#Français de l’actualité

À deux vitesses

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le Président de la République est contre une France à deux vitesses. Ce qui se comprend bien : personne n’est pour une France à deux vitesses. Personne en tout cas n’oserait le prétendre ! Et de plus en plus on entend parler d’institutions qui fonctionnent à deux vitesses : une école à deux vitesses, une médecine à deux vitesses, une justice à deux vitesses. La plupart du temps il s’agit bien d’un service public : l’éducation nationale, le système de santé. Et quand on emploie cette expression, c’est pour dénoncer une situation qu’on regrette, qu’on déplore : on parle de service à deux vitesses pour accuser le pouvoir qui les a mis en place, en général ! C’est un vocabulaire de parti politique d’opposition, ou de syndicat.

Mais qu’est-ce que ça veut dire en fait ? C’est qu’on pense qu’il n’y a pas d’égalité des populations devant ces services publics ! L’école à deux vitesses, cela signifie que le système scolaire n’est pas le même pour tout le monde ! Et en gros qu’il y a une école pour les riches et une école pour les pauvres. Comment est-ce possible ? Et bien on peut penser que les milieux défavorisés, dans les quartiers pauvres, l’école n’offre pas le même enseignement, qu’on n’a pas droit aux mêmes chances. Que l’enseignement public n’est pas partout aussi bon, que les conditions sont parfois très difficiles. Alors si on a de l’argent, on peut toujours mettre ses enfants dans des écoles privées, payantes. Si on n’en a pas, on n’a pas le choix. Et pour la médecine, c’est pareil : l’hôpital est gratuit, mais parfois les délais d’attente sont très longs. Si on peut se payer une clinique privée, on paie, mais on n’attend pas. Et on est soigné tout de suite. Parfois à temps. Quant à la justice à deux vitesses, elle existe si on ne juge pas de la même façon riches et pauvres.

Mais d’où vient la formule à deux vitesses ? Apparemment, elle vient de la culture de la poste. On sait bien qu’il est officiellement question que les services de la poste soient à deux vitesses ; courrier plus rapide et courrier moins rapide. On nous dit, pour la France, j + 1 ou j + 2. C’est-à-dire que la lettre arrivera le lendemain, ou le surlendemain du jour où elle a été postée. Mais cela fait bien longtemps déjà qu’il y a des services différenciés à la poste : on se souvient du timbre rouge et du timbre vert : on parlait de tarif rapide et de tarif lent, mais de façon à peine familière, on parlait des deux vitesses de la poste. Et l’expression a eu assez de succès pour prendre un sens où les deux vitesses correspondaient à deux qualités de service différentes : il n’y a pas que la vitesse qui compte. En fait ça reprend l’image de la première classe et de la seconde classe. Mais en plus moderne ! Première classe, certainement on le dit et on l’écrit encore, quand on souligne l’excellence de ce qu’on propose. Mais on ne parle jamais de seconde classe pour souligner ce qui est moins bien. On parle encore parfois de premier choix et de second choix, mais la formule est un peu désuète. Et en tout cas, on n’entendra jamais parler d’un service à deux choix, ou d’« un service à deux classes » !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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