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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

L’Europe enfin réveillée face à la Chine. Titre des informations de RFI facile à comprendre : Les Européens, certains d’entre eux en tout cas prennent conscience des dangers que représentent pour l’Europe les appétits commerciaux des Chinois. La Chine peut être un partenaire commercial très positif, mais on peut craindre aussi parfois ses volontés d’hégémonie, de prise de contrôle, d’achats systématiques d’entreprises ou de terrains. Est-ce que l’Europe ouvre les yeux ? Est-ce que les Européens prennent conscience que la Chine peut attiser les rivalités d’un pays européen à un autre, et fragiliser une unité économique européenne ? C’est à tout cela qu’on pense quand on dit que l’Europe se réveille… Mais le mot ne peut être employé en rapport avec la Chine sans qu’on se rappelle son passé, même si c’est de façon un peu vague.

En 1973, il y a bientôt cinquante ans, parait un livre au succès considérable : quand la Chine s’éveillera, d’Alain Peyrefitte. Peyrefitte est un essayiste et homme politique français, qui a été l’un des premiers à s’intéresser au potentiel de ce pays immense et très peuplé, mais qui à l’époque est économiquement peu tourné vers l’occident. Compte tenu de la population et de la grandeur du pays, Peyrefitte comprend qu’il sera un acteur économique majeur et peut-être inquiétant quelques dizaines d’années plus tard. Quand ? Nul ne le sait trop à l’époque. Le titre est au futur, mais un futur flou. Quand la Chine s’éveillera… Mais ce titre est constitué par le début d’une phrase. Stratégie intelligente, car elle pousse à la lecture. La curiosité est mise l’épreuve. Et on se rend compte très vite en feuilletant le livre que la phrase a une suite : quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.

Est-ce une citation ? Apparemment oui, même si elle apocryphe, si on n’est pas sûr qu’elle ait été prononcée de cette manière-là. Mais on l’attribue à un autre visionnaire, mort depuis longtemps : Napoléon, qui aurait dit « Laissez donc la Chine dormir, car quand elle s’éveillera, le monde tremblera ! » Quant à Alain Peyrefitte, presque vingt-cinq ans après son livre vedette, il en a publié une suite, à la fois content de voir ses anticipations à peu près vérifiées, et désireux de poursuivre son étude : La Chine s’est éveillée, en 1996.

Alors de quel éveil s’agit-il ? À quoi ce mot nous fait-il penser ? C’est un point de vue très européen, et très ethnocentré : la Chine ne dormait pas spécialement en 1973. Mais on pouvait envisager qu’elle s’éveillerait au monde, c’est-à-dire qu’elle se préoccuperait des autres pays, et en particulier des nations occidentales.

Cela dit, cette image de l’éveil ou du sommeil est très active pour parler d’essor économique. Encore aujourd’hui, on parle de certaines villes comme de belles endormies : celle dont les activités industrielles ou commerciales ne sont pas en expansion, qui se tiennent à l’écart des voies de communication modernes par exemple. On a beaucoup dit ça au début du vingtième siècle des villes françaises qui n’ont pas été desservies par les principales lignes de chemin de fer. On l’a redit, plus tard, avec le tracé du TGV ou des autoroutes.

Mais si ces images ont ce succès, c’est aussi parce que derrière, rôde celle de la Belle au bois dormant, celle qui s’éveille d’un long sommeil, grâce évidemment au baiser du prince charmant. Alors la Belle, elle s’éveille au monde et à l’amour en même temps. Il n’est pas question de profit. Ni de montrer les dents, comme la Chine, économiquement agressive. Mais l’image est présente quand même !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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