mots-actu_v.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Pour les vœux, service minimum ! C’est un peu le mot d’ordre à l’Élysée cette année, puisque ces fameuses cérémonies des vœux, qui traditionnellement s’égrenaient tout au long du mois de janvier, sont réduites à une portion congrue : le président de la République présentera ses vœux au personnel de la présidence et à l’armée, ce qui réduit beaucoup le nombre de ces manifestations : jusque-là, quand on était président, on présentait ses vœux aux corps constitués comme on dit, aux syndicats, à la presse, au personnel diplomatique, etc. On a bien vu la formule employée : présenter ses vœux – une formule figée, et assez étonnante puisqu’elle est très vague. Mais on sait bien que ces vœux sont bienveillants : on vous souhaite une bonne vie, du bonheur, une bonne santé… Bien sûr, les mots sont un peu toujours les mêmes : comme on est dans un rituel, on se trouve confronté à des phrases toutes faites, mais c’est bien le jeu du rituel… Et pour résumer, souvent, on présente ses « meilleurs vœux ». Une façon pratique de sous-entendre ses bons sentiments, sans les préciser un par un. Présenter ses meilleurs vœux, c’est un peu vous souhaiter « le meilleur ».

En effet, un vœu est un peu un souhait. C’est-à-dire qu’on est dans le domaine d’une pensée, mais d’une pensée précise, orientée dans le sens de l’espérance que quelque chose se réalise. Comme une pensée condensée et dirigée, qui souvent prend la forme d’une parole. Et on prête à cette parole un pouvoir presque magique. Car pour un esprit purement rationnel, dire « tous mes vœux » n’a pas plus d’effet qu’un cautère sur une jambe de bois. Et pourtant, on peut toujours espérer que des vœux, très ardents et très sincères auront quelque effet. Alors bien sûr, ces mêmes esprits rationnels vous répondront que c’est une façon polie, amicale, affectueuse, d’exprimer ses bons sentiments à autrui.

Mais il y a quand même autre chose dans le vœu. Le mot d’abord nous vient d’un vocabulaire religieux : le votum dans la latine est l’expression de la gratitude qu’on peut avoir pour un dieu ou un saint : il a exaucé une demande et on lui promet quelque chose en échange, on lui rend la monnaie de sa pièce, ne serait-ce que par une inscription, un don dans une église. Et là, nous voilà déjà dans la tradition chrétienne, et ce qu’on appelle un ex-voto, un objet pieux, déposé dans une église qui témoigne de la prière de reconnaissance qu’on a pour la divinité, et lui promet une bonne action, une récompense, en échange de ce qui a été accordé.

De là l’expression « faire le vœu (de faire un pèlerinage, de donner aux pauvres, de gravir une montagne chaque année, de ne s’habiller qu’en bleu…) c’est-à-dire “faire la promesse”.

Mais attention, si le français moderne n’a pratiquement retenu que des usages positifs pour le vœu, il n’en a pas toujours été ainsi. Au moyen âge, le mauvais vœu pouvait être souhait de malheur, l’objet votif (ce dernier adjectif est bien sûr de la même origine) était une représentation symbolique de la personne à qui on voulait du mal, et le verbe envoûter dérive tout naturellement de ces pratiques.

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias