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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Un engin chinois vient donc d’alunir sur la face cachée de notre satellite. Et tous les commentaires sont d’accord : il s’agit bien d’un alunissage, et non d’un atterrissage sur la lune ! Le mot a maintenant une existence attestée et assez ancienne : on ne le remet plus en question. Cela n’a pas toujours été le cas : à la fin des années 60, quand les premiers modules atteignaient en douceur la lune, la question s’était posée, et elle avait ému les académiciens et ceux qui se préoccupaient autant ou plus de correction de langue que de progrès technique : fallait-il parler d’un atterrissage sur la lune ou d’un alunissage ? Et les arguments ne manquaient pas de bon sens : la conquête de l’espace enivrait les esprits le système solaire semblait tendre les bras aux conquérants. Mais parlerait-on avec la même facilité d’amarsissage quand on arriverait sur Mars, d’avénusissage, d’asaturnissage, d’amercurissage, d’ajupeterissage quand on atteindrait tous ces sols qui ne paraissaient plus si lointains ? Pourquoi réserver un traitement si privilégié à un  objet céleste – un satellite, pas même une planète ! – au seul motif qu’il était plus près que les autres ? Une égalité de traitement n’était-elle  donc pas envisageable ? On pouvait aussi bien atterrir sur Mars, Vénus ou Saturne que sur la Lune. La terre n’est pas seulement une sphère : c’est aussi un sol, quel qu’il soit !  Mais la poétique du langage ne s’embarrasse pas toujours de ces principes ! Et d’abord, l’alunissage existait bien avant qu’on puisse se poser sur notre lune : l’idée en était si ancienne, si familière que le mot était apparu en 1923 : il précédait la chose et accompagnait le rêve ! Quant à la lune, elle nous est si proche, et depuis si longtemps : à portée de main, croissant et décroissant chaque mois, réglant nos marées ! Évidemment qu’elle méritait un mot spécial. D’autant qu’elle nous en avait déjà donné pas mal ! Une lunaison pour les vingt-huit jours de son cycle. Une lunule pour la base de l’ongle, dont la forme et la couleur rappelle la lune et son croissant. Lunatique, pour celui qui change d’idée constamment, celui dont les humeurs sont imprévisibles, comme si la lune influençait son psychisme. Et ses habitants alors ? On nous dira qu’ils n’existent pas. Certes ! Mais ce n’est pas une raison pour ne pas les nommer, même s’ils ne vivent dans notre imagination ! Les luniens ? Les lunards ? Les lunais ? Pas du tout : ce sont les sélénites et le mot est formé à partir du grec Séléné, qui sert parfois, de façon rêveuse à désigner notre sœur lumineuse. 

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