#Français de l’actualité

Anticasseur

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une nouvelle loi est envisagée par le gouvernement, pour mieux encadrer les manifestations, un nouveau projet de loi anticasseurs, entend-on. Il s’agit donc en principe, d’éviter les débordements et surtout les mouvements violents et les dégradations, les vitrines cassées, les voitures brûlées, tout ce qui, à la faveur d’un mouvement de revendication, détruit ou abîme des propriétés privées ou des symboles de l’ordre public. On essaie donc de renforcer l’arsenal juridique, les textes de loi prévus pour se protéger des casseurs. Et ce mot a donc ce sens assez précis : il est toujours péjoratif et sous-entend souvent qu’on va distinguer entre des manifestants qui expriment un mécontentement, et qu’on peut respecter, voire comprendre, et ceux qui d’une certaine façon usurpent cette qualité pour donner libre cours à leur violence.

Quant à anticasseur, c’est un mot inventé dans les années 70 : il est né avec cette loi du 8 juin 1970, abrogée en 1981, et directement issue des événements de mai 68 et de l’agitation étudiante endémique qui avait suivi durant quelques années. Ce nom, officieux bien sûr, mais largement popularisé à l’époque, avait beaucoup fait pour établir dans l’usage le mot de casseur, qui lui existait déjà avant. Ces termes sont marqués par le pouvoir de l’époque, et on se rappelle les slogans tels que « les casseurs seront les payeurs ! » Et on parle souvent d’anticasseur quand on veut casser du casseur : on utilise une sorte d’effet boomerang, d’effet symétrique, qui préfigurent déjà la fameuse formule de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur quelques années plus tard : « Nous allons terroriser les terroristes… »

L’image du mot casse est assez différente de celle du mot casseur. Ce mot, un peu familier, est toujours vague : il évoque une dégradation consécutive à une certaine violence… des dégâts quoi ! Mais souvent des dégâts inévitables ou en tout cas qu’il faut accepter : gare à la casse ! Ou après une opération voire une bataille : il n’y a pas eu trop de casse : c’est à dire « on n’a pas à déplorer trop de pertes… »

Quant au verbe casser, lui, il a presque toujours, au sens figuré, un sens vraiment violent : c’est détruire de façon définitive. Non pas neutraliser, mais anéantir : casser un mouvement de grève, et non négocier. Ou l’expression figée, un peu langue de bois « casser le service public », formule très syndicale qui évoque les appétits supposés de l’industrie privée de démolir les patients acquis du secteur public (poste, SNCF, école publique, etc.)

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