À propos du contributeur

Portrait de Isabelle Cros
Isabelle Cros
Expert
Europe
Langue maternelle : Français
Niveau de français : Français langue maternelle
Centre(s) d'intérêt : Culture, Langue française, Littérature
Activité au sein de la communauté :
Membre depuis le 18/11/2015
Publications : 63

Apprendre

le français avec RFI SAVOIRS

Voir plus

#Français général

CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : pompe (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

« À droite du ciel, il y avait la planète Gibi. Elle était complètement plate et elle penchait soit d'un côté, soit de l'autre. À gauche du ciel, il y avait la planète Shadok. Elle n'avait pas de forme spéciale, où plutôt elle changeait de forme. Au milieu du ciel, il y avait la terre, qui était ronde et qui bougeait ».

 

Ainsi commençait le premier épisode des Shadoks, cette série qui a conquis les écrans français il y a maintenant presque cinq décennies en mettant en scène de drôles de petites bêtes qui passaient le plus clair de leur temps à pomper d’arrache-pied. « Je pompe donc je suis » : telle était en effet la devise de ces oiseaux rondouillards au vocabulaire pour le moins limité. Si l’on sera heureux d’apprendre que chez les Shadoks, pomper se dit ZoGa, il convient de garder à l’esprit que leur langue incompréhensible ne comprend que quatre phonèmes différents et peut donc signifier tout et son contraire tant ses mots sont polysémiques. Le français peut se targuer d’avoir un peu plus de diversité, mais il demeure que l’on retrouve le mot pompe dans pléthore d’expressions pour désigner des choses a priori bien différentes.

 

Le mot pompe dans son usage le plus courant nous vient vraisemblablement du néerlandais pomp, bien que son origine exacte reste floue. Le terme désigne en mécanique une machine composée d’un cylindre, d’un piston et de deux soupapes, servant à élever ou à forcer la circulation d’un liquide. Par extension, on retrouvera par exemple cette idée d’aspiration (de fluides ou autres) dans la pompe de l’argot scolaire, un pense-bête que les élèves cachent sur eux pendant un examen et sur lequel ils « pompent » les bonnes réponses, ou encore dans la pompe d’un drogué, c’est à dire sa seringue. La pompe en tant qu’exercice physique fait référence quant à elle aux abaissements et aux remontées répétitives du corps qui évoquent le fonctionnement d’une pompe mécanique. Mais une telle machine ne sert pas nécessairement qu’à aspirer un liquide : on peut tout aussi bien pomper l’air, surtout celui de quelqu’un. On emploiera alors l’expression pour parler d’une personne qui nous importune au point que l’on se sente complètement asphyxié.

 

Le mot est d’ailleurs également utilisé pour désigner des colonnes d’air bénéfiques pour qui pratique un engin volant, car celles-ci permettent, sinon de gagner de l’altitude, au moins de se maintenir plus longtemps dans les airs. Ces bulles d’air, qui sont comme provoquées par le piston d’une pompe, peuvent être à l’origine des secousses subies par les avions. Ce serait donc par allusion à la fatigue extrême ressentie suite à des turbulences que serait née la fameuse expression « avoir un coup de pompe », employée pour la première fois en 1922 par un fringant pilote d’avion qui, en voyant le visage livide de ses passagers à l’atterrissage, se serait exclamé : « tu parles qu'on a pris un de ces coups de pompe ! ». Ce qui, dans ce contexte, ne veut pas dire que lui et les passagers se sont tous pris un coup de pied au derrière : pour parler par exemple du « coup de pompe » que l’on ressent au décollage d’un avion, c’est dans le sens argotique de chaussure que le mot s’emploierait. Celui-ci serait alors une ellipse de l’expression pompe aspirante, désignant à l'origine des chaussures en mauvais état qui prennent l'eau par la semelle.

 

Pour autant, lorsqu’au XVIIe siècle Pascal évoque dans ses Pensées la venue de Jésus-Christ « en grande pompe », le philosophe ne fait pas référence à un messie unijambiste qui chausserait du 52. En réalité, cette pompe-là nous vient du latin pompa, mot signifiant procession, escorte ou encore magnificence, et désigne déjà en moyen français un cérémonial ou une fête luxueuse. Aujourd’hui souvent employée sur un ton ironique, l’expression signifie donc « avec grand apparat ». Par extension, « renoncer au monde et à ses pompes » veut dire renoncer aux vanités, aux frivolités, et non pas partir vivre en ermite en laissant derrière ses souliers.

 

Finalement, il est libre à chacun de vivre selon le célèbre adage des Shadoks et de voir peut-être dans leurs « pompeuseries » une certaine philosophie de vie. Comme le disait l’un de leurs nombreux proverbes, « ce n'est qu'en pompant que vous arriverez à quelque chose, et même si vous n'y arrivez pas... hé bien, ça ne vous aura pas fait de mal ».

0
Aucun vote

Publié le 05/05/2017 - Modifié le 05/05/2017

Radio France International France 24 Monte Carlo Doualiya France Médias Monde

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJD OJD Dénombrement des médias

Logo RFI

CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : pompe (script)

Cette page n'est pas disponible sur ce type de terminal.

Consultez les quiz disponibles sur ce type de terminal ici.