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Isabelle Cros
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CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : métaphysique (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

Il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui un nom qualifié de l’adjectif « métaphysique ». On parle de sens métaphysique, de conception métaphysique ou encore d’amour métaphysique. Cet adjectif semble faire l’objet d’une connaissance assez vague. Son emploi donne l’impression que presque tout et son contraire peut être rangé dans la catégorie métaphysique. Le locuteur lambda semble l’identifier à quelque chose de transcendant, c’est-à-dire qui dépasse le champ de l’expérience, et d’ésotérique. D’où sa connotation souvent négative lorsqu’il est utilisé, avec parcimonie certes, dans le débat public. Il apparaît à ce titre important de remonter à la source du concept : quelle est son origine et que recouvre-t-il exactement ?

Le concept de métaphysique a une histoire singulière. Il s’agit d’un concept central de la philosophie, comme l’indique le titre de bon nombre d’ouvrages : Fondements de la métaphysique des mœurs de Kant, Discours de métaphysique de Leibniz, Introduction à la métaphysique de Heidegger pour ne citer qu’eux. Si l’utilisation du mot métaphysique comme substantif remonte au Moyen-Âge (il est attesté pour la première fois en 1282 d’après le CNRTL et le Petit Robert), sa création et l’étude de l’objet qu’il désigne sont elles beaucoup plus anciennes. L’invention du terme de métaphysique remonte en effet au Ie siècle av. J.C. Elle est attribuée à Andronicos de Rhodes, philosophe grec disciple d’Aristote. Dernier recteur du Lycée, l’école créée par Aristote, Andronicos est surtout connu pour avoir édité et classé l’ensemble des œuvres du Stagirite que nous connaissons aujourd’hui. À un traité particulier, il décida de donner le titre de métaphysique (en grec : Μετὰ τὰ Φυσικά) car dans son classement des œuvres, il faisait suite au traité de physique d’Aristote (τὰ Φυσικά). La métaphysique était pour Andronicos tout simplement le traité qui venait après la physique (Μετὰ signifiant « après »). Andronicos créa ainsi un néologisme, puisque le terme de métaphysique ne se trouve ni sous la plume d’Aristote, ni sous celle de son maître, Platon. Pour désigner l’étude exposée dans ce qui allait devenir la métaphysique, Aristote parlait simplement de « philosophie première » ou de « science de l’être en tant qu’être ».

Le terme de métaphysique a ainsi longtemps été employé uniquement comme titre, pour désigner une œuvre particulière d’Aristote. Pourtant, à partir du Moyen-Âge, et plus particulièrement du XIIIe siècle, période à laquelle l’Occident retrouve les œuvres d’Aristote grâce aux traductions arabes, le terme va rapidement devenir un substantif, puis un adjectif. Son sens est immédiatement tiré de l’œuvre d’Aristote : est qualifiée de métaphysique toute réflexion qui se positionne par rapport à l’objet d’étude de la métaphysique d’Aristote, c’est-à-dire l’être en tant qu’être et ses premiers principes. Pour Aristote, la métaphysique était la reine des sciences dans la mesure où elle se trouvait à leur fondement. Tandis que la biologie (du grec βίος, la vie) désigne l’étude de la vie, la physique (du grec φυσική, la connaissance de la nature) désigne l’étude de la nature ou encore l’anthropologie (du grec ἄνθρωπος, l’homme) désigne l’étude de l’homme, la métaphysique dérive selon Aristote d’un questionnement plus fondamental puisqu’elle ne s’intéresse pas à une région de l’être déterminée mais à l’être comme tel. Qu’est-ce que l’être ? Quelles sont ses causes premières ? Ces questions, qui vont occuper de nombreux philosophes médiévaux tels Thomas d’Aquin ou maître Eckhart vont à ce moment être regroupées sous le concept de métaphysique. Il convient de noter que la métaphysique en tant que domaine de la philosophie naît à partir d’un glissement de sens de la préposition Μετὰ : alors que pour Andronicos, la métaphysique désignait ce qui vient après la physique, ce qui est bien le sens de Μετὰ, pour les médiévaux, la métaphysique est l’étude de ce qui se situe au-delà de la physique. La métaphysique devient à ce moment l’étude de ce qui transcende la nature et la conditionne. C’est cette idée que l’on retrouve dans la définition qu’en donne le Petit Robert : « Recherche rationnelle ayant pour objet la connaissance de l'être absolu, des causes de l'univers et des principes premiers de la connaissance. »

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Publié le 13/03/2017 - Modifié le 13/03/2017

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