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Isabelle Cros
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Niveau de français : Français langue maternelle
Centre(s) d'intérêt : Culture, Langue française, Littérature
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CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : kitsch (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

Le kitsch est moche, vive le kitsch !

Tout vacancier qui se respecte refuserait de rentrer chez lui les mains vides, sans passer à la boutique d’un musée ou aux stands de bibelots en vente sur la plage. Rien ne met autant en valeur une étagère qu’un vase en plastique bon marché serti de coquillages et de strass, et rien ne fait autant plaisir que recevoir une carte de votre cousine en vacances en Normandie sur laquelle une vache entourée de cœurs vous « fait des bisous » et vous « espère en bonne santé ».

 

Mais enfin, ce terme est aujourd’hui utilisé à tort et à travers : lorsqu’un mot ne se réfère pas à un objet concret, les locuteurs d’une langue s’octroient le droit de l’utiliser à leur guise - proprement ou improprement. Le kitsch peut ainsi désigner aussi bien un objet de mauvais goût qui déplaît, que la production de camelote industrielle, la démagogie d’un régime politique, ou la couleur d’un papier peint. Tout peut être kitschifié mais tout n’est pas forcément kitsch. Il est donc de notre devoir, lexicographes en herbe, d’étudier la signification et les mécanismes de ce terme à la sonorité si enthousiasmante, et d’étudier son usage au quotidien.

 

Le kitsch caractérise l’esthétique d'œuvres et d'objets, souvent à grande diffusion, dont les traits dominants sont l'inauthenticité, la surcharge, le cumul des matières ou des fonctions, et souvent le mauvais goût ou la médiocrité. Un objet kitsch est toujours un superbe objet d'art. Il doit être de préférence bon marché avec un relent de terroir ou un air arabo-orientalo-exotique. L'objet kitsch n'est jamais fait avec ce dont il a l'air, le bois y est peint en faux marbre et le marbre en faux bois.

Le terme « kitsch » apparu vers 1860 de manière plutôt accidentelle, présente une étymologie incertaine. Trois hypothèses sont avancées pour expliquer son origine : le terme proviendrait du verbe allemand verkitschen, qui signifie, comme chacun le sait,  « brader », « vendre en dessous du prix » ou encore « vendre quelque chose à la place de ce qui avait été demandé ».
« Kitsch » remonterait selon certains au verbe allemand kitschen, qui signifie « ramasser des déchets dans la rue ». Enfin, le terme dériverait d’une mauvaise prononciation de l’anglais « sketch », et se référerait aux croquis que les touristes anglo-américains achetaient pour pas cher aux artistes de rue.

Quelle que soit son origine, le mot kitsch a un champ sémantique fort étendu et peut être appliqué à beaucoup de domaines de l’art, tels que l’architecture, la littérature, la sculpture, la peinture, etc. Selon Abraham Moles, l’un des grands penseurs du kitsch, le Kitsch est à ce titre essentiellement démocratique : il est l’art acceptable, ce qui ne choque pas notre esprit par une transcendance hors de la vie quotidienne, par un effort qui nous dépasse – surtout s’il doit nous faire dépasser nous-mêmes.

 

Dans notre mission heuristico-kitschesque, il nous reste à distinguer les ingrédients du bouillon kitsch :

Pour obtenir un objet kitsch garanti 100% mauvais goût, veuillez suivre au pied de la lettre les étapes suivantes :

- Le kitsch relève toujours d’une inadéquation, il existe toujours un écart entre l’objet kitsch et son but nominal, il vise toujours un peu à côté, il remplace le pur par l’impur, même quand il décrit la pureté.

- Le kitsch esthétise le réel et doit être toujours too much. Tels le rococo ou la préciosité en littérature, le kitsch déborde, fait fi de toute morale, ignore le concept de « fashion faux pas, mais alors faut vraiment pas ».

- Le kitsch obéit à un principe de perception synesthésique. Il s’agit pour l’objet kitsch d’assaillir le plus possible de canaux sensoriels simultanément pour étourdir l’amateur de kitsch, telle une plante carnivore odorante, pour mieux bondir sur sa proie.

 

Maintenant que vous savez tout sur le kitsch, son origine et ses usages, je vous laisse méditer sur cette célébrissime citation de Roland Barthes : « aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder dans la même direction. »

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Publié le 14/04/2017 - Modifié le 14/04/2017

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