seul pour acheminer une lettre ou un colis, mais le mot « poste » dont il est issu ne fait pas référence au service de distribution du courrier tel qu'on le connaît aujourd'hui, mais bien aux relais de chevaux placés le long d'une grande route afin d'assurer le transport des voyageurs, permettant à ces derniers de faire étape. On parlait d'ailleurs de poste aux chevaux. Le repos des bêtes primait avec raison sur celui des pérégrins.

Les postillons portaient une tenue caractéristique, tant et si bien qu'au 19e siècle, des chapeaux de femme et des garnitures des robes rappelant leur attirail porteront leur nom.

À la même époque et en l'absence de Game Boy, les enfants s'amusaient parfois avec un postillon. En l’occurrence, il s'agissait d'un petit bout de carton percé dans lequel ils faisaient passer la ficelle de leur cerf-volant pour que le vent le fasse glisser jusqu'à celui-ci. Si ça c'est pas du divertissement !

Restons dans le domaine ludique. Lors d'une partie de jacquet, jeu de tables analogue au backgammon, le premier pion joué par chaque joueur est lui aussi appelé le postillon.

Le terme était également employé dans les prisons. On appelait postillons les boulettes de mie de pain contenant un message. Méthode dont le taux de réussite est inversement proportionnel à la faim du destinataire.

Enfin, autre domaine, autre fonction : à la pêche, le postillon est un petit flotteur en forme d'olive qui maintient le fil à fleur d'eau.

 

De nos jours, le postillon est surtout connu pour être une gouttelette de salive projetée involontairement en parlant. Balzac en tirera d'ailleurs un hapax quand il parlera d'« admirable onomatopée postillonesque » dans ses Œuvres diverses. D'aucuns pensent que c'est parce les postillons étaient considérés comme des personnes peu raffinées que le terme a été repris pour qualifier ces « intempéries du langage », comme les appelait Jules Renard. Après tout, pourquoi pas ? Pour ma part, j'aime à penser que c'est la fonction de messager des postillons d'origine qui a incité cette réappropriation. En effet, ces projections salivaires n'acheminent-elles pas de l'ADN ?

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Publié le 05/05/2017 - Modifié le 05/05/2017

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