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À la Une : retour sur l’intervention militaire française au Tchad

Un avion de chasse français Mirage 2000 décolle d'une base aérienne à N'Djamena le 22 décembre 2018.
Un avion de chasse français Mirage 2000 décolle d'une base aérienne à N'Djamena le 22 décembre 2018.
Ludovic Marin / AFP
Une intervention qui s’est déroulée du 3 au 7 février 2018 : 7 Mirage 2000 ont effectué une vingtaine de frappes sur une colonne d’une cinquantaine de véhicules des combattants de l’Union des Forces de résistance, mouvement rebelle tchadien. Ces véhicules auraient tous été détruits. Aucun bilan de disponible sur le nombre de morts et de blessés. Tout s’est passé dans la plus grande discrétion. Cette opération suscite bien des réactions aussi bien dans la presse africaine que française…

4'03" - Première diffusion le 14/02/2019

Pour Le Pays au Burkina, « sans nul doute, la France n’a pas voulu prendre le risque de laisser basculer à son tour le Tchad dans un chaos dangereux pour ses intérêts. » Il n’empêche, poursuit Le Pays, « on ne saurait justifier cette intervention. Car, il faut le dire, elle est tout simplement anachronique. L’ère des parachutages de troupes françaises en Afrique pour déjouer des coups d’État ou pour rétablir des dictateurs déchus est révolue. Dans le cas spécifique d’Idriss Déby, la situation est d’autant plus inacceptable que le président tchadien s’accroche au pouvoir depuis près de trois décennies et a verrouillé toutes les possibilités d’alternance dans son pays. Et c’est en cela que l’on peut dire que les frappes françaises n’ont pas seulement visé les rebelles de l’UFR mais aussi et surtout le peuple tchadien en proie à une dictature féroce. »

Wakat Sera renchérit : « la casquette de 'guerrier du désert' (du président tchadien) contre les djihadistes et Boko Haram ne saurait justifier les sauvetages réguliers par la France du soldat Déby, après celui de mai 2005, si ce dernier doit parallèlement créer l’enfer pour ses compatriotes. Pour moins que ça, d’autres présidents africains ont 'dégagé'. Et ça s’appelle du 'deux poids, deux mesures', politique contraire au discours de la rupture et à la devise 'liberté, égalité, fraternité'. »

Mécontentement

Résultat, pointe Le Monde Afrique à Paris, « par ricochet, la France apparaît aux yeux de nombreux Tchadiens comme la protectrice d’un régime prédateur et corrompu, alors que la population se débat dans la misère, sans espoir de voir émerger un semblant de démocratie. 'L’incompréhension, le mécontentement contre la France est général', affirme au Monde Gali Ngothé Gatta, député et chef de l’Union des forces démocratiques-Parti républicain. 'Paris ne voit pas ce que nous vivons, poursuit-il : les écoles en grève, les fonctionnaires non payés depuis des mois, la santé au creux de la vague… Les groupes politico-militaires deviennent, pour certains, des sauveurs', ajoute-t-il. Dans le même ordre d’idée, l’UNDR, autre parti d’opposition, s’'étonne' de voir la France 'défendre coûte que coûte un régime que tout le monde rejette, [et] intervenir dans un conflit tchado-tchadien'. »

Cynisme

« Pourquoi sauver encore le dictateur du Tchad ? », s’interroge Le Canard Enchaîné. « Cette complaisance vis-à-vis d’Idriss Déby dure depuis 28 ans. Depuis que la DGSE l’a installé au pouvoir, en lieu et place d’Hissène Habré, accusé de trucider ses opposants. Ensuite, les relations ne se sont jamais distendues. » Pourquoi ? « À en croire plusieurs diplomates, pointe Le Canard, les chefs militaires français trouvent bien du charme à Idriss Déby : ses forces armées sont plutôt vaillantes, et elles sont un partenaire essentiel de la France dans la lutte contre le terrorisme. Mieux, Déby a autorisé l’implantation du QG de l’opération Barkhane à N’Djamena. (…) Avec un certain cynisme, conclut Le Canard Enchaîné, des généraux et des diplomates en viennent à rejeter toute critique, car, à les entendre, 'ceux qui s’installeraient dans le fauteuil de Déby ne se seraient pas plus respectables'. »

Désintérêt

Enfin cette remarque de Marielle Debos, enseignante à Nanterre et spécialiste de la région, elle est interrogée par Libération : « les débats en France sur la politique étrangère et de défense et ses conséquences au Sahel sont d’une pauvreté sidérante, affirme-t-elle. Les réactions de parlementaires aux bombardements de ces derniers jours sont rares. D’une manière générale, on entend peu d’hommes et de femmes politiques interroger les alliances et les choix politiques de la France. Au Tchad, en revanche, affirme encore Marielle Debos, le rôle de l’ancienne puissance coloniale ne passe pas inaperçu et alimente un sentiment antifrançais fort peu étonnant au regard de l’histoire et du présent. »

Publicado el 15/02/2019 - Modificado el 21/02/2019 - Por autor

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