#Français de l’actualité

Inconduite

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

L’inconduite du juge Kavanaugh dans sa folle jeunesse risque de lui coûter son siège à la Cour Suprême des États-Unis. En effet, on sait bien que cette personnalité, que Donald Trump aimerait voir siéger dans cette institution très puissante, où l’on est nommé à vie, est mise en cause par des femmes, qui fréquentèrent à la même époque que lui l’Université de Yale. Elles auraient été assaillies par ses démonstrations intrusives. Et on parle donc avec un euphémisme charmant de l’inconduite de Kananaugh ! Inconduite… le mot est délicieusement désuet, et il reprend à peu près le sens qu’on aperçoit dans une autre expression : comportement inapproprié ? Mais le mot inapproprié est extrêmement abstrait. Il correspond plus ou moins à inconvenant : mot à mot, ce qui ne convient pas, et dans ce cas, ce qui ne convient pas à une certaine morale, à un certain code de bonne conduite. Et voilà qu’on en arrive à notre mot conduite, qui bien sûr peut signifier attitude, manière d’être façon de se comporter. Et le mot est très moral aussi : on parle de bonne conduite, parfois de code de bonne conduite : un recueil de préceptes qui concerne ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire. Le mot est intéressant, car il implique une idée de responsabilité : il s’agit de la façon dont on se conduit. Comme si on pouvait conduire son corps, ses sentiments, ses gestes comme on conduit un char ou une voiture : on les dirige, on en règle l’allure et la vitesse, et même la direction. On est donc le conducteur de soi, et le responsable de ses actes et de sa vie : on se conduit bien ou on se conduit mal…

C’est par rapport à tout cela qu’il faut écouter ce mot d’inconduite, dont le sens est évident : l’inconduite c’est la mauvaise conduite, voire la faute de conduite ! Celle dont on se rend coupable et donc responsable. Le mot est extrêmement flou, mais il renvoie clairement, dans l’inconscient linguistique, à un écart par rapport à la moralité publique. Et notamment par rapport à la morale sexuelle : on ne parlerait pas spontanément d’une inconduite politique ou financière. On a prononcé le mot d’écart, et c’est bien de cela qu’il s’agit : le plus souvent d’une action ponctuelle, plus ou moins isolée, et non d’un comportement permanent : un saut, un oubli de soi. On parle d’un écart de jeunesse, aussi bien que d’un écart de régime : on a décidé de s’en tenir à certains menus et voilà qu’on a craqué pour un gâteau au chocolat trop tentant ou un gratin dauphinois ou un foie de veau à la vénitienne avec des pommes de terre… L’idée de la tentation à laquelle on aura succombé est assez présente. Mais aussi cette autre idée d’une action exceptionnelle : après un écart, on se rabat, et on se range comme on dit, on revient sur le droit chemin.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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