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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La mort de Philip Roth a plongé la littérature mondiale dans le deuil. Il faut dire que c’était un romancier dont la puissance romanesque, la diversité, l’intelligence littéraire puisque ces romans réfléchissaient presque toujours à la fois sur la réalité du monde et en même temps sur la réalité de la littérature étaient exceptionnelles. Et c’était aussi un romancier relativement populaire, peut-être plus d’ailleurs en Europe que dans son pays d’origine. Mais il était largement traduit, et le premier livre qui l’a vraiment fait connaitre était Portnoy et son complexe. Etonnante traduction, puisque le titre original était Portnoy’s complaint, parfois traduit par la plainte de Portnoy et qui parait en 1969. Et ce mot de complexe n’a pas la même image à cette époque qu’aujourd’hui : c’est un mot à la mode, alors qu’aujourd’hui, on ne le dirait pas vraiment désuet, mais il est un peu daté, et on l’entend beaucoup moins.

Le mot est ancien mais il prend une nouvelle dimension à partir du moment où les inventeurs de la psychologie des profondeurs l’emploient, en allemand au tout début du 20ème siècle : Breuer d’abord puis Freud et Jung. Il s’agit d’une réalité psychique qui se développe et met en relation plusieurs influences. Ce qu’on appelle le complexe d’Œdipe par exemple, qui résulte à la fois, pour un garçon, de l’attirance pour la mère, de la rivalité avec le père. Le mot est  sorti de son utilisation purement psychanalytique. Son emploi s’est multiplié mais son sens s’est aussi un peu transformé. Avoir des complexes…  c’est ne pas se sentir très bien dans sa peau en général. Etre inhibé, ne pas être fier, content de soi, penser qu’on donne une mauvaise image de soi aux autres. Et souvent se sentir inférieur, moins bien, moins à l’aise, moins séduisant… On parle aussi de complexes d’infériorité. Une chanson célèbre de Boris Vian illustre bien cet usage : Bourrée de complexe ! Il y a en tout cas l’idée qu’on n’est pas libre, qu’on n’est pas tranquille à propos de sa personne.

Mais encore une fois, le mot s’entend bien moins aujourd’hui. Il correspond à une époque passée, celle de l’après-guerre au sens large : les trente glorieuses, avec ses changements de mentalité, cet accès au progrès. Et pourtant le mot a eu une descendance assez active ! Aujourd’hui, on n’est beaucoup moins complexé – en tout cas on ne le dit pas de la même façon – mais on est parfois décomplexé. Mot étrange très employé en politique, pour dire qu’on s’autorise à dire ce qu’on s’interdisait il y a quelque temps. Notamment sur des sujets très sensibles : l’immigration, le racisme, l’intolérance. Des domaines dans lesquels longtemps, et en particulier depuis la dernière guerre, on n’osait pas avoir un langage trop cru, trop direct, même si on n’en pensait pas moins. Alors que maintenant, certains s’estiment tout à fait libres d’exprimer leur pensée.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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