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Isabelle Cros
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#Français général

CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : peuchère (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

Peuchère

 

 

            Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un mot qui nous vient du sud, et plus précisément de la région occitane. Il s'agit de l'interjection « peuchère », utilisée sous cette forme partout en France, mais aussi sous sa forme occitane « pécaire » dans la région de Marseille.

 

            L'origine de ce mot remonte au latin « peccator », qui signifie « pécheur », et dont la formation découle du verbe latin classique « peccare », « faillir ». Le mot latin « peccator » a donné lieu à de nombreux dérivés dans d'autres langues latines modernes, tel que « peccato » en Italien qui, utilisé comme interjection, signifie aujourd'hui « dommage », ou « Quel dommage ! ».

 

            En français, ce mot a évolué notamment en passant par l'ancien occitan « pechiere », qui est une interjection marquant la compassion. On retrouve aussi cette notion de compassion liée au péché dans la religion catholique. Elle est explicitée dans la Bible, au chapitre 18 de l'Évangile selon Luc, versets 9 à 14, lorsque Jésus adresse une parabole à ceux qui ont en eux -mêmes la conviction d'être justes, tout en méprisant les autres. Un Pharisien et un Publicain s'opposent dans leur façon de pratiquer, et là où le Pharisien s'adresse à dieu en se vantant, le publicain dit seulement ceci : « O Dieu, ayez pitié de moi pauvre pécheur! ». De ce passage nous vient donc l'acception moderne de « peuchère », qui signifierait « le pauvre » ou « mon pauvre » - interjection, donc, liée à la pitié et l'empathie.

 

            Sous sa forme occitane, « pécaïre », cette interjection est utilisée couramment dans le sud de la France, et on la retrouve occasionellement dans la littérature. Beaumarchais, par exemple, dans le Mariage de Figaro, en fait usage à la scène 20 de l'acte II : « FIGARO, bas à Suzanne – Je l'avertis de son danger, c'est tout ce qu'un honnête homme peut faire. / SUZANNE, bas – As-tu vu le petit page ? / FIGARO, bas – Encore tout froissé ! / SUZANNE, bas – Ah, pécairé ! » Le TLF note toutefois que l'emploi de « pécaïre » (forme occitane, donc) est maintenant vieilli.

 

            Il est aussi intéressant de remarquer que le TLF définie trois graphies du terme « peuchère ». La première, avec -eu-, est celle majoritairement utilisée de nos jours. La troisième, « péchère », avec -é-, se rapproche plus de la version occitane « pécaïre ». Et entre les deux, on retrouve une version avec simplement un -e-. Ces trois graphies nous montrent une évolution du mot dans le temps sous sa forme écrite, qui traduit une évolution dans la façon dont il a pu être prononcé, ce qui n'est pas sans lien avec une forme de « démocratisation » de cette interjection alors qu'elle est de plus en plus utilisée dans le nord de la France. Le TLF élargit même la définition moderne du mot, qui ne se limite plus à une notion de compassion, en ces termes (je cite) « exclamation traduisant la surprise, l'attendrissement, l'admiration ou la pitié ».

 

            Enfin, il faut aussi se dire qu'aujourd'hui, cette interjection a pris une coloration résolument humoristique, et ce particulièrement dans la moitié nord de l'hexagone, où elle est souvent utilisée en des termes ironiques – ou bien, il faut se l'avouer, légèrement moqueurs.

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Publié le 13/03/2017 - Modifié le 13/03/2017

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