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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

S’il y a bien quelqu’un qui se félicite des crues de la Seine, c’est le zouave ! Les crues importantes de ces derniers jours, crues de la Seine, mais aussi de la Marne qui l’alimente, et vient la grossir comme on disait jadis dans les livres de géographie, ont fait monter le niveau de l’eau. Car c’est bien ça une crue, le fait que le niveau de l’eau d’un fleuve ou d’une rivière s’élève. Et cela provoque souvent des dégâts importants, liés à des inondations. Les conséquences sont donc le plus souvent négatives – pas toujours, et pas partout : on se souvient par exemple que les crues du Nil font beaucoup pour la fertilité de la vallée en Égypte. Mais dans la région parisienne, cette emballée du fleuve n’est pas du goût de tout le monde et embarrasse les Parisiens. Mais le zouave a l’air content : du moins, il fait parler de lui. Alors qui est-il ce zouave ? Une statue, devant l’une des piles du pont de l’Alma, qui sert de toise improvisée pour que l’on se rende compte de l’envergure de la crue. À l’ordinaire cette statue domine le fleuve. Elle le regarde fièrement, assujettie plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Mais quand la Seine est trop haute, le zouave a les pieds dans l’eau. Et parfois il en a jusqu’au mollets, voire jusqu’au-dessus du genou. On n’a pas atteint encore la ceinture, mais il ne s’en faudrait pas de tellement.

Alors cette fière statue date de 1856 et représente un soldat français qui s’était illustré – si l’on peut dire… car il n’est pas sûr qu’on s’illustre vraiment toujours dans une guerre – dans la guerre de Crimée. On avait en contrebas de ce pont quatre statues au départ, qui rappelait ce conflit : le chasseur à pied, le tirailleur et le grenadier. Seul le zouave est resté fidèle au poste : les autres ont été transportés vers d’autres cieux…

Alors ce zouave, il se distingue d’abord par son uniforme : des culottes bouffantes courtes, des guêtres, et surtout un fez, c’est-à-dire un petit chapeau très particulier, comme on portait, comme on en porte encore parfois dans certains pays arabes, au nord de l’Afrique ou même au Moyen-Orient. D’ailleurs le mot même de Fez vient d’une ville marocaine. Alors pourquoi ces signes particuliers pour l’uniforme du zouave ? C’est que le mot a d’abord désigné des soldats originaires d’Algérie, et servant dans l’armée française, peu après la conquête de 1830. Les régiments de zouaves ont ensuite recruté parmi les Français, mais ont gardé cette touche d’orientalisme propre à leurs premières recrues. Et tous ces zouaves se sont bien souvent fait remarquer par leur courage.

Et pourtant le zouave a un bizarre destin dans notre langue française : l’expression faire le zouave est encore courante, un peu familière et qui fait sourire. Faire le zouave c’est faire le pitre, le clown, faire l’imbécile, ne pas se conduire comme on devrait, et se faire remarquer… Pourquoi le zouave ? Il faut évidemment repérer le côté chauvin de la langue, qui est toujours prête à se moquer de ce qui vient de loin, et n’a pas au départ un accent reconnu comme bon français. Un peu de racisme là-dedans ? Oui probablement, mais c’est le cas bien souvent, ça fait partie des usages linguistiques qui existent dans toutes les langues du monde. Et comme la référence à l’Afrique du Nord est bien souvent oubliée, car ancienne, le mot se singularise simplement parce que sa sonorité est un peu inhabituelle dans la langue française.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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