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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Voilà donc Theresa May chargée dans les jours qui viennent de « vendre » aux députés britanniques l’accord élaboré pour sortir du Brexit. C’est en tout cas de cette façon que RFI présente la situation, en ayant soin, dans la transcription de l’article, de mettre ce mot vendre entre guillemets. Ce qui prouve bien l’aspect un peu familier de cet emploi, mais aussi son sens figuré. En effet Theresa May n’a rien à vendre à proprement parler. Mais elle a à convaincre ! Et c’est ainsi que depuis quelques années (la formule n’est pas si vieille !) on parle de vendre une idée : convaincre son interlocuteur qu’elle est bonne, et surtout qu’il doit y adhérer, l’accepter et éventuellement aider à sa réalisation. L’image est plutôt amusante et se comprend très bien : on imagine d’abord un bonimenteur, un camelot, un vendeur des rues qui interpelle les passants pour leur vendre son stock. Leur vendre quoi ? Sa camelote ? C’est le mot qui le premier vient à l’esprit. En effet, on parle de camelot, et la camelote dérive de ce premier mot, pour désigner une marchandise de médiocre qualité qu’on met sur le marché un peu à la sauvette, sans magasin, sans patente, en plein air. En tout cas le camelot doit avoir du boniment, un a aussi parlé de bonimenteur ! Il doit avoir de bons arguments, de la véhémence, un sens de la parole qui retiendra ceux qui passent et les convaincra de l’achat ! Il leur vend ainsi des casseroles qui ne rouillent jamais, des épluche-légumes, des balais transformables : on est souvent dans l’électroménager. L’idée étant que bien souvent il vend ça à des gens qui n’en ont nul besoin, ou qui en tout cas n’avaient pas du tout prémédité d’acheter un tel matériel. Est-ce que c’est de la publicité ? Oui et non ! On peut dire que c’est de la publicité en acte : on la fait et on vend dans la foulée. Mais on comprend facilement comment ce verbe vendre a pu être utilisé pour parler d’un projet qu’on tente de faire accepter par quelqu’un de très indifférent au départ, voire d’hostile. Tout ça en déployant des trésors d’éloquence. Et quand le marché est conclu, on peut s’exclamer : « Vendu ! » avec un vrai ton de satisfaction.

Ce mot de vendre, on le retrouve dans plusieurs expressions qui rappelle que le commerce, l’usage de l’argent est souvent mal vu. Si vous faites quelque chose pour de l’argent plutôt que par conviction, vous ne serez pas bien considéré. Et dans le monde politique, on parle souvent des vendus. Vendu au grand capital, vendu aux puissances d’argent : la personnalité politique qui milite alors qu’une puissance financière le paye pour qu’il agisse dans ses intérêts. Mais cela s’emploie à propos de n’importe quelle partialité : on parle aussi bien d’un arbitre vendu à l’une des équipes. Et plus souvent encore, on parle de vendre son âme, c’est-à-dire de perdre ses convictions, agir en fonction d’intérêts immédiats. Et la référence est alors celle de ces très nombreux contes traditionnels qui présentent celui qui vend son âme au diable, qui refuse l’immortalité du paradis, en échange d’un bien périssable : c’est le Docteur Faust qui veut la jeunesse inaltérable pendant tout le temps de sa vie.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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