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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« S’il y a refus de négociation, je pense qu’il ait temps de l’acter ! » C’est ainsi que s’exprime de façon claire et assez véhémente le fils de Sophie Pétronin, détenue au Mali depuis deux ans. Sophie Pétronin semble être dans un état de santé préoccupant et son fils s’inquiète de ne rien savoir sur les discussions qui ont lieu, ou au contraire ont été abandonnées, pour faire libérer sa mère. Acter le refus de négociation, ce serait de la part du gouvernement déclarer officiellement que ces négociations sont refusées. Donc ne pas rester dans le flou ou le non-dit, mais prendre acte de cette position, et la rendre publique. Expression moderne, diplomatique, et somme toute assez étrange : lorsqu’on dit qu’on prend acte de quelque chose, ce n’est pas tellement qu’on l’a exprimé, mais plutôt qu’on l’a entendu ! On fait savoir qu’on a bien compris que c’était décidé et qu’on ne pourra pas faire comme si on n’en savait rien. Dont acte ! Voilà une formule, à l’accent assez nettement juridique, qui montre bien que le message a été transmis et compris et qui au départ est simplement la locution qui termine la rédaction d’un écrit officiel.

En effet, un acte n’est pas exactement une action, même si les deux mots sont cousins. C’est d’abord un document écrit, à valeur juridique, qui constate un fait ou une position. C’est donc une pièce légale. Et on pense facilement à ce qu’on appelle un acte de décès, qui constate et reconnaît la mort de quelqu’un. À partir de là peut s’enclencher tout le processus d’ouverture de testament et de règlement de la succession. Mais il faut être sûr que la personne dont il s’agit est morte, bien morte, et légalement morte. Mais ces actes valent pour tous les documents qui consignent un changement dans l’état civil : acte de naissance, de mariage.

Mais un acte ressemble souvent à une action, même si l’écho du mot le renvoie à une sphère plus abstraite. On parle d’une action courageuse, et d’un acte de courage (plus que d’un acte courageux, même si cela peut s’entendre). Il s’agit donc d’un geste, d’une attitude dynamique. Et on dira de quelqu’un qu’il a fait acte de courage ou de contrition si par exemple il regrette publiquement ce qu’il a pu faire auparavant. Mais cette dernière expression nous vient tout droit du vocabulaire chrétien.

Le mot s’est souvent employé dans le langage psychologique : on parle par exemple d’acte manqué, pour reprendre une expression inventée, en allemand, par Freud. Un acte manqué étant une action qu’on ne voulait pas faire, qu’on a faite par erreur, et qui traduit et trahit une volonté qu’on ne voulait pas exprimer et qui passe les barrières malgré soi : c’est l’inconscient qui parle. Quant au passage à l’acte, c’est une action le plus souvent soudaine et imprévue, qui témoigne d’un passage de l’intention, du fantasme, du désir vague à sa réalisation le plus souvent un peu violente. Comme si un tabou, un verrou avait sauté !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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