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Isabelle Cros
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le français avec RFI SAVOIRS

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CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : donner sa langue au chat (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

Depuis l’Antiquité, le chat est révéré comme une figure du savoir plus ou moins surnaturelle, et de savoirs plutôt dangereux : on peut penser au chat noir de la sorcière, ou à la Sphinx, chimère féline qui dévore les hommes incapables de répondre à ses questions. Tiens, tiens… Serait-ce de là que vient l’expression « donner sa langue au chat » ? Ce n’est pas très rassurant !

 

Mais… « donner sa langue au chat », qu’est-ce que ça veut dire, au fait?

 

Selon le Larousse, c’est avouer qu’on n’a pas la réponse à une question, et qu’on ne pense pas pouvoir chercher plus. Drôle de façon de le dire, non ?

 

Cette expression peut sembler plutôt familière aux anglophones. Après tout, en anglais, on a « cat got your tongue », pas vrai ? Sauf que ça n’a pas tout à fait le même sens, si vous m’avez bien écoutée. « Cat got your tongue » peut recouper « Tu donnes ta langue au chat ? », en ce que les deux expressions soulignent le silence de l’interlocuteur de façon plutôt moqueuse. Mais il y a une nuance : là où le français donne sa langue au chat de lui-même, l’anglais ne fait jamais que poser la question à quelqu’un d’autre, et pas forcément parce que l’autre ne répond pas, mais tout simplement parce qu’il trouve le silence étrange et tente de relancer la conversation. Tout de même, drôle de coïncidence ! Y aurait-il une origine commune à ces deux phrases ?

Manque de chance : les anglophones n’ont pas plus de réponse que nous quant à l’origine de leur expression. Il y a des hypothèses, certes. Selon l’Oxford English Dictionnary, elle viendrait des chats de sorcières, qui ensorcellent le locuteur pour lui « voler » sa langue ; d’autres racontent que l’expression viendrait des marins, qui lorsqu’ils montraient des signes de rébellion se faisaient fouetter avec un chat à neuf queues. D’autres encore pensent que la phrase serait d’abord une phrase d’enfant, qui se serait ensuite répandue dans la population, mais sans précision. La piste anglophone est donc une impasse...

 

Mais revenons de l’autre côté de la Manche. L’expression « donner sa langue au chat » remonterait au XIXe siècle; cependant, on trouve dès le XVIIe une expression similaire… « Jeter sa langue au chien ».

En 1676 par exemple, Monsieur de Sévigné ne demande pas si sa fille « donne sa langue au chat », mais bien si elle la « jette au chien ». L’expression, qui a le même sens que celle qui nous occupe, a tout de même des connotations plus négatives, à la limite du désobligeant : après tout, ce qu’on jette aux chiens, ce sont les restes, les rebuts du repas. N’arrivant pas à trouver la bonne réponse, la langue deviendrait inutile, et on pourrait donc s’en débarrasser…

Difficile de savoir comment le changement d’animal s’est fait. Certains pensent qu’il s’agissait justement d’atténuer la violence de l’image, ce qui, pour les propriétaires de chat parmi nous, est une explication bien fragile. D’autres voient l’influence d’une autre expression, utilisée notamment par George Sand, au XIXe. Dans La petite Fadette, on trouve « mettre quelque chose dans l’oreille du chat », qui signifie en contexte « oublier ». On trouve aussi, dans le Gard, une expression que je ne vais pas m’amuser à écorcher en la prononçant mais qui équivaut à « j’ai mangé la langue du chat » et qui signifie « j’ai dévoilé un secret, » chose que nos amis anglophones traduiraient par... « letting the cat out of the bag » ! Le chat serait donc à la fois l’animal auquel on se confie et celui qui connaît tous les sombres secrets de ses maîtres. « Donner sa langue au chat » signifierait-il donc lui donner la parole, pour qu’il donne lui-même la solution de la devinette ?

 

Nous arrivons à la fin de cette chronique, mais nous ne sommes pas vraiment plus avancés quant à l’origine de l’expression… Allez, je vous passe le mauvais jeu de mot, parce que j’ai faim. Je crois qu’il me reste une boîte de langues de chat… Chacun son tour !

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Publié le 05/05/2017 - Modifié le 05/05/2017

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