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Isabelle Cros
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CHRONIQUE LEXICALE. À la croisée des mots : couleur (script)

Vous aimez la chronique d’Yvan Amar Les Mots de l’actualité ? Nous aussi ! Et, à son instar, nous vous emmenons À la croisée des mots ! Vous êtes du genre à vous demander pourquoi une "fourchette" ne s’appelle pas un "zglub", pourquoi il n’est pas bon d’être un "bellâtre" ou pourquoi on va "au boulot" (au lieu de "se la couler douce") ? Alors partez à l’aventure à la croisée des mots avec comme guides les étudiants en traduction de l’Université de la Sorbonne nouvelle (ESIT). Explorez avec eux des contrées philologiques nouvelles comme les territoires linguistiques (mé)connus qui ont dessiné le monde d’hier et façonnent celui d’aujourd’hui. Le temps d’un voyage de quelques minutes, découvrez sans sortir de chez vous les mille et un secrets de la langue française !

 

 

Des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Admettons en effet que les goûts soient tout à fait subjectifs, mais justement, la couleur, parlons-en. Le Littré la définit comme la « sensation que produit sur l'organe de la vue la lumière diversement réfléchie par les corps. » Ainsi, un objet bleu absorbe toute la lumière sauf les rayons bleus, et il en va de même pour chaque autre ton primaire. Ce résidu de lumière blanche n’a donc d’existence que dans l’œil de celui qui la perçoit et varie fortement selon l’éclairage, ce qui en fait donc un phénomène absolument subjectif. De son côté, la perception du noir désigne l’absorption totale de la lumière, tandis que le blanc témoigne d’un matériau entièrement réfléchissant. À en croire les physiciens, il n’y aurait d’ailleurs que sept couleurs, observables lorsque la lumière se décompose à travers un prisme, par exemple une goutte de pluie.

En tant que mot, couleur nous provient du latin color, apparu au Ier siècle av. J.-C., qui désignait tantôt la couleur en tant que phénomène, et tantôt le teint du visage : là aussi, la couleur appartenait à chacun, mais plutôt à celui qui la portait. Sa version française s’installe au Moyen-Âge, vers le milieu du XIe siècle, à mesure que les peintres enrichissent leur palette de différents pigments. Ses dérivés se développent alors plus ou moins rapidement, ainsi multicolore remonterait au XVIe siècle. De même, à l’époque baroque, les oreilles des courtisans se laissaient volontiers bercer au son des coloratures, ces chanteurs et chanteuses capables de vocalises longues et virtuoses. Et, de nos jours, il n’est pas rare de voir quelqu’un se faire décolorer les cheveux grâce aux vertus miraculeuses – ou agressives – de l’eau oxygénée.

Comme tout mot français qui se respecte, la couleur a aussi donné naissance à quantité d’emplois figurés. On parlera ainsi des riches couleurs pour désigner la jaunisse jusqu’au XVIIe siècle, et l’on dit qu’un individu traversé par toutes sortes d’émotions voit son visage passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : un véritable caméléon. On imagine aisément que l’intéressé puisse successivement voir la vie en rose, avoir des bleus à l’âme et être vert de jalousie, avant de subitement voir rouge, auquel cas il vaut mieux éviter de le vexer pour ne pas en voir de toutes les couleurs.

À terme, notre sensation visuelle devient aussi auditive : il n’est pas rare d’entendre un musicien ou un ingénieur du son parler de couleur pour qualifier le timbre d’un instrument ou d’une voix, et même pour décrire les propriétés d’un dispositif d’enregistrement. Par métonymie, la couleur désigne aussi les signes qui permettent de distinguer les quatre familles d’un jeu de cartes, et une combinaison plutôt favorable au poker.

La langue comporte aussi un certain nombre de synonymes au mot couleur, ainsi le teint ou la carnation pour un visage – alors que certains auront des propos blessants et parleront de personnes de couleur pour désigner péjorativement certains groupes ethniques. À l’inverse, pour évoquer l’aspect des vins ou des chevaux, on préférera employer le mot robe.

Dans le domaine des sciences et techniques, la couleur du mal à s’implanter. En effet, en dehors du Technicolor, ce pétillant remède contre la pellicule noir et blanc, la color latine a souvent dû déposer les armes devant la chroma grecque. Cette victoire a ainsi permis l’apparition du chromographe (l’ancêtre de la photocopieuse), des chromosomes (littéralement « corps colorés »), et des chromophycophytes (l’autre nom des algues brunes).

Mais s’il est apparemment difficile de s’entendre sur cette sensation visuelle bien particulière, que répondrez-vous à une personne atteinte de dyschromatopsie – l’autre nom du daltonisme – quand vous croirez la voir se tromper ? Avant de monter sur vos grands chevaux blancs, de lui en faire voir des vertes et des pas mûres ou de provoquer un rire jaune par vos railleries, prenez un instant pour regarder la vérité en face : qu’elles soient nombreuses ou non, les couleurs, en effet, n’appartiennent qu’à celui qui les voit.

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Publié le 14/04/2017 - Modifié le 14/04/2017

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