#Français de l’actualité

Aveugle, malvoyant

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une belle expédition se déroule actuellement au lac Baikal où toute une équipe traverse à pied ou à ski cette étendue magnifique et gelée. Une équipe constituée majoritairement de personne atteintes de cécité ou de surdité complètes ou partielles. C’est à dire, des sourds, des aveugles, ou des gens qui ont d’importants problèmes pour voir et entendre, et qui prouvent grâce à cette expérience qu’on peut réaliser de remarquables exploits malgré ces handicaps.

Alors quand on parle de malvoyants, que dit-on exactement ? On fait référence à quelqu’un qui a des problèmes de vue. Et des problèmes importants : pas de ceux que des verres correcteurs, des lunettes, pourront régler. Et si l’on parle de malentendants, c’est un peu la même chose, à propos de l’audition. Ces mots renvoient donc à toute une gamme de déficits qui s’arrêtent là où commence ce qu’on appelle la surdité et la cécité : la privation de la vue ou de l’ouïe. Les choses ne sont peut-être pas aussi distinctes que ça puisqu’on parle de sourd profond, d’aveugle de naissance : on a encore des degrés.

Mais en ce qui concerne les aveugles, on entend parler bien souvent de non-voyants. Ces deux mots sont synonymes, est-ce qu’ils ont le même écho ? Pas exactement : le terme non-voyant est un euphémisme, c'est-à-dire un mot qui tente d’atténuer, d’adoucir la réalité. Mais bien sûr qui ne rend pas la vue aux aveugles. Ce qui peut sembler dommage : ce n’est pas en atténuant le mot qu’on va changer la réalité. Le mot appartient à ce qu’on appelle le politiquement correct. Alors comment comprendre ce désir d’aplanir ces mots ? Parce qu’ils ont des échos figurés, c’est vrai. Pour les aveugles, un peu, et pour les sourds davantage.

Le mot aveugle désigne celui qui ne peut voir, de manière concrète, mais aussi celui qui de comprend pas certaines choses, ou qui ne veut pas les comprendre, les admettre. Si l’on dit à quelqu’un « tu es aveugle », on lui dit qu’il ne veut pas voir les choses en face, qu’il se voile la face, qu’il se cache certains faits, trop difficiles à accepter. Et lorsqu’on dit que celui-là est sourd aux critiques, aux mises en garde, c’est qu’il n’en tient pas compte. Certains proverbes font état de ce sens figuré : « il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». Ou encore, « l’amour rend aveugle ». Alors qu’on voit bien que les euphémismes qu’on évoquait tout à l’heure – le non-voyant par exemple – n’ont qu’un sens littéral : l’amour ne rend pas malvoyant ou non-voyant ! On voit bien donc que ces appellations indirectes partent d’un bon sentiment : on ne voudrait pas froisser la susceptibilité de ceux qui sont privés de la vue ou de l’ouïe. Mais en même temps le recours à ces formules nous fait vivre dans un monde qui gomme les différences, et parfois empêche de voir les choses comme elles sont. 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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