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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Robert Mueller, procureur spécial américain, a rendu son rapport après deux ans d’enquête. Et il semble que sa conclusion la plus importante serait qu’il n’y a pas de preuve d’une entente entre Donald Trump et son équipe et le pouvoir russe avant la dernière élection présidentielle. Bien sûr c’est une victoire pour Trump : pas de preuve ! C’est-à-dire que le procureur n’a pas trouvé d’élément décisif qui montrerait cette collusion, c’est-à-dire cette connivence, cette complicité. C’est bien ça une preuve : un argument, un fait qu’on ne peut pas nier, qu’on ne peut pas écarter, et qui indique de façon absolue quelque chose. Et ce mot de preuve est central dans le langage de la justice : un tribunal cherche bien souvent à trouver la preuve ou les preuves de la culpabilité de celui qui est accusé. Et souvent également on entend dire que quelqu’un a été relâché faute de preuves, que les poursuites ont été abandonnées faute de preuves. Est-ce que ça veut dire que cet accusé est innocent ? Pas forcément. Mais cela signifie bien que la justice ne peut poursuivre puisqu’il y a ce manque de preuves. L’expression faute de preuves évoque bien ce manque, cette absence. Et celui dont la culpabilité n’est pas prouvée est comme on le sait présumé innocent.

Mais il n’y a pas que le vocabulaire judiciaire qui utilise ce mot : on peut le trouver en philosophie : Descartes s’appliquait à donner des preuves de l’existence de Dieu. Et on le trouve bien souvent dans le langage des sciences, en mathématiques notamment. En géométrie, on peut dans un problème vous demander de prouver que deux triangles sont égaux, ou semblables. Et il faut donc en faire la démonstration. Et des preuves, on en trouve aussi en arithmétique : une technique de vérification d’une opération pour savoir par exemple si une multiplication est juste s’appelle justement la preuve par 9. Et cette expression, qui sent bon l’école et la craie, est devenue une manière superlative de parler d’une preuve : c’est la preuve par 9, c’est-à-dire c’est la preuve irréfutable, qui a la force d’un raisonnement arithmétique. Expression un peu désuète peut-être, mais encore comprise ! Et parfois, on utilise l’expression comme une exclamation, pour appuyer ce qu’on dit : tu as assez travaillé ? La preuve peut-on répondre en montrant son devoir qui a eu 18 !

Mais le mot est parfois utilisé au pluriel, et avec un sens particulier : faire ses preuves, c’est montrer de quoi on est capable. La formule vient d’un français déjà ancien, où parfois on utilisait dans le même sens les mots preuve et épreuve. Faire ses preuves c’était donc, et c’est toujours, montrer ce qu’on sait faire devant l’obstacle, devant la difficulté. Et s’il l’on-dit de quelqu’un, ou même de quelque chose qu’il a fait ses preuves, c’est qu’il a montré sa compétence, ou son efficacité.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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